Par les femmes et pour les femmes ?

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18 avril 2017 à 10 h 03 min  •  Catégorie Sujets de société par  •  1 Comment

Pourtant, j’étais de bonne humeur ce matin. Mais… Un petit caillou dans la chaussure. Ce n’est pas grand-chose, mais ça vous gêne vraiment. C’est un peu l’effet que me font ces sites dont le marketing est organisé autour du thème : « créé par des femmes, pour les femmes ». Non seulement, je me sens pour le moins réduite à l’état d’objet, de catégorie pour publicitaire des années 90, mais surtout, j’ai comme un sérieux doute…

Depuis le temps qu’on nous rabâche que c’est bien normal que les femmes n’aiment pas le porno puisque c’est fait par des hommes et pour des hommes, il était grand temps de s’intéresser à ce que pouvaient aimer les femmes. Oui, ça semblait marquer au coin du bon sens. On allait pouvoir leur vendre du Q sous la forme qui leur convenait le mieux et tout le monde serait content !

Pourtant, déjà, intuitivement il y a comme une contradiction criante. Une normalisation démoralisante. Pour ne pas dire une aberration. Les hommes seraient donc tous les mêmes, désireraient tous la même chose, auraient les mêmes fantasmes, les mêmes pratiques et, cqfd, baiseraient tous de la même façon ? Non, me rétorquera-t-on, d’ailleurs c’est pour cela qu’il y a pléthore de « tags » sur les sites porno ! Pour que chacun trouve chaussure à son pied (pas de jeu de mot ni de contrepèterie, promis). Mouais… Mais la démarche reste la même : les hommes forment un large groupe de clients au sein duquel quelques nuances existent, mais que l’on peut toucher dans sa quasi globalité si l’on trouve le plus grand dénominateur commun. Et idem pour les femmes donc.

Alors que nous sommes de plus en plus nombreux.ses à exprimer le besoin de décodifier la sexualité, de la dégenrer, de la sortir de ce cadre, reflet d’une société qui a tant de mal à se libérer d’un patriarcat culturel nuisible. Alors que nous sommes de plus en plus nombreux.ses à tenter de libérer la parole avant les corps. Les idées, les visions, les perceptions, avant les pratiques. Alors que nous cherchons à nous connaître dans nos individualités. A nous autoriser à inventer notre propre sexualité, d’autres persistent et nous expliquent ce que nous aimons, comment nous l’aimons et pourquoi nous l’aimons. Je sens que ça m’énerve…

Derrière le désir des femmes, se cache (trop souvent) un homme

Puisqu’il semble si difficile de préférer un « je » à ce grand « nous » informe, j’ai eu envie de m’intéresser à 2 sites « coquins » qui se prévalent d’être l’expression du désir féminin : gleeden.com et mmmmmm.fr. Le premier se targue d’être « le 1er site de rencontres extra-conjugales pensé par des femmes » et le second d’être le « 1er site de rencontre qui réalise les fantasmes des femmes ». En plus d’être précurseurs donc, ils en connaissent un rayon question désirs et plaisir féminins ces deux-là !

Bon, passons sur les déclinaisons de rose et l’utilisation de dessins sur le site mmmmmm.fr et sur la morale douteuse de gleeden pour qui les femmes seraient donc des « grosses chaudasses » mais encore mariées, donc adultères. (C’est drôle comme j’ai l’impression que ce stéréotype répond au cliché de l’homme qui veut s’amuser mais pas de relation sérieuse… C’est hyper pratique une femme mariée, non ?)

Passons donc et, creusons un peu pour aller à la rencontre de ces femmes qui se cachent derrière ces sites. Mmmmmm.fr n’annonce pas avoir été créé par des femmes, mais comme ils savent « ce que femme veut » – sondage et infographie à l’appui -, ils doivent soit avoir des femmes dans l’équipe, soit avoir une grande et belle expérience de la gente féminine ! Pensais-je… Paul, Jean Mich’ et Bolino (je n’en sais pas plus) ont d’abord créé le raffiné vends-ta-culotte.com avant de mettre en ligne mmmmmm.fr. Ca se passe de commentaire, non ? Vends-ta-culotte.com ! C’est-à-dire que ces 3 petits gars, dont je ne connais pas la taille, ne savent certainement pas ce qu’aiment « les » femmes, mais ont trouvé au moins 2 moyens de gagner de l’argent (en tout cas je leur souhaite) tout en se faisant plaisir au sens sexuel du terme.

Quand à Gleeden, le site par et pour les femmes, il s’agit d’une marque de Blackdivine dont les co-fondateurs sont Ravy Truchot, Teddy Truchot et Bruno Mendel. Que des nanas, donc !!!!

Qu’on ne se méprenne pas : je ne juge aucun.e utilisateur.trice de ces différents sites et comprends très bien qu’on en soit (moi-même… Ah mais ça n’est pas le sujet !). Je trouve triste que celles et ceux qui prônent une forme de liberté (sexuelle) ne fassent que surfer sur les mêmes codes, sur les mêmes schémas en en livrant une version remâchée. Qu’ils manquent cruellement d’audace et de créativité. Et plus que tout qu’ils nous prennent pour des consommateurs.trices abruti.e.s. Pourtant, j’étais de bonne humeur ce matin, je vous assure.

Un commentaire

  1. Laurie / 18 avril 2017 at 11 h 25 min / Répondre

    Tiens c’est drôle, ça me rappelle une annonce que j’ai modifié il y a deux ans sur Gleeden.com, dans laquelle j’expliquais que je venais d’être agressée sexuellement et que je restais ici simplement pour discuter avec des hommes et/ou rechercher une rencontre sans intention sexuelle.
    Le site m’a tout de suite supprimé mon annonce, j’ai dû leur spécifier que nulle part je ne rendais la plateforme responsable de cette agression et les menacer de déclarer publiquement cette suppression comme abusive pour pouvoir faire republier mon annonce…
    Pourtant elle était bien utile cette annonce, j’ai pu discuter avec des hommes sensibles au sujet, parler de féminisme, des risques qu’il y avait à avoir une sexualité libre quand on est une femme et avoir un peu de soutien
    Gleeden englobe comme étant des femmes les personnes qui présentent les critères surreprésentés de la MILF donc… pour les autres, ça devient manifestement un terrain risquée
    Merci pour cet article, ça remet bien les pendules à l’heure (moi aussi j’étais de bonne humeur ce matin 🙂

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