Sexualité féminine – épanouissement & plaisir VS normes & diktats

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Vulve de thérapeutique Rorschach @Nina

Si nous avons gagné de l’espace dans l’expression de nos sexualités ces 50 dernières années, nous observons pourtant un grand écart entre les représentations médiatiques d’une sexualité libérée alternant paradoxalement avec un certain conditionnement par le jugement du bien-fondé de telle ou telle pratique, de tel ou tel ressenti et finalement, la réalité des choses.

En effet, la presse féminine regorge d’articles aux titres évocateurs et fallacieux « Comment obtenir 5 orgasmes par jour », « Devenir bisexuelle, c’est fun », « La pipe, ciment du couple », « Faire l’amour plus de 3 fois par semaine est signe de bonne santé du couple » et j’en passe… Mais, la sexualité est plus complexe que cela, il ne suffit pas de nous dicter ce que l’on doit faire pour éprouver du plaisir. En fait, ce qui semble être une chose naturelle et joyeuse devient pour certaines femmes une réalité tortueuse et compliquée. Et toutes ces injonctions véhiculées par notre société sont en grande partie responsables. Dans les ateliers ou lors des entretiens individuels que je mène, j’ai souvent l’occasion d’observer ce paradoxe qui conditionne et affecte fortement les sexualités féminines.

Les femmes sont tiraillées entre leurs véritables envies, leurs désirs profonds et ce qu’elles sont « censées » faire pour être épanouies. Empêtrées dans des fausses croyances, les femmes peinent parfois à appréhender leur sexualité…

Mais, le plaisir féminin n’est pas inné, c’est quelque chose qui s’apprend ! Ce n’est pas une technique que l’on devrait acquérir, qui serait immuable et qui nous garantirait une accumulation d’orgasmes. Non, il se bâtit jour après jour. Et si notre sexualité nous échappe sans cesse, c’est parce qu’elle nous demande un positionnement de chaque instant.

D’abord, elle se construit à travers les différentes étapes qui composent notre existence, comme l’adolescence, la première fois, la grossesse, la ménopause, etc… Des périodes qui sont souvent déterminantes dans le rapport que les femmes entretiennent avec leur corps et leurs sexualités.

Ensuite, parce que nous n’avons pas les mêmes aspirations à 20, 30, 40…60 ans… Le fantasme de nos 20 ans n’est plus celui de nos 40… Ce que l’on désire avec un partenaire en période de célibat ne sera pas nécessairement ce que l’on recherche avec un partenaire de vie, etc… Vous l’aurez compris, les expériences, les rencontres, les erreurs, les événements marquants… sont autant de facteurs qui influencent nos sexualités. Tout cela nous amène continuellement à nous questionner et à établir de nouvelles donnes.

Il ne peut donc pas y avoir une recette toute prête qui permettrait d’atteindre l’extase en 3 étapes. En revanche, il existe de bons ingrédients qui peuvent nous mener vers une sexualité plus éclairée, plus épanouissante, en somme, plus libérée.  

J’aimerais donc vous apporter quelques fondements qui nous serviront de base pour la suite :

Tout d’abord, les mots.

J’en ai choisi 5 parce que ce sont ceux qui reviennent régulièrement durant nos échanges en ateliers. Ils sont importants parce qu’ils désignent ce que nous sommes (ou pas) et déterminent ce que nous ferons (ou pas).

SEXUALITE

Vous remarquerez que l’on utilise bien souvent le mot « sexualité » au singulier. Au Cabinet de Curiosité Féminine, on préfère dire qu’il n’y a pas une sexualité féminine MAIS des sexualités féminines. D’abord parce que ce que nous vivons est unique mais, aussi parce que nos sexualités ne ressemblent en rien à celle de notre voisine, on ne peut donc considérer la sexualité de manière unanime. Ensuite, parce qu’en chacune de nous, cohabite une multiplicité de notre être, cela nous amène inévitablement à parler de notre sexualité au pluriel. Intégrer cela, c’est pouvoir envisager notre sexualité sous différents angles pour qu’elle devienne plus créative.

JOIE

Lorsque l’on a réussi à dédramatiser la sexualité, la possibilité de rire, de s’amuser et de laisser libre cours à notre créativité est possible. La relation sexuelle devient alors un moment joyeux. La sexualité a une dimension ludique qui nous permet d’interpréter tous les rôles que l’on veut, de rire de chaque situation. Dédramatiser la sexualité, c’est vivre l’instant présent, c’est abandonner toute recherche de résultat, faire tomber les tabous, oser s’affirmer, et enfin décupler le plaisir.

PLAISIR / ORGASME

Le plaisir est un ressenti, une perception. L’orgasme, lui, est le moment le plus intense de la relation sexuelle, c’est le paroxysme du plaisir qui s’accompagne de réactions physiques telles que les contractions musculaires…

Bien souvent, on parle de plaisir pour désigner l’orgasme lui-même (« Tu as eu du plaisir ? Oui, j’ai eu un orgasme »). Hors l’orgasme, certes important, n’est en réalité qu’un court instant de la sexualité, il n’est pas la seule expression du plaisir. Le chemin qui mène à l’orgasme est tout aussi important que l’orgasme lui-même.

Pour obtenir du plaisir doit-on aller droit au but ? Non, la génitalité n’est pas la seule source de plaisir puisque les femmes ne vivent pas uniquement leur sexualité de façon mécanique et génitale (ceci dit parfois cela peut s’avérer extrêmement excitant). Mais en général, les femmes ont besoin de jouer, d’observer et de ressentir les mouvements du désir et du plaisir.  

NORMALITE

Suis-je « normale » ? C’est l’une des questions les plus récurrentes que j’ai pu entendre en atelier et en accompagnement individuel. C’est une interrogation majeure et profonde. La normalité est un concept subjectif. Si elle rassure certain(e), elle est aussi et surtout enfermante.

La norme est une notion opposée à la liberté, hors la liberté est l’un des fondements principaux d’une sexualité épanouie.

Chacune d’entre nous est animée par des fantasmes, des besoins, des envies qui ne collent probablement pas à ce que l’on peut lire dans les médias, à ces discours moralisateurs qui voudraient nous cantonner à une pseudo-sexualité que l’on qualifierait de normale. Mais ce sont à nos fantasmes, nos besoins, nos envies seulement auxquels nous pouvons nous fier.

Tentons d’éloigner la culpabilité lorsque nous désirons, que nous fantasmons hors norme. C’est une première étape vers la liberté.

LIBERTE

La liberté est la notion qui revient le plus souvent lorsque l’on parle de sexualité et plus précisément d’épanouissement sexuel. Se sentir libre, mais libre de quoi ? Libre des influences sociétales qui nous imposent une vision uniforme de ce que devrait être nos sexualités, libre de l’influence de notre éducation durant laquelle nous avons reçu des messages (directs ou indirects – verbaux ou non-verbaux) de la part de nos proches et qui se sont installés de façon durable dans notre inconscient. Bien évidemment, s’en libérer ne dépend pas d’une simple décision, aussi impérieuse soit-elle. Je l’admets tout serait plus simple de se dire « Soyons libres » et de l’être instantanément. Mais, la liberté pour qu’elle soit intégrée, conscientisée et éprouvée demande des prises de consciences profondes, de la réflexion et des mises en actes.

Pour cela, il existe des clés qui constituent des étapes dans l’accès à la liberté sexuelle. Elles permettent de mieux appréhender nos sexualités et aident à une meilleure compréhension de notre rapport à nous-même mais aussi, à notre environnement relationnel. Ce sont ces clés qui feront l’objet d’une série d’articles à venir.

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