Exposition « Striptease » – Ionna Vautrin déshabille nos vies intimes

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2 juin 2016 à 9 h 36 min  •  Catégorie Au fond des choses, Culture Q, Expos par  •  1 Comment

Dans une petite galerie de la rue Quincampoix à Paris, je suis allée voir le « Striptease » de Ionna Vautrin. Ionna Vautrin est, dans la vraie vie, une designer industrielle reconnue. Le temps d’une exposition, elle passe du monde manufacturé, à un monde imaginaire où « le dessin serait le préliminaire de nos amours sans fin… ». Elle nous offre 100 figures libres et surtout coquines.

De son feutre noir à pointe fine, elle trace les contours de personnages au corps frêle et à grosse tête. Le terme « grosse tête » étant employé ici comme une description physique et non psychique des susmentionnés personnages. Les habitants de cette joyeuse tribu sont principalement en couple, parfois seuls et parfois encore en formation que l’on pourrait qualifier d’orgiaque. Les combinaisons sont multiples et libres. Avec leur air de ne pas y toucher, ils s’en donnent à cœur joie, ces petits êtres mutins. Ils sont patineurs, danseurs, acrobates, matadors ou funambules. Tous portés sur la Chose. 100 dessins pour nous raconter 100 histoires intimes, 100 moments cocasses. Certains se tripotent à la plage, ou s’équipent de bouée, masque et tuba face à la femme fontaine. D’autres ont une manière originale de jouer à StarWars (je vous laisse imaginer à quoi sert un sabre laser selon la princesse Leïa). A chacun ses fantasmes et nos vies intimes révèlent parfois des surprises. L’homme et la femme sont un jouet l’un pour l’autre. Le sexe est un jeu, un jeu de rôles où l’on serait peut-être un peu plus nous-même derrière nos masques.

Ces petits personnages sont nés alors que Ionna entretenait une relation à distance avec un homme. Elle lui envoyait ponctuellement des dessins coquins pour l’amuser, « plus drôle et subtil qu’un sexto » dit-elle… Elle a conservé la spontanéité des premiers dessins, et le trait naïf qui cache bien son jeu. Les sexes ne sont jamais montrés mais les situations n’en sont pas pour le moins burlesques et osées. Elle se joue des clichés de certaines pratiques sexuelles et s’amusent de nos fantasmes. Ionna Vautrin a su saisir avec finesse et humour nos pratiques incongrues, nos envies inavouables.

Sans le savoir, vous avez peut-être déjà croisé des objets dessinés par Ionna dans votre quotidien, sous la forme d’une lampe ou d’une bouilloire, car elle a travaillé avec les plus grandes marques. Et peut-être même pourrez-vous les reconnaître car elle dit que ses personnages ont une étrange ressemblance avec les objets qu’elle dessine. Alors si votre salière et votre poivrière se font un 69, elles sont peut-être signées Ionna Vautrin.

Son exposition est présentée dans le cadre du Festival DDays, festival de design, dont le thème cette année est R/évolution. Ne vous y fiez pas, son travail est tout à fait pacifique et assez peu contestataire. Mais il pourrait être la résultante logique d’une révolution sexuelle qui a eu lieu il y a presque 50 ans maintenant. On peut aujourd’hui présenter une exposition érotique dans un festival de design. L’érotisme tente de ne plus être un genre à part. Aussi, ses personnages jouissent d’une liberté sexuelle affirmée. La femme a gagné sa place dans ces parties de jambes en l’air délurées. La maman peut être putain et dominatrice. Mais dans le terme « révolution » il y a aussi l’idée de cycle. Prenons garde à ce que la roue ne fasse pas un tour complet pour nous retrouver au point de départ. Les censeurs et les moralisateurs ne sont jamais loin. On aime la vision du sexe que nous propose Ionna Vautrin car elle est joyeuse, drôle et sans état d’âme.

Exposition Striptease – à l’Espace Modem 74 rue Quincampoix 75003 PARIS
Du 31 mai au 5 juin : 12h-20h dans le cadre du FESTIVAL D’DAYS
Nocturne MERCREDI 1er JUIN jusqu’à 22H
Et du 6 au 10 juin de 14h à 19h
Plus d’infos ici.

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