Les règles font-elles la loi ?

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8 juin 2018 à 12 h 51 min  •  Catégorie Témoignages par  •  0 Commentaires

Cette nuit encore, j’ai fait un rêve un peu mystique sur mes règles. Plus de 30 ans qu’on se côtoie tous les mois et elles arrivent encore à me surprendre et à dicter certains de mes comportements dans mes rêves tout comme dans la réalité. Et mon étonnement dépasse ma propre expérience, je suis toujours éminemment surprise du sort auquel les règles ont été et sont encore reléguées. Que ce soit dans les croyances populaires tout comme religieuses, elles sont très souvent infréquentables…

Les religions catholiques et juives décrivent les sangs menstruels comme impurs tout comme bien évidemment celles qui les ont.  La religion islamique va aussi exclure les femmes de la prière et du ramadan durant cette période. Au-delà des religions monothéistes,  beaucoup, si ce n’est toutes les cultures religieuses, ont des pratiques tout aussi fallacieuses les unes des autres pour justifier l’éviction des femmes à cette période (c’est fou comme les religions réussissent à se mettre d’accord lorsqu’il s’agit d’incriminer les femmes!).

Mais les règles sont aussi victimes de croyances populaires très ancrées : elles empêcheraient de faire monter la mayonnaise (dans ce cas, j’ai l’impression d’avoir mes règles à chaque fois que je me lance dans cette aventure culinaire… est-ce que ça marche aussi pour justifier le fait que je rate systématiquement ma chantilly?), elles réussiraient même à faire tourner le vin quand une femme réglée descend dans une cave…

Et pourtant, malgré ces pouvoirs de dingue, elles sont dénigrées, cachées, surnommées, représentées en bleu, occultées du porno, très peu présentes dans les arts culturels…

Elles sont censées représenter toutes les femmes mais j’ai l’impression que chacune d’entre nous lui voue une histoire particulière.  

Une sacro-sainte moyenne 

Nous ne vivons pas toutes la même expérience tous les mois. Dernièrement je suis à nouveau tombée sur un article qui décrit une moyenne de flux menstruel qui m’apparaît tellement léger par rapport à ce que je vis: « Pendant leurs règles, les femmes ne perdent en moyenne que deux cuillères à soupe et demi de sang.  » L’article ne cite pas la source mais je me demande sincèrement d’où vient cette sacro-sainte moyenne. Comment est-elle calculée? Est-ce qu’on se base sur la consommation des tampons, serviettes? Sur une base déclarative auprès de son/sa gynéco? Ou est-ce qu’il y a un échantillonnage de femmes qui sont observées dans un laboratoire à chacun de leur cycle?

Si la moyenne est d’environ 50 ml1, alors que je vide au moins 10 cups de 20ml/cycle, cela voudrait-il dire que je suis encore plus impure que les autres femmes, que je vais mourir dans d’affreuses souffrances ?…

En fait je me rends compte qu’on observe rarement ce qui se passe en nous, et qu’on en parle assez peu entre femmes. La seule façon de savoir si nos flux sont légers, moyens ou abondants c’est souvent par l’intermédiaire des marques de tampons ou de serviettes hygiéniques avec lesquelles on se jauge. C’est fou quand on y pense ! Y-a-t-il d’autres sujets liés à notre santé que l’on apprécie par l’intermédiaire de marques de grande consommation ?

 

Des règles pour toutes les femmes mais pas toutes avec les mêmes symptômes 

Puisque nous n’avons pas toutes les mêmes flux, cela veut dire que certaines ne connaissent pas la crainte permanente en cas de RDV qui s’éternise de se lever avec une tâche apparente aux fesses ou sur la chaise… Se réveiller la nuit pour changer sa ou ses protections pleines avec la fatigue liée car plus on perd de sang et plus on se fatigue…  L’envie de faire l’amour durant cette période souvent réfrénée pour éviter que son lit ne ressemble à un champ de bataille de la couette jusqu’au matelas!  

Mais au-delà de l’importance du flux et ses répercussions, nous ne sommes pas soumises aux mêmes symptômes non plus…

Tout d’abord le fameux SPM (Syndrome Prémenstruel, soient les quelques jours qui précèdent les règles). Pour ma part, il me fait envisager la moindre petite contrariété comme un problème totalement insurmontable, me fait monter les larmes aux yeux pour des choses qui m’apparaîtraient tellement futiles à d’autres moments. J’ai à ces périodes  là l’impression que je suis la plus nulle de la terre et que tout le monde risque de s’en apercevoir et de montrer du doigt l’imposture de mes quelques succès…  Sans parler de la rétention d’eau, des fringales et envies de sucre, qui me font ressembler à une bouteille d’Orangina à chaque début de cycle.

Contrairement aux idées reçues, le fameux « t’as tes règles ? » quand une femme montre un comportement emporté, n’a aucune justification. Les hormones peuvent jouer sur notre humeur avant l’arrivée de règles et non pendant. Mais leur arrivée peut être révélatrice de maux de ventre et de tête qui font de toute activité professionnelle ou physique un véritable combat contre soi pour ne pas rentrer se coucher…

Puisque nous ne vivons pas toutes la même aventure tous les mois, légiférer pour un « congé règles » devient aussi un sujet complexe… Comment en bénéficier sans se sentir moins valeureuses ou fortes que les hommes et les femmes qui ne le prendraient pas? Et pour les hommes et les femmes qui n’auraient pas besoin de ce « congé règles », comment empêcher le ressenti à l’égard des autres ? Pourraient-il.elle.s bénéficier d’autres congés en compensation qu’il.elle.s trouveraient tout aussi légitimes ? Comme souvent dans les sujets de société, c’est illusoire d’attendre une réponse à tous nos maux par le législateur mais le fait qu’il s’en saisisse est néanmoins une bonne chose. Cela permet d’en parler et d’ouvrir le débat, de développer notre empathie et de se débarrasser de certains jugements de valeurs liés.

Des maux qui ne sont pas une fatalité 

Mais je lis de plus en plus souvent des témoignages me permettant de penser que ces maux ne sont pas une fatalité. 

Tout d’abord pour faire l’amour, il existe des éponges (biologiques et synthétiques). Elles sont utilisées par les professionnelles du sexe (actrices porno…) tout comme les femmes qui veulent continuer à être pénétrées sans sentir ni voire couler le sang sur elle, leur partenaire ou dans leurs draps… Une fois bien insérées, elles sont totalement invisibles. Pour avoir essayé les synthétiques, elles sont très efficaces  même lors des jours des flux les plus abondants. Il faut juste savoir jouer avec son périnée pour réussir à la retirer sans trop de stress. Lors des flux plus légers, les préservatifs féminins sont aussi une très bonne alternative.  

Pour tous les autres symptômes, il existe la possibilité de prendre des traitements hormonaux en continue qui permettent l’arrêt des règles. Après avoir été longtemps controversés, certains sont réhabilités car ils permettent d’éviter les anémies liées aux règles hémorragiques, peuvent contribuer à faire baisser les risques d’endométriose ou aident à se prémunir de certains cancers (source : Les joies d’en bas, tout sur le sexe féminin. Editions Acte Sud).

Pourtant d’après une étude parue dans Le Monde, bien que 70% des femmes aimeraient ne plus avoir leurs règles, seules 17% seraient prêtes à s’en donner les moyens (Source : Les règles en avoir ou pas. Le Monde 15 octobre 2015).

Malgré les contraintes, on a du mal à s’en affranchir 


Personnellement, j’ai recueilli autant de témoignages en faveur que contre l’arrêt des règles par traitement hormonal.

Certaines de mes proches disent ne sentir aucun effet secondaire et apprécier véritablement les bénéfices de ne plus avoir leurs règles. D’autres m’ont dit avoir subi des effets physiologiques contraignants (prise de poids, acné, maux de tête…) ou psychologiques compliqués car elles vivaient plus difficilement la perte de repères que leur offraient leurs cycles naturels.  

En ce qui me concerne, malgré les contraintes, je n’ai toujours pas réussi à m’y résoudre, le « contre » l’emporte encore. En fait, j’aime aussi m’interroger sur ce que mon corps me signifie tous les mois. Veut-il me dire qu’il faut que je mette en pause mon rythme de vie effréné ? Que je prenne davantage soin de moi au moins une fois par mois? Ou qu’il faudrait que je travaille sur les longues lignées d’utérus douloureux et hémorragiques de beaucoup de femmes de ma famille ? Mes règles me rappellent ma propre écologie. Elles me rappellent que je suis parfois très vulnérable et parfois très forte (notamment en étant capable de perdre des centilitres de sang tous les mois sans jamais mourir !).

J’ai envie de continuer à composer avec elles pour les écouter parfois et me poser davantage à cette période. Et à d’autres moments, j’ai envie qu’elles m’apprennent à me dépasser pour continuer à vivre mon quotidien sans encombres. Je sais que je dois contrôler mon niveau de fer régulièrement et j’aime me goinfrer de boudin noir (ou prendre des compléments quand il est trop bas). Je fais surveiller mon utérus et ses risques de fibrome ou d’endométriose et essaie de ne pas oublier mon frottis tous les 3 ans.

J’accepte mes excès d’humeur, mes coups de pompe et baisses de moral car je sais qu’ils sont passagers.

Et j’aime me rappeler qu’après la fin d’un cycle, il y en aura un nouveau avec son énergie créative et son lot de bonnes surprises.

Alors les règles font-elles la loi ?

Personnellement j’ai décidé qu’entre mes règles et moi personne ne ferait la loi mais que l’on composerait ensemble !

Maintenant, j’aimerais sincèrement qu’au-delà de ma propre expérience, nous sortions des fausses croyances religieuses, culturelles et de société qui rendent cette période encore plus difficile à vivre pour les femmes. Les règles ne sont pas honteuses, arrêtons de nous cacher, de cacher nos protections hygiéniques et de faire en sorte qu’elles n’existent pas quand on doit vivre avec.

Acceptons d’en rire et de rire de ceux qui font des blagues scato mais qui trouvent les blagues sur les règles franchement écœurantes…

Eduquons les hommes qui trouvent la sodomie excitante mais l’amour pendant les règles dégoutant pour sortir de ce mythe (car les bactéries se trouvent dans les selles mais pas dans le sang, sauf virus transmissibles par ce biais).   

Et assumons de nous en affranchir grâce aux traitements hormonaux si cela est davantage compatible avec notre vie ou mieux adapté à notre santé.  

En tous cas, ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, j’aime me rendre compte que j’ose beaucoup plus facilement en parler, car en dehors de ma culotte, elles ne me font plus rougir !

 

 

1 https://www.allodocteurs.fr/actualite-sante-quelle-quantite-de-sang-perd-on-lors-des-menstruations-_991.html

crédit CY

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