Le sexisme ordinaire

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9 novembre 2016 à 9 h 12 min  •  Catégorie Sujets de société par  •  0 Commentaires

On en parle beaucoup. Tout comme le racisme ordinaire, le sexisme ordinaire est un fléau tellement ancré dans nos cultures, dans nos mentalités, qu’il est souvent bien difficile de le relever. Et lorsqu’on le fait, que n’entendons-nous pas ? « Chieuse », « chercheuse de poux dans la tête », « jamais contente », « incapable de se contenter de ce qu’elle a »… Mais est-ce par crainte de se faire traiter de « chienne de garde imbaisable » que l’on se tait devant cette forme insidieuse de sexisme ? Pas si sûr…

Lorsque je regarde autour de moi, j’avoue être bien souvent sidérée. Je parle de trentenaires, urbains, cultivés, concernés, parfois engagés. Des gens qui se tiennent informés, qui regardent les mêmes séries que moi, parlent des mêmes films, lisent même parfois les mêmes livres. De personnes dont on ne peut pas dire « oui, mais tu as vu où il/elle a grandit ? », oui mais… Je parle de moi finalement. Et peut-être de vous aussi.

Célibataires ou en couple, hommes ou femmes, lorsque je tends l’oreille et que j’ouvre les yeux, je constate que le sexisme ordinaire est partout et surtout là. Là d’abord, devrais-je peut-être dire. Car finalement, se faire siffler dans la rue par 3 mecs qui squattent le même banc tous les jours de la semaine, c’est l’expression d’un sexisme, mais aussi d’un mal-être social, culturel, éducationnel, d’un manque de perspective, etc. Mais lorsque mon amie, qui travaille et qui en prime gagne mieux sa vie que son mari, gère absolument tout à la maison – courses, repas, ménage, linge et le bébé aussi – il me semble presque que le mal est plus profond. Le jour où, la veille de partir en vacances, elle m’a dit « il faut que je te laisse, j’ai les valises à faire », et que naïvement, j’ai demandé « comment ça les valises ? Tu fais la valise de ton mec ? » et que, je vous le donne en mille, elle m’a répondu que oui, j’ai cru m’étrangler. Mais le plus savoureux dans cette anecdote, c’est qu’elle ne s’était même pas rendue compte de l’absurdité de la chose – pour ne pas dire gravité.

Le sexisme est aussi féminin

Dans une petite vidéo limpide et pédagogique réalisée pour le Centre Hubertine Auclert, Marine Spaak explique la mécanique sexiste. Il s’agit du mécanisme du racisme ordinaire appliqué au sexisme. Le principe est simple. Au commencement, il y a la focalisation – « les femmes aiment toutes les enfants et elles en veulent… » – puis vient la différenciation – « …contrairement aux hommes qui privilégient leur carrière… » – qui mène à la péjoration – « …ce qui explique que les femmes soient moins compétentes… » – et enfin à la légitimation – « … c’est donc tout à fait normal qu’elles soient moins payées. ». CQFD !

Nous avons partagé cette vidéo sur les réseaux sociaux et, heureusement, reçu quelques commentaires qui allaient dans le sens de la désolation d’un tel fonctionnement. Mais en nous désolant, comprenons-nous bien à quel point nous sommes tou(te)s parties prenantes ? A quel point nous participons certainement aussi et malgré nous au sexisme ordinaire, nous qui la décrions ? Car mon amie est la première à s’enflammer sur le sujet lorsque nous en parlons ! Et j’avoue reconnaître chez moi, dans ma manière de vivre et de penser, quelques stéréotypes que je sais être du sexisme ordinaire et contre lesquels je dois faire l’effort quotidien de lutter. Alors, en plus de dénoncer le mal que nous voyons chez l’autre, essayons de nous atteler également à celui que nous véhiculons personnellement et malgré nous. Dans son ouvrage intitulé “Les Gros Mots”, Clarence Edgard-Rosa parle du sexisme intériorisé et explique que parce que nous sommes nés et avons été élevés dans une société sexiste, nous avons “toutes et tous beaucoup de présupposés à déconstruire”. Il me semble que c’est là que réside le sexisme le plus ordinaire qui soit.

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