Olivia est une de mes amies. Elle vient tout juste d’avoir 28 ans. Elle est mariée et a deux enfants, des jumeaux, elle a fait les choses bien du premier coup, une fille, un garçon !  Ils ont 5 ans et demi.  Olivia est assistante médicale. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu en réel, nous discutions de temps en temps sur facebook, vous savez ce réseau social qui nous désociabilise.

C’est un ami commun qui m’a appris son cancer du sein. Avec nos jobs respectifs cela faisait un moment que l’on ne s’était pas donné des nouvelles. J’ai eu beaucoup de peine et j’ai été perturbée à cette annonce. Il fallait que je lui parle, que je la vois.

Quand je suis rentrée j’ai tout de suite pensé à lui faire un coucou sur facebook « Hey coucou Olivia ! Ça fait un moment, comment vas-tu ? ». Je me suis dit que jamais elle me dirait ce qui lui arrive, nous n’étions plus assez proches pour se confier. Mais en fait cela n’a rien à voir avec une confidence parce qu’Olivia m’a répondu 2 jours plus tard, ni une ni deux elle m’annonce à son tour son cancer. Comme si elle avait un rhume, une mauvaise grippe. Sauf que moi je n’y étais pas préparée. Je suis restée sans mot, pourtant il a bien fallu dire quelque chose. A ce moment j’ai presque envie de choisir mes mots mais la seule chose qui me vient à l’esprit c’est « Je crois qu’il n’y a pas de bonne phrase toute prête genre je suis désolée pour toi ou bien, rien ». Du coup, on discute du moral qui est une force indéniable dans la guérison. Et du moral, Olivia, elle en a !

C’est terrible de dire cela mais on a enfin pris le temps de se voir. Et pour tout vous dire, je me suis sentie coupable au départ d’un certain voyeurisme. Ce côté malsain de voir les gens touchés par des évènements difficiles. On se met face à une réalité qui pourrait être la nôtre. On a presque le même âge et on se dit que la vie est injuste.

Olivia, elle est toujours aussi jolie quand je la regarde, elle n’a pas changé. On a parlé du passé et cela m’a réconfortée, on avait vraiment eu des bons moments ensemble et non ce n’était donc pas du voyeurisme mais j’avais juste été terriblement inquiète et triste et un besoin de la voir pour savoir comment elle se sentait. On s’est raconté nos vies actuelles. Et puis, Olivia m’a parlé de sa maladie. Pour elle, d’en parler c’est l’accepter pour mieux la combattre. Il n’y a rien à cacher. Je la trouve courageuse moi Olivia.

Et puis, j’ai eu envie d’écrire son courage et de le partager. Je me suis dit que peut-être cela aiderait d’autres femmes atteintes du cancer à trouver cette même force.

On se retrouve une nouvelle fois et pour que son histoire soit indélébile dans ma mémoire afin de l’écrire, je pose quelques questions mais surtout je l’écoute parler.

« Depuis que l’on sait ce qu’il m’arrive, je sens une plus grande attention à mon égard de la part de mes proches. Tu vas trouver ça étrange mais lorsque mes parents l’ont su, ils ont trouvé ça injuste que ce ne soit pas l’un d’eux qui ait été touché par la maladie. C’est l’ordre des choses normalement. Mais moi je leur ai dit que je préférais que ça soit comme ça. Ma plus grande hantise (sans parler évidement de mes enfants) c’est de devoir un jour accompagner l’un de mes parents ou mon mari dans une longue maladie. Je ne pourrais pas savoir s’ils souffrent vraiment, je ne serais pas assez forte pour ça. Alors que là c’est moi qui contrôle, ma volonté fera ma guérison. Je suis sans aucun doute meilleure malade qu’accompagnante de malade.

Au départ, ce que je redoutais le plus c’était la perte de mes cheveux. Comme ils étaient très longs, j’ai donc anticipé, je les ai coupés en deux fois. Et puis, j’attendais avec appréhension ce fameux 14 ème jour après la 1ère chimio à partir duquel les cheveux commencent à tomber. Je ne voulais surtout pas me retrouver avec des trous, c’est trop moche, alors quand ils ont commencé à tomber, j’ai attendu quatre jours et j’ai demandé à ma sœur de tout raser à la tondeuse. Ça n’a pas changé mon visage alors finalement mon appréhension s’est dissipée, tout s’est bien passé.

J’ai choisi de le dire à tous ceux qui voudront le savoir et aussi à mes enfants malgré leur jeune âge parce que je ne voyais pas de raison de leur cacher puisque tôt ou tard ils s’en seraient rendu compte. La chimio laisse des traces. Et puis, ils m’en auraient voulu de leur avoir menti. La seule chose qu’ils me demandent c’est de mettre « mes cheveux » pour les emmener à l’école. Pour le reste ils sont adorables et ils ne sont vraiment pas perturbés puisque je leur explique simplement les choses.

Je continue à faire la fête, à sortir, à me maquiller chaque jour même si je ne travaille plus pour le moment. C’est important pour ma famille et moi-même. Mon mari tente par tous les moyens de me faire oublier cette maladie. Il m’aide, m’accompagne en chimiothérapie dès qu’il le peut (sinon les autres fois c’est mon papa qui vient avec moi). Et ça fonctionne. Je dirais que lui, il a plus été affecté que moi quand on a appris la maladie.

Dans un sens j’ai hâte d’être en février pour l’ablation du sein, ça voudra dire que cette saleté ne sera plus dans mon corps mais en même temps, la poitrine c’est le symbole de la féminité. Cette mutilation ne sera pas anodine. J’ai peur de perdre une partie de ma féminité, que cela perturbe ma vie intime.  C’est vraiment ma plus grosse angoisse. La reconstruction mammaire, c’est certain je la ferai, à 28 ans même si c’est une opération difficile, elle me semble nécessaire pour la suite. J’ai aussi envisagé une cure thermale à la fin de tout ça. Pour être sûre que tout ira bien après. Enfin pour le moment je n’ai pas eu besoin d’être suivie psychologiquement, mais arrivée à ce stade je verrai si c’est toujours le cas. 

Je ne me souviens pas avoir pleuré depuis le début. Mais ce qui me touche surtout ce sont certains témoignages de femmes qui vivent la même chose que moi, celles qui ne savent pas comment surmonter cette épreuve.»

Ce qui est étonnant et à la fois réconfortant c’est que la notion de mort n’est pas une seule fois apparue lors de nos échanges avec Olivia. Avant que je lui en parle, elle me dit ne pas y avoir pensé parce que pour elle, elle va guérir il n’y a pas d’autre sortie possible.

Je la trouve courageuse Olivia et je l’admire. Elle rit, elle planifie. C’est une belle leçon de vie que son combat sans jamais se plaindre ni baisser les bras. Merci à elle de m’avoir permis de raconter tout cela.