The Waltz – Lucie Blush virevolte à trois temps

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29 janvier 2016 à 9 h 58 min  •  Catégorie Culture Q, Sujets de société par  •  1 Comment

Samedi midi, j’ai regardé un porno.

Alors non, ma chronique « Culture Q » n’est pas devenue « La vie sexuelle de Cécile M », qui risquerait de vous ennuyer un peu plus que celle de Catherine M. Mais oui, un film porno peut aussi être un objet culturel digne d’une chronique. Et j’ai envie de dire « enfin » ! Même si cela fait quelques années qu’un nouveau genre de porno arrive sur nos écrans, et Ô fierté, tout cela se fait grâce à des femmes ! La maîtresse en son genre est Erika Lust dont on a souvent parlé au Cabinet de Curiosité Féminine. Elle a aujourd’hui des petites sœurs qui sont en passe de la dépasser.

Samedi midi, j’ai donc regardé « The Waltz » de Lucie Blush. Un film de 15 minutes où deux femmes et un homme s’embrassent, se déshabillent, se touchent, se lèchent, se masturbent, baisent, sourient, rient, jouissent. La vie quoi ! Les filles sont belles et naturelles, elles ont leurs seins, leurs fesses, leurs poils. Un vrai corps, pas emprunté, pas créé par un idéal cliché. Elles sont vivantes. L’homme est tout aussi beau, présent dans ce trio mais pas maître du jeu, attentionné, viril mais pas « testostéroné ».

Un porno réaliste

Le film est stupéfiant de naturel et c’est cela qui fonctionne. Les acteurs jouent justes. On croit sincèrement à leur plaisir. Et lorsque l’on est réalisateur, il n’y a qu’un moyen d’obtenir cela : prendre soin de ses acteurs. L’image est belle sans être sophistiquée. Les corps s’enchevêtrent dans une lumière tamisée, sur un lit, dans un appartement des plus simples. Rien de très original me direz-vous. Mais n’est-elle pas là l’originalité ? Un nouveau courant est né : le porno réaliste. Alors au même titre que le cinéma réaliste en ennuie certain, d’autres seront sans doute déçus par ce porno du quotidien. Mais pour moi qui n’aime pas beaucoup les histoires de plombier qui ramonent la ménagère au 90D, j’ai enfin trouvé mon porno. Ce que j’aime dans une œuvre d’art c’est la sensibilité qui s’en dégage, les émotions que cela provoque sur moi et la beauté. Ces ingrédients sont réunis ici.

Un porno à écouter

Aussi, comme son titre l’indique, ce film est à voir et à écouter. Vous pouvez monter le son très fort, vos voisins ne se douteront aucunement de vos activités perverses du samedi midi. Ici pas de halètements, pas de cris à gorge déployée, pas de blurp, slurp et autre vlurp, uniquement de la musique, et de la belle musique. Une valse à trois temps pour ce trio en accord, une chevauchée fantastique sur du Tchaïkovski. Tout est dans le regard, et les non-dits en disent long sur leur désir.

Pour ma part, j’ai souvent trouvé le porno triste. Je ne suis pas coutumière du genre, car il me fait un effet dépressif. Est-ce parce que j’aime trop le cinéma pour ne pas m’insurger sur la qualité des plans et du jeu des acteurs ? Est-ce parce que de voir des sexes boursoufflés par tant de travail me fait mal ? Est-ce parce que je ne peux m’exciter si j’ai un soupçon de maltraitance sur les acteurs ? Un peu tout ça à la fois sans doute.

Un porno féministe

Lucie Blush fait du cinéma. Elle fait plus que filmer des gens qui baisent. Elle a une idée sur la question. Ce petit bout de femme de 27 ans sait ce qu’elle veut. Un porno différent, un porno qu’elle aimerait regarder autant que faire. Ce n’est pas du porno féminin mais féministe. Quand va-t-on cesser de penser que parce que c’est beau et soft c’est féminin et quand c’est trash et crade c’est masculin ? Mesdames qui aimez le trash, vous ne trouverez pas votre bonheur là-bas. Messieurs qui voulez du sweet sexe, c’est ici. Lucie Blush revendique un porno féministe et (on ne le dira jamais assez) ce féminisme n’est pas un rejet des hommes. Bien au contraire. J’ai envie de soutenir son porno indé, ses projets personnels et puissants. Cette fille est une résistante et elle est bien partie pour gagner la bataille.

Retrouvez tous ses films sur http://luciemakesporn.com/

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