Au Cabinet de Curiosité Féminine, nous nous sommes demandés « mais pourquoi tant de bruit autour d’un film dont l’affiche est une saucisse ? ». A priori, ce n’était (pour une fois) pas la faute de Cyril Hanouna (le doubleur vedette de la version française). Il était plutôt question de sexualité explicite… Ah ? Mais oui ! Sans doute à cause de la forme de ladite saucisse ! Allez hop, ticket de cinéma acheté pour aller voir le film avant qu’il ne disparaisse des salles, et savoir de quoi il en retourne enfin.

affiche-sausageL’histoire :

Nous sommes plongés au coeur d’un supermarché florissant où des produits en tous genres, nationaux et exotiques, trouvent leurs places sur les étalages. Nous faisons la connaissance de Frank (notre héros, la saucisse nationale) et de Brenda (la… miche) sa bien-aimée. Les deux personnages sont amoureux et aimeraient aller plus loin, consommer cette idylle (en introduisant la saucisse dans le pain à hot-dog). Mais voilà, quelque chose de subtil, d’impalpable, leur interdit de le faire : la foi. C’est comme ça, impossible de déroger à cette règle. Frank et Brenda, propulsés malgré eux en dehors de leurs sachets d’origine, partent dans des chemins opposés malgré leur amour mutuel. En effet, alors que la knacki commence à douter du bien fondé de toutes ces croyances qui leurs sont imposées, Brenda, fervente croyante, nie tout en vrac et préfère regagner son étagère au plus vite pour être associée à une autre saucisse : au moins elle aura été choisie par la main divine de l’humain.

Pourquoi tant de bruit ?

En fait, le film, sorti à la mi-septembre aux Etats-Unis, est interdit aux moins de 17 ans outre-Atlantique (considéré comme film d’animation pour adultes). En France, « Sausage Party » est sorti le 30 novembre suite au succès provoqué dans son pays d’origine. Il est interdit aux mineurs de moins de 12 ans. Très vite, la moutarde monte aux nez de parents de mineurs, politiciens, associations (dont « Manif pour Tous », « Promouvoir 1 » ; « Juristes pour l’enfance » ; « Valeurs actuelles »), etc.

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Tweet de Jean-Frédéric Poisson, Président du Parti Chrétien-Démocrate / Député des Yvelines

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Tweet de la Manif pour Tous

Si « Sausage Party » est selon la Manif pour Tous un « porno+++ », vaut mieux pas qu’ils tombent sur « Ça glisse aux pays des merveilles » ou « Dirty Anal Sluts ». Par ailleurs, le site « Valeurs Actuelles »  émettra son avis : « Le jeune spectateur – qui peut, rappelons-le, avoir douze ans – aura le choix : “une chips à tortilla, musulmane et homosexuelle”, “une saucisse de Francfort toujours prête à se dresser”, […]». Le site partagera également une vidéo sobrement intitulée « « Sausage Party », dessin animé porno pour les 12-18 ans » (ben voyons). La vidéo en question est l’extrait du grand final du film : une scène orgiastique où tous les produits du supermarché font la paix en s’accouplant comme des bonobos (= la fameuse partouze) (oups, pardon pour le spoil). C’est-à-dire la seule scène de sexe du film ! Car le reste est simplement ponctué de langage relativement vulgaire, de scènes où un humain se drogue. Il y a aussi une poire à lavement qui viole une briquette de jus de fruits…

Mais la moutarde est montée si fort que certaines des associations sus-citées ont saisi le Tribunal Administratif de Paris dans le but de suspendre les visas du film (ou à défaut le faire interdire aux moins de 16 ans). La magistrate en charge du dossier a donc pris le soin de regarder « Sausage Party ». Le rendu est aussi hilarant qu’hallucinant. En vrac, nous vous livrons le very best of  de l’ordonnance du juge qui a décidé de maintenir l’interdiction en salle aux moins de 12 ans :

«  Considérant que, d’autre part, si, au cours de la dernière séquence du film, durant trois minutes, des aliments et autres produits de consommation, dont aucun ne figure au demeurant un mineur, simulent explicitement diverses pratiques sexuelles, cette scène se déroule dans un univers imaginaire » […] «  Considérant cependant que la dernière séquence du film, évoquée au paragraphe 12, comme la scène montrant la poire à lavement et une saucisse attachées au pantalon d’un employé du supermarché, qui ne présentent aucun caractère de réalisme et sont dépourvues de toute connotation violente ou dégradante, s’insèrent de façon cohérente dans le propos de l’œuvre qui est de dépeindre, sur un ton humoristique et délibérément outrancier, la rébellion des produits de consommation contre la domination humaine et ses interdits » […] «  les images stylisées de produits en lien avec l’intimité corporelle, tels des tampons hygiéniques ou des préservatifs, ou les regards et mouvements de tendresse d’un tacos envers un pain à hot-dog ne présentent pas le caractère de scènes de sexe » […] « Considérant cependant que, d’une part, si une séquence, furtive, mime des relations sexuelles entre une boîte de gruau et une boîte de crackers, elle ne paraît pas, en l’état de l’instruction, figurer un viol à caractère raciste ; que l’aspiration par une poire à lavement du contenu d’une brique de jus de fruit ne peut être interprétée comme évoquant une agression à caractère sexuel que par des spectateurs en capacité de se distancier par rapport à ce qui leur est donné à voir ».

Finalement…

La leçon du film est la prise de conscience par les produits de leur soumission totale à l’être humain, et ouvre une perspective (toute particulière soit-elle) sur la religion dans sa globalité. Donc le message n’est pas du tout une incitation à la partouze et à la déchéance. En gros, s’il n’y avait pas eu autant de polémiques autour de ce film – qui par ailleurs n’est ni un chef d’oeuvre, ni un gros navet – il aurait peut-être moins bien marché.

   Héloïse Lesage

  1. Promouvoir : association fondée par un avocat dont le but serait de promouvoir “les  valeurs judéo-chrétiennes et de la famille”