Volet 1 : Au programme

Plusieurs des livres que nous avons récemment aimés au Cabinet de Curiosité Féminine rappellent l’importance fondamentale d’une éducation à la sexualité de qualité, qui ne soit pas uniquement centrée sur l’aspect sanitaire de la prévention des grossesses non désirées et des maladies [1]. Aujourd’hui, à l’heure où l’école réaffirme sa vocation à former non seulement l’élève mais aussi l’individu, cela fait effectivement pleinement partie de ses missions. Pourtant, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes vient de publier un rapport édifiant sur les défaillances de l’éducation à la sexualité telle qu’elle est actuellement proposée par l’Education nationale [2]. Comment les expliquer? N’y a-t-il eu véritablement aucune évolution? Et si nous nous penchions sur les contenus des programmes des Sciences de la Vie et de la Terre et de leur mise en application? Voici un premier état des lieux, avant de vous faire partager, dans un second volet, les expériences d’enseignant(e)s qui les mettent en oeuvre dans leurs classes.

Au collège, l’éducation à la sexualité, qui jusqu’à maintenant apparaissait sur le tard en 4e, prend de l’avance : à partir de la rentrée 2016, la notion de puberté sera abordée dès la 6e. Les questions centrales de reproduction, de contraception et de protection des IST sont, elles, étudiées en 4e et en 3e. Les ressources d’accompagnement récemment mises en ligne sur  Eduscol, le site de référence destiné aux professionnel(le)s de l’Education nationale, proposent des pistes complémentaires intéressantes, comme “l’identité sexuée”, “les rôles de sexe” (sic), “l’orientation sexuelle”, “le plaisir”, “l’intimité”… Mais ces thèmes ne sont pas explicitement au coeur des programmes. Ils demanderaient davantage de temps pour être véritablement traités, et sont de fait absents des manuels scolaires de collège. Par ailleurs ces derniers utilisent encore souvent le terme d’appareil “reproducteur” – qui renvoie uniquement à la fonction procréative de la sexualité – alors que de nombreux enseignant(e)s lui préfèreraient l’adjectif “génital”, jugé moins restrictif. De la même façon, si les textes rappellent l’importance de “veiller à la qualité des schémas (…) utilisés et à ce qu’ils n’omettent pas le vocabulaire minimum suivant : vulve, clitoris, vagin, cavité et paroi de l’utérus, trompes, ovaires, pour la femme”[3], la représentation du sexe féminin la plus courante demeure la coupe interne où le clitoris n’apparait pas (photo 1). Cet écart notable entre les recommandations officielles et les outils mis à disposition ne facilite pas la tâche des enseignant(e)s, qui doivent chercher d’autres supports, à la fois parlants et adéquats: ils existent, mais charge à eux de les trouver. Récemment, la chercheuse indépendante Odile Fillot a ainsi mis au point un clitoris en 3D afin de pallier cette lacune des manuels scolaires.

On comprend dès lors que les élèves puissent avoir du mal, même une fois arrivés au lycée, à nommer le sexe féminin autrement que par le mot “vagin”, et plus encore à le représenter. Heureusement, la question du plaisir est depuis la réforme du lycée de 2011 un point incontournable des programmes de la classe de 1ère générale. Le clitoris, dont on étudie la formation chez l’embryon, est enfin présent dans les manuels (cf. photo 2), même si les découvertes les plus récentes n’y sont pas encore prises en compte. Une plus large place est également faite à la dimension affective et sociale de la sexualité. Malgré ces avancées, l’ensemble demeure lacunaire : rien n’est proposé ni dans les autres niveaux ni en filière technologique. Quand aucun dispositif complémentaire n’est mis en place, on est de fait encore loin des 3h annuelles par élève prescrites dans le code de l’éducation [4].

La situation est donc très variable d’un élève à l’autre, d’un parcours à l’autre. D’autant que le facteur humain entre aussi en jeu : par manque de temps, par choix, par crainte de la réaction de la classe ou tout simplement par gêne, certain(e)s enseignant(e)s peuvent être tenté(e)s de passer plus vite sur certains points, voire de les éluder. Pas facile de ne pas transmettre de tabous si l’on est soi-même mal à l’aise ! On peut aussi ne pas se sentir tout à fait au point : certaines questions, comme celle du genre, sont rarement abordées aux cours des études de bio… De façon générale, les enseignant(e)s manquent cruellement de formation dans le domaine de l’éducation à la sexualité. Les stages disponibles, facultatifs et accordés sur demande, tendent à attirer ceux qui sont déjà intéressés par le sujet. La difficulté peut également venir de certaines familles, parfois totalement réfractaires aux contenus des enseignements. Ainsi sous la pression d’associations de parents d’élèves, la partie concernant le genre a été considérablement réduite des programmes. Enfin, si les textes officiels insistent sur les partenariats menés avec des intervenants formés à cet effet,  cela dépend pour beaucoup des choix faits au niveau des établissements. Il n’est pas rare que ces dispositifs, lorsqu’ils demandent de recourir à des associations payantes ou de payer les professeur(e)s en heures supplémentaires, passent à la trappe. Parce qu’on ne les juge pas prioritaires ou faute de moyens, tout simplement.

Malgré tout, une impulsion existe. En témoigne la création de groupes de “personnes ressources” constitués d’infirmier(e)s et d’enseignant(e)s volontaires pour réfléchir à ces questions et servir de référents et de relais au niveau de leur académie. Reste que ceux qui s’engagent dans ce travail nécessaire le font en plus du reste, et souvent bénévolement… Espérons qu’ils ne soient pas laissés seuls, et qu’on leur donne les moyens de le poursuivre.

 

[1] Cf. notamment Sexpowerment, de Camille Emmanuelle (p. 26 et 105), Sex Story, de P. Brenot et L. Coryn (p. 191) , Sexe sans complexe de Bérangère Portalier, ill. Frédéric Rébéna

[2] http://www.liberation.fr/france/2016/06/15/le-haut-conseil-a-l-egalite-epingle-l-education-a-la-sexualite_1459716

[3] https://cache.media.eduscol.education.fr/file/SVT/83/8/ra16_c4_svt_met_oeuv_enseig_t3corps_hum_n.d_562838.pdf

[4]  Article L312-16, consultable sur le site www.legifrance.gouv.fr.

 

1.
Volet 1 %2F Photo 1

 

 

 

 

 

SVT, Manuel de cycle 4, sous la direction de Jean-Michel Gardarein, Hatier, 2016.

 

2.
Volet 1 %2F Photo 2

 

 

 

 

 

 

SVT 1ère S, Claude Lizeaux, Denis Baude, éditions Bordas, 2011.