Violences sexuelles : Angot vs Rousseau, retour sur l’émission ONPC de ce 30/09

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10 octobre 2017 à 16 h 10 min  •  Catégorie Sujets de société par  •  0 Commentaires

Ce qu’il s’est passé dans l’émission « On n’est pas couché » le 30 septembre dernier nous a ébranlé, au Cabinet de Curiosité Féminine. On n’a pas su comment réagir tout de suite. Parfois, il est bon de laisser un peu passer le déferlement médiatique. On en a parlé entre nous. On avait tant de choses à dire mais c’était foutraque, viscéral. Il fallait faire intervenir la raison. Et puis Alexandra Coenraets, contributrice du Cabinet de Curiosité Féminine depuis plusieurs années, nous a envoyé ce message. Il était évident alors que c’était cette parole que nous avions envie de partager avec vous.

« Bonjour,

J’ai parlé, j’ai écrit, j’ai porté plainte. Je ne regrette rien, j’ai sauvé ma peau, évité le pire, choisi le moins pire…

Mais ce fut et c’est encore très dur à vivre (mais au moins, je vis). C’est dur parce qu’on se heurte à des murs et qu’on se prend des coups. Parler (ou pas) est une décision très personnelle qui peut être mûrement réfléchie ou s’imposer à soi brutalement, comme un cri de vie, un besoin vital, une énième et ultime stratégie de survie.

Dans mon cas, ce fut la deuxième option. On pourrait dire que je n’ai pas « choisi » de parler. Lorsque ma mémoire traumatique s’est réveillée, que les souvenirs des abus me sont revenus en mémoire en une fois et de manière extrêmement violente, j’ai dû presque littéralement cracher le morceau (en fait, ce furent les premiers morceaux d’une longue série, car on ne se répare pas d’un coup d’un traumatisme aussi destructeur). Cracher le morceau pour ne pas mourir étouffée, étranglée sous le joug (la puissance) des émotions refoulées ! Pour ne pas sombrer dans l’impuissance dans laquelle l’agresseur m’avait plongée.

Les émotions m’ont sauvée ! J’en étais consciente et je savais que je ne pouvais pas freiner le processus. C’était indispensable que je laisse sortir les choses. Que je me respecte était fondamental. J’ai enfin pu avoir accès et expulser les émotions que, petite fille, j’avais dû taire. J’ai commencé à expulser la mort que l’agresseur (mon père) avait plantée en moi, l’horreur des violences subies dans mon être le plus profond, pour pouvoir commencer à me construire pas à pas, jour après jour une vie décente de femme, digne et saine.

C’était en octobre 2005 et j’allais avoir 30 ans.

Comment retrouver une dignité dans une société qui ne reconnaît pas les préjudices subis ? Qui n’offre pas réparation aux victimes à la juste mesure du traumatisme enduré ? Comment ne pas vivre tout cela comme de nouvelles humiliations à répétition, qui rappellent l’humiliation première ? Comment réparer une estime de soi brisée, reprendre confiance en soi et en la vie dans une société qui nous ignore, voire nous démolit ?

Retrouver mon humanité, devenir sujet de mon existence, me réapproprier mon corps et mes émotions, me reconnecter à mes sensations et sortir de la sidération consécutive aux violences (paralysie émotionnelle et sensorielle due à une réaction de survie lorsque ni la fuite ni l’attaque ne sont possibles), tout ce cheminement, ce parcours de combattante à mener soi-même, en payant de ses propres deniers un accompagnement, puisque nous ne recevons aucune indemnité, prend du temps, énormément de temps. Et finit par nous épuiser, peut nous laisser exsangue si l’on n’apprend pas à doser et gérer son énergie adéquatement. C’est ce que je tente de faire, inlassablement. C’est le travail d’une vie et ce n’est pas linéaire. Car le crime d’inceste déshumanise et vous transforme en objet. Une victime d’inceste, c’est comme un oiseau mazouté.

Tous ces efforts se heurtent souvent à beaucoup d’incompréhension, parfois du rejet, du déni de la part de l’entourage et la société en général, je l’ai déjà dit. La reconnaissance est minime par rapport aux efforts fournis. On prend ce qu’on reçoit, et c’est déjà beaucoup, mais on s’expose à être agressée de nouveau, parce qu’on dérange et que le tabou qui entoure ces crimes contamine toutes les sphères de notre vie.

Et pourtant, parler comporte un aspect tellement thérapeutique…Sans cela, qui serais-je ? Certainement pas la femme que je suis. Parler pour retrouver du pouvoir sur sa vie, mais en sachant qu’on ne sera peut-être pas entendue comme on le devrait, comme on le voudrait. Parce que l’indicible reste inaudible. Un soutien est nécessaire et se protéger aussi.

Cela demande énormément de force et de ressources pour franchir obstacle après obstacle. Mais ces ressources ne sont pas inépuisables. On doit pallier la responsabilité que la société ne prend pas ! Presqu’inhumain.

Alors, oui, comme le dit Christine Angot, « on se débrouille » comme on le peut…

Et donc, pourquoi ce message, maintenant ? Parce que je fais le lien avec la polémique qui agite les réseaux sociaux depuis samedi: la violente altercation entre deux victimes de violences sexuelles, sur le plateau de l’émission On n’est pas couché, sur France 2: Sandrine Rousseau et Christine Angot.

Au centre du conflit: le fait de parler des violences sexuelles, justement…Deux femmes, deux vérités, et autour, l’instrumentalisation, le déni, le silence, etc.

Pour voir l’extrait de l’émission et lire ce que j’en pense, voici l’article que j’ai écrit sur mon blog:

https://quandilnaitdusens.wordpress.com/2017/10/02/angot-vs-rousseau-balle-au-centre/

Alexandra Coenraets »

 

 

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