Portrait de femme : Laura Fontaine

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3 mars 2014 à 8 h 07 min  •  Catégorie Portraits de femmes et d'hommes par  •  1 Comment

Laura Fontaine a 23ans aujourd’hui, comme moi, elle aussi a connu le look 90’s, les Minikeums et les Polly Pockets , Toy Story et le Roi Lion, la coupe du monde à 8ans, le passage en l’an 2000, les baskets lumineuses, les premiers portables… C’est lors de son passage récent dans l’émission “Salut les Terriens” que j’ai découvert cette jeune femme rayonnante, pleine d’esprit, drôle et très intelligente.

A l’heure où l’image de la “féminité” oscille entre les Femen et Nabilla comment trouver alors sa place en tant que “Femme” lorsqu’on a toute la vie devant soi et que l’on combat son 3ème cancer…
Je suis plus que ravie que Laura ait accepté que je vous offre son portrait pour Le Cabinet de Curiosité Féminine, ravie de vous présenter le portrait d’une femme comme il en existe peu.

A: Lorsque j’ai vu votre interview, je me suis dit “il faut absolument que je fasse son portrait! Elle est magnifique, elle a une force incroyable”.
D’où pensez-vous que cette force vous est venue?
Pensez vous que cette force intérieure, instinctive est uniquement propre aux femmes?

L: Je pense avoir eu l’essentiel qu’on doit avoir quand une personne est malade : l’amour de ses proches. Il y a eu des moments très difficiles, mais je me relevai très vite car j’ai eu cette chance d’être entourée par ma famille qui ne m’a pas lâchée d’une seconde. A 23 ans, ma maman dormait à mes côtés à l’hôpital.
Le soutien familial fait partie de 50% de la guérison.

Je trouve que les femmes sont plus combatives par rapport aux hommes…(elle sourit) Mais la force du caractère y est pour beaucoup également.

A: Vous avez votre première tumeur à un ovaire vous n’avez que 4ans. Vous êtes une petite fille pétillante, joueuse, vous racontez que vous courez avec votre perfusion au bras dans les couloirs de l’hôpital… Est-ce que vous percevez ce qui vous touche à ce moment là?

L: On m’explique que j’ai une grave maladie et j’en suis plus ou moins consciente quand je perds mes cheveux, mais au final je ne dramatise pas car j’ai l’impression que cette maladie fait partie de moi, c’est mon quotidien.

J’ai très peu de souvenirs de cette période. Je ne me souviens pas d’avoir souffert, Je me remémore que des moments merveilleux comme les fêtes d’anniversaires dans l’hôpital ou la naissance de mon petit frère.

A: Adolescente vous apprenez que vous avez une tumeur à l’utérus, le traitement est aussi lourd que celui que vous avez eu enfant mais votre corps se souvient et marque de lourds signes de fatigue. Vous êtes alitée dans le noir dans une chambre stérile.
Qu’est-ce que vous vous êtes dit à ce moment là et comment envisagiez vous votre vie de jeune fille?


L: La chambre stérile c’est vraiment quelque chose à vivre que je ne souhaite à personne. Certes, j’étais renfermée dans cette « bulle » mais j’ai souffert comme jamais… Tout au long de mon traitement je n’ai jamais craqué, mais cette étape là était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, le tout dernier chapitre  avant la rémission. Je n’en pouvais plus, j’avais le manque de mon petit frère. Il fallait que je prenne mon mal en patience.

Je n’ai pas tellement pris conscience que c’était mon utérus cette fois-ci qui était touché jusqu’au jour où le chirurgien m’a expliqué ce qu’il comptait faire: j’ai ressenti comme un coup de poignard au cœur. A quinze ans je n’étais pas désireuse de fonder une famille dans les années à venir mais j’étais réglée depuis trois ans et savoir que j’allais perdre cette part de féminité m’a totalement anéantie pendant quelques jours, jusqu’au moment où j’ai compris que ne plus avoir ces règles ne signifiait pas être ménauposée car j’avais cette chance d’avoir toujours un dernier ovaire.

A: Comment se familiariser avec son corps et sa sexualité lorsque l’on vit dans une bulle et que l’on subit des chimiothérapies? Quelles conséquences cela a eu sur vous? Peut-être aviez vous quelqu’un (soeur, amie, personnel soignant) avec qui parler, vous confier?

L: La sexualité à cet âge-là je n’y pensai pas du tout. J’avais eu des petits flirts avant d’être malade mais je n’étais pas l’adolescente rebelle envers ses proches ou qui courrait après les garçons. Mes amis venaient beaucoup me voir, ils me racontaient leurs vies d’adolescents sans la maladie. J’ai également fait des belles rencontres à l’hôpital. Mais, s’il y a bien une personne qui fut comme une sœur, une amie et à la fois un personnel soignant, c’est ma maman à qui je me confiais le plus. Et je crois que du haut de mes 23 ans cela n’a toujours pas changé!

A: Ah ces mamans…(rires) Pensez vous que vos cancers ont eu un impact sur votre façon de voir la vie et d’aborder votre féminité?

L: Il parait que petite j’étais déjà pleine de vie, mais je pense que le fait d’avoir été malade m’a effectivement permis de voir la vie autrement. On comprend qu’elle est précieuse et qu’elle peut basculer du jour au lendemain.

Pour ce qui est de ma féminité, je ne pense pas que la maladie y soit pour quelque chose. Avant d’être malade pour la première fois, j’étais déjà très coquette et ça a continué au fil des années.

A: Je pense nous sommes d’accord pour dire que la féminité ne se résume ni à la taille du bonnet ni à la longueur des cheveux, je pense notamment a Jean Seberg et sa coupe courte si parfaite, à Nathalie Portman et son crâne rasé dans “V pour Vendetta”…

Est-ce que vous êtes à l’aise avec votre corps? Votre féminité?

L: Effectivement, Il n’est pas nécessaire d’avoir une paire de seins et des cheveux longs pour s’assumer en tant que femme. Je pense que la féminité est quelque chose que l’on a en nous dès notre naissance et nous faisons le choix de la mettre en valeur ou non. Pour ma part je ne me suis jamais senti autant femme que depuis ces dernière semaines. Peut-être est-ce le fait d’avoir publié mon histoire (ndlr https://www.facebook.com/pages/Et-si-moi-aussi-je-racontai-mon-histoire/), je ne sais pas, mais je peux vous dire que je me sens parfaitement bien dans ma peau!

A: Et ça se voit! Vous êtes radieuse! Et dans le rapport à l’autre comment cela se passe? Est-ce que ça a été et est encore difficile (peurs, appréhensions)?

L: La première fois oui, comme beaucoup de jeunes filles je pense.

A: J’ai vu que vous aviez beaucoup voyagé après votre 2ème cancer, que vous étiez même montée au sommet du Mont Blanc avec l’association “A chacun son everest”. C’est quand même pas rien le Mont Blanc!! Vous êtes un peu une guerrière des temps modernes si j’ai bien compris. Pourquoi avoir pris ce risque et qu’avez vous ressenti tout en haut?

L: Le but de cette association est d’accueillir des personnes après un cancer pour leur prouver que malgré la maladie et toutes les séquelles physiques laissées par la chimio, nous pouvons tout de même aller au delà de nos capacités.
D’où le nom « A chacun son Everest », chaque enfant atteint son propre Everest selon ces capacités. Tout le monde ressort vainqueur de cette expérience. Une fois la haut, j’étais fière d’avoir accomplie mon Everest à moi avec mes propres capacités après deux cancers.

 A: En juin 2013, lors d’un contrôle de routine, vous découvrez une nouvelle masse de 17cm de diamètre sur votre ovaire restant.
Quelle a été votre réaction et qu’avez-vous décidé?
 

L: J’avais des nouvelles douleurs au ventre mais je ne m’attendais pas à un troisième cancer. Je l’attendais ce troisième mais pas tout de suite… Depuis presque deux ans j’étais en train de vivre les plus belles années de ma vie, j’avais encore pleins de projet en tête. A l’annonce je n’ai pas pleuré, je me suis juste dit : pourquoi maintenant ? Je pensais vraiment avoir plus de temps entre mon deuxième et troisième cancer. Là, je vais encore prendre du retard dans mes projets, dans mes voyages. Au final je me suis dit qu’il fallait vite que le protocole de traitement se mette en marche pour que j’en finisse au plus vite avec ce cancer pour pouvoir repartir dans mes projets le plus rapidement possible. Comme on dit, jamais deux sans trois. Je m’attendais à un troisième cancer, il est venu, alors je vaincrai ce troisième comme les deux premiers.

A: Puisqu’il s’agit là d’un portrait, est-ce qu’il y a une ou des femmes célèbres (artistes, auteurs, actrices) que vous admirez et que vous auriez aimé ou aimeriez rencontrer? Si oui, qui et pourquoi?

L: Si il y a bien une actrice que je préfère et que j’admire beaucoup c’est Valérie Lemercier. Je la trouve totalement barrée mais j’aime ça et c’est ce qui fait sa personnalité. Quand il m’arrivait d’avoir une baisse de moral, rien de mieux de voir un de ses bons films pour se remettre debout! Puis je me rappelle qu’une fois elle a dit sur un plateau télé en plaisantant : « Je crois que les cigognes ont perdu mon adresse » Tout de suite je me suis reconnue dans ses propos.

A: Quel message souhaitez ou souhaiteriez vous adresser aux jeunes filles et femmes qui liront votre portrait?

L: Dans la vie on rencontre beaucoup d’obstacles qui causent une baisse de moral, que ce soit par la maladie, par le chômage… Pour se relever il suffit de regarder autour de soi et on peut y voir qu’il y a toujours pire ailleurs.
Tant que la mort ne nous touche pas on devrait profiter à fond de chaque moment de notre vie. Voilà aussi comment j’ai réussi à ne pas baisser les bras. Avant d’avoir mon troisième cancer je me suis toujours considérée comme une fille chanceuse dans la vie. Depuis, je ne fais que confirmer mes propos; j’ai seulement dû faire face à trois cancers il y a bien pire ailleurs.

Un commentaire

  1. Claudie Bertrand / 10 mars 2014 at 11 h 33 min / Répondre

    Belle leçon de vie et de courage de la part de cette magnifique jeune femme !

    Merci Laura de nous faire relativiser !

    Affectueusement

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