Sextoy : touchons du bois

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2 septembre 2015 à 12 h 15 min  •  Catégorie Au fond des choses, On a testé pour vous par  •  2 Commentaires

Une autre idée du désir

La plupart du temps, ils sont dans des couleurs un peu flashy – bleu électrique, rose candy –, en silicone, et dotés de programmes de vibrations variés. Chez Idée du désir, on se fait une autre idée justement de ce que peut être un sextoy. Conçus en collaboration avec un sexologue et fabriqués en bois, chaque objet est une pièce artisanale numérotée que Pascal réalise avec déjà beaucoup de plaisir… J’ai testé et voulu en savoir plus sur cet ébéniste, pas tout à fait comme les autres.

Tout d’abord le site Internet. On est bien loin des codes du genre : rien à voir avec un de ces sites de e-commerce où l’on peut remplir son panier virtuel d’objets en tout genre allant du sextoy pour elle, lui ou eux, aux jeux coquins, bougies, déguisements, accessoires, etc. Pas non plus de photos de femmes en lingerie coquine ou tenue d’infirmière (so 1990 !). Ici, on est bien chez un fabricant artisanal. C’est rassurant. Et inquiétant à la fois : un sextoy en bois ? C’est dur le bois tout de même ! J’ai envie de voir. De tester. J’en veux un !

Lorsque je reçois l’objet, il est délicatement glissé dans une pochette en satin, dans laquelle je trouve aussi un échantillon de gel intime. Et puis ce petit mot enroulé façon parchemin qui donne les informations concernant l’objet : quel type de bois, comment il a été fabriqué, comment en prendre soin, etc. L’Orchidée structurée – c’est le nom de mon nouveau jouet et le bestseller de la marque à en croire Pascal – est magnifique. Il ressemble à un sextoy et en même temps est tout à fait différent. Avec sa poignée (faite pour y glisser deux doigts d’homme ou trois doigts de femme) et sa forme particulière qui semble véritablement conçue pour stimuler sa zone G, cette Orchidée éveille la curiosité et l’envie. Et elle ne déçoit pas. Même si, effectivement, le bois est bien plus dur que n’importe quel pénis au mieux de son érection, la pénétration n’est pas douloureuse et – bien sûr il convient d’être excitée et/ou d’utiliser le gel – est même assez agréable. Mais c’est bien une fois à l’intérieur que l’Orchidée déploie ses charmes et sa connaissance du corps de la femme. La courbure tout comme la tête structurée sont parfaitement adaptées. Bien sûr, ça ne vibre pas tout seul et il faut y mettre du sien (sans mauvais jeu de mots). Et c’est peut-être ce qui le rend encore plus intéressant d’ailleurs. Non seulement il faut avoir de l’imagination (c’est la base pour créer l’excitation et le plaisir), mais il faut se donner son propre plaisir activement, ce qui est finalement de plus en plus rare avec les sextoys actuels. Le jouet en bois vient donc parfaitement compléter la panoplie et est une véritable proposition alternative. C’est surtout un jouet avec lequel on peut s’amuser seule (ou à deux) sans modération et qui, en prime, révélera des zones et des plaisirs non encore exprimés…

 

 

Ma curiosité ne s’est pas arrêtée là et j’ai contacté le créateur d’Idée du désir pour lui poser quelques questions.

Joe : Vous avez créé Idée du désir en 2014, c’est donc assez récent. Comment vous est venue cette idée (ou ce désir) ?

Pascal : Je suis ébéniste. Avec la crise, je me suis posé des questions et je me suis dit qu’il fallait se recycler, trouver un moyen de repenser mon métier. Dans l’univers des sextoys, il n’y avait pas de fabrication française en bois. J’ai eu envie de me lancer. J’aime le bois et je travaille chaque jouet, chaque pièce, avec la même dimension artistique que pour n’importe quel autre objet. Il faut qu’il soit beau autant qu’utile.

Joe : En tant qu’ébéniste, vous savez travailler le bois évidemment, mais j’imagine qu’il y a des spécificités, des précautions à prendre lorsque l’on fabrique un objet destiné à l’intimité corporel.

Pascal : Absolument ! Tout d’abord, si on n’a pas les techniques de fabrication, on risque de laisser des imperfections, de ne pas mettre la fibre du bois dans le bon sens pour garantir sa résistance et ça peut s’avérer dangereux à l’utilisation. J’étudie la résistance mécanique du bois en atelier. Mais surtout, j’ai cherché le vernis adapté à ce type d’objet. C’est un vernis à l’eau, sans solvant, sans phtalate, ni nanoparticule. C’est une protection hypoallergénique qui sert pour les bois utilisés dans l’alimentaire, comme pour les fûts de vin par exemple.

Joe : Vous travaillez avec un sexologue, le docteur Daniel Habold. Comment se passe cette collaboration ?

Pascal : Le docteur Daniel Habold cherchait des sextoys en bois et il m’a contacté. Je lui ai expliqué ce que je faisais et comment je travaillais – il m’a d’ailleurs immédiatement validé mon choix de vernis – et il m’a expliqué ce qu’il recherchait. Nous avons décidé de travailler ensemble pour créer des objets adaptés aux corps des femmes, et des hommes depuis peu, pour procurer un maximum de plaisir, mais aussi répondre à des besoins en terme de santé sexuelle. Les sexologues, en général, sont très intéressés par notre travail. Les objets plaisent : les angles, les dimensions, tout est minutieusement mesuré pour permettre aux clients de stimuler les bonnes zones, d’explorer leurs corps et de respecter les angles anatomiques.

Par exemple, c’est en travaillant avec le docteur Habold, que j’ai fabriqué le Désir Papillon : ce sextoy qui a les vertus des boules de geisha, avec une bille à l’intérieur permettant de muscler le périnée, a été conçu pour stimuler tous les points d’excitation : le clitoris, la zone G et la partie anale. J’ai fait 3 ou 4 modèles successifs avant d’obtenir la forme idéale.

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Joe : Et les hommes dans tout ça ?

Pascal : Justement, nous travaillons depuis un mois sur un stimulateur prostatique qui s’appellera ONYX. Dans sa version premium, il sera même orné de poudre d’or. Tout comme pour le Désir Papillon, il a fallu respecter l’angle prostatique pour créer un jouet efficace.

 

Joe : Pour finir, y a-t-il une dimension bio, développement durable dans votre démarche ?

Pascal : C’est de la fabrication française. J’utilise des bois près de chez moi : du merisier, du noyer, de l’érable et du frêne. J’ai aussi une Orchidée en olivier. Je n’utilise pas de bois exotique : trop loin et difficile à travailler surtout pour ce type d’objet. C’est sûr qu’il y a dans ma démarche un respect de la nature, du corps et une envie de limiter les dépenses énergétiques et les déchets. D’ailleurs, en cas d’éclat, il suffit de me renvoyer le sextoy pour que je le répare en atelier. Pas question de jeter au moindre choc. C’est aussi quelque chose que les client(e)s viennent chercher.

Pour en savoir plus : www.ideedudesir.fr

2 Commentaires

  1. Objets De Plaisir / 3 septembre 2015 at 23 h 16 min / Répondre

    Bonjour, et merci pour ce chouette article !
    Je connaissais déjà Idée du Désir et ses superbes créations, mais je n’avais jamais vu de photos en cours de sculpture… C’est beau et fascinant…

  2. alex / 2 juin 2017 at 11 h 35 min / Répondre

    Ces sextoys sont absoluement magnifiques, surtout le premier en bois d’olivier, les couleurs sont chaudes et attirantes !

    Il y a une nouvelle marque française qui est arrivée, ça s’appelle Bois d’Amour et leurs sextoys sont en bois aussi
    Tout est made in France, le bois, la fabrication et la vente. Le projet est intéressant. Je ne sais pas si c’est un bon créneau, mais j’ai l’impression que de plus en plus d’ébenistes s’y essayent, qu’en pensez-vous ?

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