« En finir avec les inégalités, révolutionner l’éducation à la sexualité »

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Elle est sur le podium des réformes à la une, et oui, il s’agit bien de l’éducation à la santé sexuelle ! Bien qu’elle soit vivement critiquée et incomprise, ce genre d’initiative semble être urgente et nécessaire. En effet, mercredi 26 septembre dernier se tenait une conférence, de la Chaire de l’Unesco au Ministère des affaires sociales et de la Santé, avec pour thème « En finir avec les inégalités, révolutionner l’éducation à la sexualité », qui nous rappelle l’importance de la réalisation de ce programme ambitieux.

Parmi les interventions, la gynécologue, Mme Hélène Jacquemin, nous a bien rappelé la gravité de la situation avec des chiffres alarmants ; « environ 84% des filles ne savent pas représenter le sexe féminin » et « 1 jeune fille de 13 à 15 ans sur 7, dit avoir subi des attouchements ». Mais cela n’exclut pas la gente masculine car, elle aussi, subit une pression sociale qui impacte la sexualité : « 14% des garçons de 13 à 15 ans ont déjà été exposés à des insultes homophobes ».

Mais alors, qu’est-ce que l’Education à la Santé Sexuelle ?

L’éducation à la santé sexuelle c’est, avant tout, un apprentissage vers un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social associé à la sexualité. Celle-ci offre la possibilité d’avoir des expériences positives, sans contraintes, sans discrimination et sans violence. Cette éducation sera fondée sur des sources scientifiques prenant l’âge en considération et se dispensant de jugement de valeurs. Le programme s’engagera pour une éducation aux droits humains avec l’égalité des sexes en éliminant les disparités entre les sexes dans l’éducation. Il s’agira donc d’un accompagnement tout au long de la vie qui assurera un bien-être chez les usager, mais également une réelle prise de conscience concernant les risques qu’incluent les rapports sexuels.

En effet, Dr Patrick Papazian, sexologue, n’a pas jugé inutile de rappeler qu’actuellement environ 150 000 personnes vivent avec le VIH dont 25 000 qui ne savent pas qu’elles en sont atteintes. Le VIH et autres maladies infectieuses détiennent une place considérable dans notre société et il est important de confronter les futures générations à cette réalité ; mieux vaut prévenir que guérir.

Mais l’enseignement de la santé sexuelle doit s’adapter à son époque et à ce qu’elle contient. C’est à ce genre de problématique que le psychiatre Serge Tisseron s’attaque, avec notamment les nouveaux médias qui exposent les jeunes générations à un flux importants d’informations plus ou moins vrais, mais aussi, et surtout, à la pornographie et cela dès le plus jeune âge. Le programme doit donc faire de la prévention sur l’utilisation des nouvelles technologies, mais doit également utiliser celles-ci pour renforcer sa communication et sa présence sur Internet. Pour se rapprocher des jeunes générations, il faut s’immiscer dans les médias qu’ils consultent et apprendre à mieux comprendre le paysage audiovisuel et la culture urbaine avec laquelle ils évoluent ; comprendre c’est anticiper. Le psychiatre envisage même l’utilisation des nouvelles technologies comme opportunité pour sensibiliser avec par exemple, la « Réalité Virtuelle » qui pourrait permettre de vivre dans la peau d’une personne du sexe opposé pour aborder des sujets d’actualité comme le harcèlement de rue.

D’autres perspectives, loin d’être négligeables, doivent être traitées avec sérieux : l’apprentissage à la sexualité des personnes en situation de handicap. C’est notamment l’idée de l’équipe de Mme Jennifer Fournier avec le projet « Mon Amour » ayant pour finalité la mise en place d’animations ainsi qu’un enseignement adapté aux personnes en situation de handicap. En effet, cela semble plus que nécessaire quand on sait que « 8 jeunes sur 10 de 13 à 15 ans en situation de handicap ont vécu des violences sexuelles ». La vulnérabilité de ces personnes avec parfois une incapacité à juger la situation ou même à se défendre, crée de réelles craintes auprès des familles et des proches qui les entourent. Le projet souhaite enseigner le rapport au corps ainsi que le consentement afin que la personne en situation de handicap puisse obtenir une réelle indépendance.

Pour assurer un enseignement complet et efficace, les éducateurs devront obtenir une formation qui sera spécialement conçue pour endosser ce rôle. L’éducateur devra avoir de fortes connaissances en santé sexuelle afin d’être capable de répondre à des demandes complexes mais devra également pouvoir incarner une figure de confiance. Il est indispensable de préciser que celui-ci devra être doté d’une certaine ouverture d’esprit, devra respecter les usagers ainsi que le contexte culturel et religieux dans lequel ils auront évolués. Enfin, il devra prendre conscience des limites selon l’âge de l’enfant ou de l’adolescent. La formation des éducateurs est un des facteurs clés de la qualité des programmes d’éducation à la santé sexuelle.

Bien que les éducateurs aient une part importante dans la mise en place du programme, le rôle des parents n’est pas négligeable. C’est dans l’intimité, hors du cadre scolaire, que les sujets pourront interagir et mettre à profit ce qu’ils ont appris durant leurs cours : l’interaction avec les parents ou des proches, vont ainsi leur permettre d’approfondir leurs connaissances. Il est donc nécessaire de rassurer les parents sur le contenant des formations : de nombreuses craintes et préjugés effraient les familles avec par exemple « la peur de provoquer une sexualité précoce » chez l’adolescent, ou encore « la crainte que cela ne soit pas en accord avec la culture ou la religion » de son entourage. Le programme d’éducation sexuelle n’est pas inédit car il a déjà pu recueillir de nombreux retour et cela grâce à sa mise en place au sein de plusieurs écoles en Grande Bretagne. C’est donc basé sur de nombreuses recherches et études scientifiques que Mme Joana Heart, intervenante de l’UNESCO spécialisé dans la section santé et éducation, a pu nous confirmer que « l’Education à la santé sexuelle ne mène pas à une sexualité précoce mais la retarde et encourage les comportements sexuels plus responsables », et que le programme « adaptera son contenu au contexte local ». Il serait donc favorable de rassurer les parents et de leur démontrer au fil du temps l’impact positif que promet le programme.

Pour conclure, le programme d’éducation à la santé sexuelle travaille sur un enseignement complet qui accompagnera l’élève sur une longue durée et qui s’adaptera à ses limites. Le programme ne pourra être que plus efficace s’il est en corrélation avec l’éducation parentale. En effet, la mise en œuvre de ce projet doit répondre aux craintes et aux questionnements des parents car ils auront un rôle déterminant dans l’apprentissage de l’enfant. L’éducation à la santé sexuelle couvrira un large ensemble de sujets qui encourageront les futures générations à avoir des comportements plus responsables. L’éducation à la santé sexuelle assure un avenir plus sûr et plus libre pour les futures générations qui en bénéficieront.

Manon Lu

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