Tentative Tantrique et Téméraire

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10 juin 2016 à 15 h 21 min  •  Catégorie Amour / sexualité, Au fond des choses par  •  4 Commentaires

Le tantra. On me demande souvent de quoi il s’agit… difficile et ambitieux de répondre précisément. Il en est souvent question concernant des stages qui proposent de « découvrir les plaisirs du corps et de l’esprit » ou d’ « approcher l’extase », et qui ont parfois la réputation de simples clubs de rencontre. Il en est question pour atteindre une sexualité plus consciente. Il en est aussi question lorsque l’on parle de certains types de yoga. Et même d’une religion. Alors, où est la vérité ?

Ce qui apparaît en premier lieu dans les moteurs de recherche n’a – presque – rien à voir avec ce que l’on trouve lors de fouilles plus approfondies. Les ouvrages et articles que je lis sont souvent complexes, parfois contradictoires.
Je demande en parallèle son aide à Nathalie Belkhiri Valls, avec qui j’avais animé l’atelier « Vers une sexualité consciente » à Toulouse. Elle connaît bien le sujet, pour avoir été assistante dans les stages de Marisa Ortolan et Jacques Lucas, d’Horizon Tantra, réputés dans le milieu tantrique.
L’idée ici est d’apporter un éclaircissement simple, en me gardant d’être simpliste.
Tentative de synthèse …

Le tantra, « une voie de transformation intérieure »
Quand on parle du tantra, on a souvent l’image d’un panel de joyeuses galipettes, ou de techniques consistant à se regarder dans le blanc des yeux pendant des heures sans se toucher. Pour atteindre le Nirvana, bien entendu.
Et bien non, à la base, c’est une religion, ou plutôt une philosophie de vie, qui vise à se défaire de ses conditionnements, de son égo, de ses illusions, de ses peurs. « C’est une quête spirituelle qui passe par le corps, par la concentration sur l’instant présent, par un travail sur les émotions, sur le psychisme, sur les énergies, précise Nathalie. C’est une voie de transformation intérieure. »
« Tantra », ça veut dire « règle, méthode » en sanskrit, c’est un ensemble de textes sacrés ésotériques bouddhistes ou hindouistes. Le terme tantra nomme par extension la religion qui en découle. Les spécialistes ne sont pas unanimes sur sa date et son lieu de naissance,  puisqu’il était transmis au départ par voie orale, tandis que les traces écrites sont beaucoup plus récentes (entre le IVe et le VIe siècle après J.-C.). Le tantra viendrait de la vallée  de l’Indus, il y a plus de 3000 ans, avant de se propager au Tibet, en Chine, au Cachemire.
C’est une religion qui n’est ni moralisante, ni ascétique. Elle s’exerce dans le monde, dans la vie quotidienne, dans les relations avec les autres, grâce à la pratique du yoga, de la respiration, de la visualisation, de la méditation, de rites divers, etc. Il y existe tout un panthéon de diverses divinités à honorer, qui sont soit de principe féminin, soit de principe masculin.
Le terme « tantrisme », c’est la même chose, l’extension du mot « tantra » en occident. Celui-ci s’est répandu dans nos contrées assez tardivement, dans les années 1960-70, aux États-Unis d’abord, largement récupéré et simplifié par les courants New Age qui en ont décliné des versions thérapeutiques.

Le tantra considère la sexualité comme part fondamentale de la vie et source d’énergie, il ne la rejette pas. Plus encore, contrairement à la vision qu’en ont donnée les religions monothéistes, elle a le pouvoir de nous élever et de nous rapprocher de Dieu. Elle est donc considérée comme une pratique, un rite, au même titre que le yoga ou le travail sur le souffle. « Ainsi le sexe, dans tous les cas que l’on a vus, est utilisé comme un moyen d’accès à la transcendance (ou au moins à des « états modifiés de conscience »), ou à des pouvoirs surnaturels. Ce n’est pas une pulsion à laquelle on cède, mais une force que l’on domine. C’est une maîtrise technique et non de l’hédonisme : la vie tantrique n’est pas recherche du plaisir », explique André Padoux.*
En occident, on a eu tendance à réduire le tantra à cette seule dimension, et à n’y piocher que les textes et pratiques qui nous ont arrangés, ce que déplorent les véritables initiés. En réalité, sur 163 textes sacrés, seuls 3 concernent la sexualité !

Pour autant, même sans être puriste, on a beaucoup à gagner des préceptes tantriques, et pas seulement dans notre intimité.
Écouter davantage notre corps, mieux respirer, se concentrer profondément, profiter de l’instant présent, développer et canaliser son énergie, progresser grâce à l’acceptation et l’analyse de nos échecs, est un apprentissage qui nécessite un gros travail et un  vrai déconditionnement.
« Je suis interconnectée avec le tout. Quand je suis en relation avec quelqu’un et que je vis une expérience, positive ou négative, je peux soit ne pas comprendre pourquoi j’ai vécu et attiré cette expérience, et donc répéter les mêmes scénarios. Soit j’identifie ce que j’ai à comprendre pour évoluer et me libérer d’anciennes blessures ou schémas, ainsi je peux commencer à me positionner différemment et attirer les relations harmonieuses et une vie épanouissante dans tous les domaines », nous décrit Nathalie.

En ce qui concerne nos sexualités, le tantra encourage une recherche et une connexion qui dépasse le génital, le coït et la course à une jouissance systématique. Il propose davantage de lenteur, d’observation, d’écoute de son corps en entier et de ses propres besoins, d’échanges profonds avec le/la partenaire pour affiner les sensations et accéder à d’autres dimensions que celle du corps uniquement.
Par exemple, certains exercices consistent à prendre une heure entière pour masser l’autre sans autre objectif que de savourer l’instant, et en ne visant surtout pas l’orgasme. Ou bien, à pénétrer sa ou son partenaire et ne pas bouger, juste ressentir ce qu’il se passe.

S’initier au tantra  
On peut commencer par pratiquer un yoga issu de la lignée tantrique (hathayoga), et des exercices réguliers comme ceux énoncés. Tout travail sur ses émotions, son psychisme, son corps, est un pas vers la conscience recherchée par le tantrisme.
Il existe aussi de nombreux stages « tantra », qui vont d’une journée à plusieurs jours, voire plusieurs cycles. Certains sont très sérieux et très protocolaires, pour éviter les dérives propres à tout enseignement qui met en jeu le corps intime. D’autres sont moins cadrés et ferment les yeux délibérément sur les comportements de drague ou les échanges un peu plus poussés qui pourraient surgir.
Mieux vaut donc prendre le temps d’étudier ce qu’ils proposent afin d’en choisir un qui corresponde bien à vos attentes et ne pas vous trouver décontenancé ou dépassé sur le moment.

Ces stages rencontrent un public, et on peut comprendre pourquoi l’occident est venu chercher dans le tantra des réponses et des pratiques autour d’une vision différente de la sexualité : nous n’avons pas développé grand chose de tel de notre côté !
Il y a encore un vide considérable dans les propositions collectives à l’attention des personnes qui cherchent à donner du sens à leur érotisme, à l’approfondir, à se cultiver, échanger, progresser avec d’autres.
Au Cabinet de Curiosité Féminine, on le sait bien, d’où notre action…

Avant de nous quitter, en cadeau un texte sacré issu des 163 qui ont été traduits et commentés !

« Ô déesse, jouis de lextrême lenteur des mouvements de ton corps, dune monture, dun véhicule, et lesprit paisible coule toi dans lesprit divin. »

Pour aller plus loin :
Comprendre le tantrisme, les sources hindoues, André PADOUX
Tantrisme: Doctrine, pratique, art, rituel…, Pierre FEUGA
L’amant tantrique, Jacques FERBER

* « Comprendre le tantrisme, les sources hindoues », André PADOUX, Albin Michel, 2010, p163

Merci à Nathalie Yamina Belkhiri Valls

4 Commentaires

  1. Jen / 11 juin 2016 at 18 h 04 min / Répondre

    Vraiment intéressant!! Merci 🙂

  2. Philippe / 4 juillet 2016 at 22 h 42 min / Répondre

    Mon premier et prochain stage aura lieu en septembre…celui de juin à été reporté…dommage!!!

  3. TRIBY / 27 décembre 2016 at 17 h 12 min / Répondre

    Pourquoi ne pas citer la « Bible » en lisant : TRANTA???

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