Projet de loi contre le harcèlement de rue et les violences sexuelles, quels intérêts ?

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18 octobre 2017 à 11 h 11 min  •  Catégorie Sujets de société par  •  1 Comment

Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, vient de présenter dans les grandes lignes son projet de loi contre le harcèlement de rue et les violences sexuelles.  

Les grandes lignes de la loi

L’enjeu de cette loi ? Définir, dans un premier temps, précisément ce qu’est le harcèlement de rue et le punir. A l’heure actuelle, un groupe de cinq parlementaires, tous bords politiques confondus, travaille sur la question (on espère que parmi eux, des femmes concernées soient présentes).

Le deuxième chapitre de cette loi concerne l’allongement du délai de prescription dans les affaires de viol. Fixé aujourd’hui à 20 ans, il devrait être rallongé à 30 ans.

Enfin, le dernier chapitre est une réponse à la décision prise par le tribunal de Pontoise le 26 septembre dernier concernant l’affaire du viol d’une petite fille de 11 ans par un homme âgé de 28 ans. Poursuivi seulement pour atteinte sexuelle et non pour viol parce que la victime a été présumée consentante, cette décision choquante et intolérable, donne au gouvernement la lumineuse idée de fixer un âge sous lequel la question du consentement ne se posera pas (on ne comprend pas vraiment pourquoi cela mit autant de temps, mais passons…). En effet, pour les enfants victimes de violences sexuelles, c’est essentiel de ne pas débattre de leur consentement.

Quel est l’intérêt de légiférer ?

Depuis l’annonce de la loi, on entend beaucoup de réactions à propos de la verbalisation du harcèlement de rue du type « je ne vois pas en quoi mettre des amendes va changer les choses », « comme si les flics allaient faire la chasse aux agresseurs », « il y a une chance sur combien qu’ils soient là au moment de l’agression ? », « je ne vois pas en quoi cela va dissuader les mecs ». Et si ces réflexions ne sonnent pas tout à fait faux, elles ne semblent pourtant pas tout à fait vraies non plus.

Comment la verbalisation va être mise en place ? Sur le terrain, des agents de police, formés à ces questions, seront chargés de verbaliser les agresseurs en flagrant délit. Hum… Pas facile ! Pour le moment, le montant de l’amende n’a pas été défini, mais pour Marlène Schiappa : « il faut que l’on soit dans un montant qui puisse être payé immédiatement mais qui ne soit pas ridicule ».

Faire des lois permet à une société de vivre de façon harmonieuse. En fait, la loi et à fortiori la justice, fait état d’une partie de l’idéologie d’une société. La fonction d’une idéologie est de procurer un système explicatif cohérent des phénomènes de la vie individuelle et/ou collective, système souvent accepté sans réflexion critique. L’idéologie a donc un caractère universel permettant le partage de croyances et de valeurs communes.

Aussi, plus l’Etat édicte des lois concernant les minorités, plus les minorités sont acceptées ou tout du moins tolérées subissant alors moins de violence, moins de discrimination… On a pu l’observer avec la législation des droits LGBTQ (même si cela ne permet malheureusement pas de l’éradiquer, c’est un début). Pour faire court, l’autorité légitime que représente l’Etat joue un rôle considérable dans la soumission à de telles lois. Et oui parce que, que nous a-t-on toujours appris ? A obéir1.

Faire une loi contre le harcèlement de rue ou bien fixer un âge pour lequel la question du consentement ne se posera pas amènera donc les Français à partager des valeurs communes sur ces sujets et/ou à s’y soumettre. Une solution qui permettra sans doute d’observer une baisse du taux d’agressions dans les années à venir.

Légiférer le harcèlement de rue et toutes les questions relatives aux violences sexuelles est donc une première bonne intention, mais elle ne me parait cependant pas suffisante pour faire évoluer les comportements.

Pourquoi dénoncer, pourquoi parler ?

Depuis l’affaire Weinstein, des dizaines d’autres célébrités ont pris la parole pour dénoncer les violences sexuelles dont elles ont été victimes. Selon Emmanuelle Piet, présidente du Collectif Féministe Contre le Viol, lequel gère un numéro vert, « Dès qu’il y a une grosse affaire, le standard explose. Les appels sont corrélés chez nous au fait qu’on en parle. » Elle se souvient ainsi de l’affaire DSK, où le nombre d’appels a été multipliés par 3 ou 5. « Quand il y a une grosse campagne de prévention, c’est la même chose. Cela n’arrête pas. ».

Mais comment expliquer le phénomène ? L’influence des réseaux sociaux, mais aussi l’influence de la source du message ont un impact considérable sur les attitudes et les comportements des gens. Et on le voit aujourd’hui, la prise de parole des célébrités a eu l’effet de donner à d’autres l’envie de dire. Déferlements sur la toile, #balancetonporc #metoo #moiaussi sont devenus les hashtags pour dénoncer, parler, rompre le silence des victimes de violences sexuelles.

D’une part, en ce qui concerne les victimes, sortir du silence, c’est sortir de l’isolement. Et puis pouvoir se compter, c’est un premier pas vers la reconnaissance des victimes et le commencement d’une lutte pour nos droits. Même si certaines femmes n’osent parler, elles se sentiront moins seules à présent, mais surtout, surtout respectons ce choix ! Chacune est libre de lutter comme elle l’entend, comme elle le peut.

D’autre part, l’agresseur ou potentiel futur agresseur, lui, en voyant tout ce qui se passe aujourd’hui ; victimes qui sortent du silence et osent dénoncer, Etat qui légifère, tout cela contribue grandement à les faire réfléchir et peut-être à entamer un changement d’attitude, de comportement. C’est ce qu’il faut espérer.

Si on éduquait ?

Et si en prime d’une contravention, les (futurs) agresseurs se voyaient dans l’obligation de participer à un stage d’éducation ?

Aujourd’hui plus que jamais, il est fondamental et constitutif d’éduquer les jeunes (et les moins jeunes) aux questions des sexualités, d’égalité entre les femmes et les hommes afin que ces comportements soient véritablement minoritaires.

Il reste encore beaucoup de travail…

1 Cf l’expérience de S. Milgram sur la soumission à l’autorité https://www.youtube.com/watch?v=D3aShsV0HJw&feature=youtu.be

Un commentaire

  1. Potin-kahn / 18 octobre 2017 at 17 h 24 min / Répondre

    Merci. Article fouillé, permettant de bien comprendre et voir la portée de ces mesures

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