Adresse aux hommes (et à celles qui les défendent)

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8 novembre 2017 à 21 h 18 min  •  Catégorie Au fond des choses, Sujets de société par  •  0 Commentaires

Je vous vois déjà sortir les griffes, les armes, les répliques. Je vous entends déjà dégainer l’insulte suprême : féministe ! Je sens déjà que vous êtes prêt.es à twitter, commenter et déverser votre colère, vos convictions, votre acrimonie, et votre agressivité. Pourtant, je n’ai rien écrit encore… Si ce n’est un titre : Adresse aux hommes et à celles qui les défendent. Si je m’adresse à vous en ces termes, c’est parce que j’espère réussir à vous convaincre que personne ne vous attaque, et qu’il n’y a donc nul besoin de vous défendre.

Évidemment, messieurs, vous sentez bien que ce n’est pas le moment de bomber le torse et de déverser votre testostérone à tout va. Soit. Mais est-ce une agression ? Est-ce une violence ? N’est-ce pas plutôt un cri supplémentaire et poussé plus fort pour vous dire : il est GRAND temps ! Il est grand temps que vous pensiez la société qui est la vôtre, la nôtre. Que vous ne vous contentiez pas de la subir, d’en jouir, de la traverser sans jamais y réfléchir. Que vous remettiez en question les règles, les normes. Que vous vous demandiez individuellement et collectivement ce que signifie être un homme. Qu’est-ce que la virilité, la masculinité. Qu’est-ce aussi que la féminité. Il est grand temps que vous preniez place autour de la table de la modernité et du progrès en somme. Ni plus, ni moins.

#balancetonporc #metoo

Si vous êtes passés à côté de ces hashtags, voici de quoi vous mettre à jour.

Alors que disent ces hashtags qui envahissent la toile ? Bien sûr ils dénoncent des hommes précis, des actes, des situations précises. Mais ils sont symptomatiques d’un mal bien plus difficile à cerner car tellement répandu qu’on n’oserait pointer du doigt la terre entière. Et pourtant… Car oui, ces hashtags disent que cela vous concerne au premier plan. Qu’il n’est plus question de se cacher derrière l’idée d’un pervers inconnu, d’un agresseur de ruelles sombres, d’un oncle vicelard, d’un autre maléfique.

Mathématicien.ne

80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes. (source)

1 jeune femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir été agressée sexuellement au cours de sa vie. (source)

96 % des auteurs de viol sont des hommes et 91 % des victimes sont des femmes. (source)

100% des femmes ont déjà été harcelées dans les transports (source)

Pas la peine d’être mathématicien.ne pour comprendre que cet « autre maléfique » ne peut pas être seul responsable de tous ces méfaits. Weinstein, DSK et Kevin Spacey ne sont pas les mauvais garçons d’un conte manichéen dans lequel il est facile de séparer les gentils des méchants.

« Oui, mais alors on ne peut plus parler à une inconnue pour la séduire ? » Messieurs, n’ayez crainte, la séduction a encore de beaux jours devant elle. Mais poser cette question, c’est exprimer votre incompréhension totale de la situation. Nous sommes à un moment qui exige un très grand coup de pied dans la fourmilière. Un coup de pied qui ne portera pas ses fruits si vous n’y participez pas. Personne ne dit que ça va être simple. Ou indolore. Au contraire. Il va falloir vous remettre profondément en question, vous et votre éducation (qui est également la nôtre, au cas où vous auriez des doutes). Faire un examen de conscience honnête. Et commencer peut-être par cette histoire de “pulsions irrépressibles”. Cette façon que vous avez de revendiquer votre bestialité et d’en être fier. D’être fier de ne pas être en capacité de maîtriser vos désirs… N’y voyez-vous pas comme une contradiction flagrante ? Assouvir vos désirs sans pouvoir les gérer, le faire avec force, autorité, voire violence, fait-il vraiment de vous des êtres supérieurs ? Et, question subsidiaire, pourquoi en assouvissant vos désirs, les femmes (et les hommes) deviennent alors des êtres inférieurs ? Dans une interview parue dans Le Monde, l’ethnologue et anthropologue Françoise Héritier explique que « cette hiérarchie entre les sexes est une construction de l’esprit et ne correspond à aucune réalité biologique ». Lisez la, elle et d’autres. Arrêtez de lever les yeux au ciel ou de soupirer lorsqu’une femme essaie de vous parler de la culture du viol ou d’une société inégalitaire. Si on vous parlait de racisme envers les noirs, vous ne le prendriez pas pour vous personnellement ? Vous ne craindriez pas pour votre suprématie, car vous avez réussi à dépasser ce code culturel nauséabond ? Enfin, j’espère ! Et bien, c’est exactement ce qu’il est grand temps que vous fassiez : dépasser un code culturel nauséabond.

Prendre femme

La culture du viol est l’idée collectivement admise – hommes et femmes – selon laquelle un homme peut « prendre » une femme s’il en a envie, et que dans le fond, la femme le veut (ou le mérite, ça dépend de la longueur de sa jupe). Ne riez pas, vous pensez aussi comme ça. Mais si. Pas tous les jours. Pas vraiment. Moins qu’avant. Mais vous faites partie de cette société, comme nous. Et comme le démontre très bien cet article, en 2017, en France, nous évoluons encore toutes et tous dans cette culture du viol. Si les femmes luttent aussi contre elles-mêmes pour sortir de cette culture d’un sous-genre, vous devez mener votre combat avec vous-même. A l’instar de David Wrong (article paru dans cracked.com et traduit de l’anglais ici), acceptez que vous ayez été élevé.es dans cette culture du viol, sans quoi vous ne saurez inventer une autre éducation pour vos enfants.

Oui je sais, ça vous semble insurmontable, ou exagéré. Ça ne vous paraît surtout pas vraiment urgent : après tout, la société ne vous heurte pas trop… vous ! Mais si vous commencez à vous dire qu’il est temps, rassurez-vous, vous n’êtes pas seul.es. Vous êtes de plus en plus nombreux.ses et nous vous attendons avec impatience pour créer ensemble une société enfin égalitaire.

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