Genderfluid, androgyne, cis, trans… Mon trouble dans le genre

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24 novembre 2017 à 16 h 35 min  •  Catégorie Témoignages par  •  0 Commentaires

Se chercher, se trouver, se perdre à nouveau… Notre société aime étiqueter. Cela nous force à faire des choix, non pour rentrer dans un moule, mais pour exister, respirer et surtout… être visible. Alors comment vivre quand on ne veut pas d’une case ? Pas facile. J’ai longtemps tâtonné et exploré mon identité de genre. Hors des sentiers battus, la route est longue, mais pas dénuée d’intérêt.  

« TU ES UN ETRE HUMAIN, TU MERITES LE RESPECT »

J’ai quatre ou cinq ans et je suis née avec des chromosomes XX. Ma mère m’explique pour la première fois que les femmes sont traitées différemment. Elle prend des exemples grossiers, mais m’explique surtout que c’est un système. Elle ne le nommera pas patriarcat. Mais elle me prend dans ses bras et me dit : « Rappelle-toi que tu es un être humain, que tu mérites le respect. Mais aussi et surtout que tu dois respecter et aimer chaque être humain comme toi-même. Fais aux autres ce que tu voudrais qu’on te fasse. » Je me souviens encore de l’injustice que j’ai ressentie. Enfin, soyons sérieux, les garçons et les filles, c’est pareil. Dans les dessins animés, je m’identifie aux garçons et aux filles. Mais j’ai surtout un faible pour les filles qui prennent leur destin en main. Mulan sera d’ailleurs longtemps une de mes héroïnes préférées.

« TU RESSEMBLES A UN GARCON »

J’ai dix ans. Je me suis fait couper les cheveux comme un garçon, mais je porte aussi de grandes boucles d’oreilles. J’aime sentir ma tête libre. Je fais du karaté. J’aime cette image de tomboy que je me suis construite. Quand on me dit que je ressemble à un garçon, je m’insurge : « Parce que ça ressemble à quoi, un garçon ?! ». Ce n’est pas le fait d’être « masculine » qui me blesse, mais plutôt le fait qu’on me réduise à ma longueur de cheveux. Alors je cultive l’ambigüité avec des bijoux, des accessoires parfois ultra « féminin » sur mes joggings informes que mes copines regardent avec une moue de dépit. Mais je m’aime comme ça.

« QUE VEUX-TU ETRE ? »

J’ai quatorze ans. Mise de côté par les enfants du collège, je me trouve une bande de potes atypiques et originaux. Que des garçons. Je suis à l’aise avec eux. On fait des blagues de cul toute la journée et on partage nos premières expériences. Du coup, pour les autres filles, je suis une traînée. Mais j’éclate de rire et je n’y prête pas attention. J’ai mes amis, je me sens bien entourée d’hommes. Mes parents me poussent toujours à plus de tolérance. Alors j’apprends à m’adapter sans me renier, à m’intéresser aux autres, et mes relations, notamment avec les filles, s’améliorent. A cette époque, je découvre Sartre et l’existentialisme. J’aime l’idée d’être une page blanche qui se réécrit chaque jour. Je me réveille chaque matin et je me demande : « Que veux-tu être ? ». La réponse est toujours la même : « Je veux être la meilleure version de moi-même ».

« C’EST QUOI, ETRE UNE FEMME ? »

J’ai dix-sept ans. Le patriarcat, qui m’avait plus ou moins foutu la paix pendant mon enfance et mon adolescence, me rattrape et me frappe frontalement. J’ai commencé mes études supérieures, je découvre mon corps et ma sexualité, je m’amuse et j’expérimente. Mais comme je ne suis pas un garçon, je ne suis qu’une salope. Je suis harcelée par mes camarades, on écrit des horreurs sur moi dans les journaux étudiants. Je suis furieuse et j’en veux au monde entier. Pourquoi les hommes pourraient-ils faire ce qu’ils veulent, être acteurs de leur plaisir et pas les femmes ? Et, timidement, une autre question fait surface : est-ce que je suis une femme ? C’est quoi, être une femme ?

J’explore. Je regarde autour de moi. Mes modèles, ils sont surtout masculins : les Rolling Stones, Lou Reed, Iggy Pop… Mais il y a aussi une femme : Madonna. En 2012, je la vois pour la première fois au stade de France. Au milieu du concert, elle arrive sur scène dans un costume signé Jean-Paul Gaultier : un costume d’homme avec cravate, serre-taille et harnais avec les fameux cônes. Mon visage s’illumine. C’est ça que je veux être ! Ni homme, ni femme, juste moi. Et moi, j’aime être en costard cravate, en petite robe à fleurs, en dessous de dentelle ou en slip ultra confort. De fil en aiguille, je m’intéresse à mon identité de genre. Je lis Judith Butler, qui floute totalement cette notion en la résumant à une « répétition stylisée d’actes ». J’explore encore, je m’observe, je m’espionne. Et au bout de quelques années, ma décision est prise : je ne veux pas de case, je veux juste être la meilleure version de moi-même, sans que cela n’ait rien à voir avec mon sexe ou mon genre.

FLUIDE DANS LE GENRE, COMME L’EAU

Mais notre société a besoin de repères. Sans eux, nous sommes invisibilisés-es et il est donc difficile de sensibiliser les autres. Alors je fouine dans la terminologie, je pense un moment à me présenter comme queer, mais ce mot me semble trop sexualisé. Alors j’opte pour genderfluid. J’aime la sonorité de ce mot et la fluidité. Etre comme l’eau, s’adapter, se mouvoir sans se perdre, ça me plaît. Il me définit sans m’enfermer. Je m’espionne encore. Mes amoureux m’appellent souvent leur petit mec, mon grand-père m’appelle « mon chéri » et mon frère éclate de rire en m’appelant sa « grande sœur garçonne ». Cette ambiguïté me correspond. C’est moi. Alex, ni garçon, ni fille, ni cis, ni trans, ni androgyne, ni queer, ni pan. Juste un être humain fluide, qui s’efforce d’apporter à ce monde amour, tolérance et paix.

Alex Lydon

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