La liberté sexuelle : encore un diktat ?

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14 juin 2017 à 8 h 00 min  •  Catégorie Corps et âmes, Sujets de société par  •  1 Comment

Je suis une femme libérée. Tu sais, c’est pas si facile, qui plus est en matière de sexualité. Mais surtout est-ce vraiment vrai ? Qu’est-ce que la liberté sexuelle ? On l’aurait gagnée au prix d’une révolution à la fin des années 60. L’obtention du droit à la contraception, puis à l’avortement ont ouvert la voie à une sexualité non procréative, voire non conjugale (mazette !). En tant que femme de 30 ans, j’ai hérité de cette révolution sexuelle. Pour autant, je n’ai aucun souvenir d’un cours d’éducation sexuelle ni à l’école, ni avec mes parents (bien qu’ils m’aient expliqué comment on faisait les bébés  – si si l’un peut aller sans l’autre…). Alors ma sexualité, je l’ai construite, je l’ai pensée seule, parfois avec des ami.es, des partenaires ou des réflexions glanées ici ou là. Aujourd’hui, alors que j’ai fait de la sexualité un sujet d’étude et de travail, je me pose cette question : suis-je une femme libérée sexuellement ?

Etre monogame et libérée, c’est possible ?

Je vis aujourd’hui en couple avec une exclusivité sexuelle. Nous avons une sexualité à deux et rien qu’à deux. Nous ne fréquentons pas les clubs libertins, ni les soirées échangistes, qui semblent parfois être un passage obligé, à l’affirmation d’une liberté sexuelle. Je ne dis pas jamais mais aujourd’hui je n’en ressens pas l’envie. L’important pour moi dans mon couple, c’est de savoir que les choses ne sont pas établies et immuables. Aujourd’hui nous n’avons pas cette pratique, mais je me sens libre d’en parler. Je sais que le jour où j’en aurais envie, je pourrais le proposer. La géométrie de notre couple peut évoluer d’un commun accord. Peut-être que cela arrivera et peut-être pas… Suspense…

Etre libérée, c’est tout expérimenter ?

J’ai souvent pensé cela. Pour être libérée sexuellement, il fallait avoir l’ouverture d’esprit (et de corps) de tout tenter. Ne jamais dire non. Aujourd’hui, je dirais plutôt que c’est « ne jamais dire jamais ». Il y a des expériences sexuelles que je ne veux pas vivre, du moins pas maintenant. Pour moi, la sexualité se crée à l’envie, et si l’envie n’accompagne pas l’expérimentation alors elle peut être dangereuse voire traumatisante. Cependant les désirs évoluent au cours d’une vie. Ainsi, ce qui peut nous sembler impossible aujourd’hui, ne le sera peut-être pas demain. Je crois que l’on n’a pas forcément besoin de tout essayer, mais qu’il est bon de ne pas fermer les portes. Ainsi on garde à l’esprit que notre sexualité n’est pas bornée, que le cadre peut exploser, que l’on n’a pas tout exploré. Notre sexualité est en mouvement, s’arrêter c’est prendre le risque de commencer à s’ennuyer.

Et si être libérée, c’était savoir dire non ?

J’ai 30 ans, je réfléchis à ma sexualité, et j’ai encore des barrières. (Mais qu’est-ce que tu fous ???)  Ma sexualité a beaucoup évolué entre mes débuts et aujourd’hui, et pourtant je ne suis pas encore au bout du chemin. Mais, bout du chemin y-a-t-il ? J’ai l’impression que ma sexualité évoluera tout au long de ma vie. Des barrières tomberont, peut-être d’autres se créeront, qu’il faudra combattre ou accepter. En revanche, il y a une chose que j’ai acquise ces dernières années, c’est la capacité à en parler. Je me sens capable de parler de tous mes blocages, de mes zones d’inconforts avec mon partenaire. Certes, je suis dans une relation de grande confiance avec lui mais je me sens suffisamment assurée pour me dire que même avec un nouveau partenaire que je ne connaitrais pas, je pourrais ouvertement dire mes désirs et ce que je ne souhaite pas. Je sens que je peux dire stop à tout moment si l’acte ne me convient plus, si je ne me sens pas très bien. Je ne me sens plus l’obligation que l’autre jouisse. Je ne me sens aucun devoir dans ma vie sexuelle, ce qui n’a pas toujours été le cas. Au début de ma sexualité, j’étais tétanisée à l’idée d’être un « mauvais coup ». Quelle notion stupide ! Je voulais absolument être performante, sexy, hyper baisable, etc… A l’évidence ces objectifs sont totalement contre-productifs. Aujourd’hui, je vis ma sexualité en essayant d’être au maximum à l’écoute de mes désirs, de mon corps et dans la capacité de les exprimer. Et je crois qu’en ayant cette réflexion sur moi-même, je ne peux qu’être attentive aux désirs de l’autre. Alors bien sûr ce n’est pas toujours facile, c’est parfois chaotique, bancal mais c’est la vie ! Parfois c’est assez futile pour en rire, parfois c’est plus grave et cela nécessite un questionnement plus profond. Encore une fois, c’est la vie !

Et si, la liberté sexuelle, c’était ne répondre à aucune de ces questions de manière ferme et définitive ?

Alors, êtes-vous libéré.es sexuellement ? Tout d’abord, je crois que chacun.e en est seul.e juge. Revendiquer une liberté sexuelle ne nous oblige en rien. Etre libre sexuellement, c’est être libre de ses choix. C’est lutter pour ne rien se laisser imposer. Et finalement, plus qu’un comportement, je crois que la liberté sexuelle c’est la liberté de s’exprimer sur notre sexualité. En tout cas la mienne se situe là. Et c’est tout le sens que nous donnons à ce projet qu’est le Cabinet de Curiosité Féminine. Libérer la parole, c’est sans aucun doute le meilleur moyen pour se débarrasser des diktats qui entravent nos sexualités.

 

Un commentaire

  1. Sophie / 21 juin 2017 at 14 h 57 min / Répondre

    Bonjour 🙂 .

    Avant de lire cet article , je me disais, non la liberté sexuelle c’est plus connaitre ses limites et oser les partager.On peut en effet avoir cette
    Image de la libérée qui n’a pas froid aux yeux.Je
    peux l’être, mais je peux aussi dire « non » , ou « on arrête ».C’est un constant apprentissage avec certaines « rechutes ».Bien sûr cela est sans
    doute plus vaste avec différentes facettes.C’est un peu comme naviguer et voir comment oser tester , demander, tout comme l’inverse.
    Je suis partie :p.
    Merci pour ce blog en tous cas!

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