Nous parlions pornographie lors de notre dernière émission de radio et j’expliquais alors pourquoi je suis insensible au porno, voire pourquoi ça me dégoûte plus que ça m’excite. Et voilà que le festival du Film de Fesses pointe le bout de son nez. Festival du film de fesses et non du film de cul. Toute la différence est là. Ce n’est pas juste une coquetterie de langage, cette nuance raconte tout l’esprit du festival.

Le FFF (Festival du film de fesses et non fédération française de foot, de funk ou de fxxxck), met à l’honneur le cinéma érotique, et non pornographique, avec cette nuance essentielle : le but n’est pas de montrer un sexe dans un autre mais de faire du cinéma qui parle de sexualité, et quand on parle de sexualité on parle de politique, de la société, de notre rapport à l’autre…

Maud Bambou, créatrice de cet évènement le résume très bien dans son edito : « Tous les films que nous présentons pour cette deuxième édition tournent autour de la sexualité, mais la constellent de mille manières. »

Le programme du FFF est drôlement alléchant : entre la soirée « mal masquées », la battle de cépages Siffredi versus Depardieu, les lectures érotiques, on se croirait à Cannes en plus sexy-crazy et avec moins de vigiles. Du côté cinéma : des courts métrages contemporains avec un focus sur le réalisateur Bertrand Mandico, dont un film intitulé « Souvenirs d’un montreur de seins: Un montreur de seins nous raconte. Un montreur de seins nous donne à voir », j’ai très envie d’y aller. Et une soirée « Corps augmentés » réunissant une dizaine de films expérimentaux dédiés à la culture Queer.

Mais surtout, la rétrospective de cette année est consacrée au génial réalisateur polonais Walerian Borowcszyk, que j’ai découvert ce week-end (oui c’est ça bosser pour le Cabinet de curiosité, passer son dimanche à regarder des films érotiques et pouvoir dire « non, maman je ne peux pas te parler là je bosse» ). Borowcszyk, créateur infatigable, avec à son actif une cinquantaine de film est un artisan du cinéma. En 1959, il s’établit à Paris, et à partir de 1970 et la fin de la censure en France, il utilise l’érotisme comme point central de ses films. Ses thèmes de prédilections sont l’instinct humain, l’amour, le rapport à l’ordre établi (et notamment au religieux), mais surtout les femmes ! Cette manière qu’il a de filmer le corps des femmes, j’en suis devenue lesbienne… Il manie l’art du gros plan avec une maestria tourneboulante, un regard, une bouche, un téton et j’en ai les poils dressés. Et d’ailleurs puisque nous parlons de poils, ici on est bien loin du sexe glabre du porno, les chattes sont touffues et ainsi l’abricot se fait désiré, il se dérobe à notre regard bien plus souvent qu’il ne se montre. Il joue le jeu de la frustration.

Je vous invite à découvrir « la Bête », film de 1975, inspiré des légendes de la bête du Gevaudan, où une jeune et belle riche américaine, promise à un homme idiot et disgracieux, est en proie à des rêves érotiques plutôt bestiaux, qui révèleront un terrible secret de famille. Le film oscille entre la comédie noire, le thriller, le fantastique et l’érotisme. Les femmes ont une sexualité libre et débridée et des rêves bien immoraux…

Ce film devait d’ailleurs être l’un des courts métrages qui composent « Contes immoraux », film de 1974, qui s’ouvre avec un Luchini tout jeune initiant sa cousine à l’art de la fellation et maitrisant sa jouissance au rythme de la marée montante, par la force de l’esprit. Dans ces quatre contes, on retrouve la figure de la jeune fille découvrant les plaisirs charnels, avec un concombre ou d’anciennes gravures érotiques. On entre dans cette intimité qui fait fi de la bienséance et qui nous offre des corps cédant au désir et à la volupté. La femme n’est plus ou la vierge ou la putain. Elle est cet être de chair et d’érotisme, qui plonge parfois dans l’immoralité et la folie. Walerian Borowcszyk est un cinéaste surréaliste, il puise son inspiration dans la mécanique des rêves, dans le pouvoir du fantasme. Et emmène le spectateur dans son imaginaire sensuel et sexuel.

Ne ratez pas donc Le Festival du film de fesses du 24 au 28 juin au Cinéma Luminor Hôtel de Ville à Paris.

 

FFF – Bande Annonce 2015 from Festival du Film de Fesses on Vimeo.