31 mars – Journée de la visibilité trans : Un couple épatant !

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31 mars 2017 à 11 h 14 min  •  Catégorie Portraits de femmes et d'hommes par  •  1 Comment

A l’occasion de la Journée internationale de la visibilité trans, j’ai interrogé deux femmes qui nous racontent avec beaucoup de simplicité leur parcours. Je me suis plus particulièrement intéressée à ce qui a changé dans leur vie et dans leur sexualité avec leur transition.

Pères de famille, Martine et Florence forment aujourd’hui un couple de femmes transgenres. Elles ont achevé leur transformation grâce à la chirurgie respectivement à 44 et 50 ans, soit il y a 7 ans.

Quelles sont les sensations physiques qui changent quand on passe d’un corps d’homme à celui d’une femme ?

Martine : Le cheminement est propre à chacun. En ce qui me concerne, l’absence de testostérone faisait que j’avais très froid.  Certains hommes trans quant à eux, disent avoir du mal à supporter la chaleur, après les premières injections de testostérone. Sont à noter également des éléments attendus comme des tensions et de légères douleurs lors de la croissance des seins.

Qu’est-ce qui a changé au niveau de votre comportement et du comportement des autres ?

Martine : Dès que j’ai été sous hormones féminines, j’ai ressenti un profond bien-être. Mon mal-être a disparu en quelques semaines grâce aux œstrogènes. La période la plus difficile a été la période de transition, tandis que mon corps acquérait les attributs féminins tout en conservant les attributs masculins. Maintenant la cohérence est totale entre mon identité de genre et mon anatomie. En tant qu’homme je ne pouvais pas être dans la séduction puisque je n’aimais pas mon corps, que je vivais mal mes érections. Maintenant,  je joue et sur-joue peut être les classiques de la séduction féminine.

En ce qui concerne le statut social, bien sûr, il change. J’en joue aussi parfois comme avec la séduction, tout comme il m’arrive de me faire draguer lourdement par des hommes. Enfin, je sens quelquefois qu’on me prend pour une conne, là où en tant qu’homme il n’y avait pas de problème.

Florence : L’émotivité se modifie, les hommes trans ont du mal à pleurer et se sentent plus agressifs. Certains font un travail sur eux-mêmes pour gérer ces changements. Moi, je pleure tous les jours, ça ne m’arrivait pas avant. Ça me convient car c’est plus en rapport avec mon sens de l’émotivité et cela me rend plus forte. C’est une évidence pour moi, les hormones prédisposent et donnent des aptitudes différentes, bien que certaines féministes contestent radicalement ce point de vue.

Pour ce qui est du rapport aux autres, j’aime faire mon coming out, c’est une expérience sociale que j’apprécie. En revanche, le fait de ne pas pouvoir changer ma voix marque une différence par rapport aux femmes cisgenres[1] qui reste douloureuse. La personne transgenre a un rapport au deuil et au principe de réalité très fort : il y a des choses qui restent du domaine de l’impossible.

Dès que j’ai été sous hormones féminines,
j’ai ressenti un profond bien-être.
Mon mal-être a disparu en quelques semaines
grâce aux œstrogènes.

Au niveau sexuel, quels changements avez-vous notés ?

Martine : Les hommes trans, dès la première injection de testostérone disent souvent être confrontés à une libido plus intense. En ce qui me concerne, j’avais une libido plus compulsive en tant qu’homme. Durant ma transition, les inhibiteurs de testostérone l’ont annihilée. Etat très étrange pour moi. Maintenant j’ai des périodes où elle est à un niveau ultra faible, sinon très doux, c’est plus facile à gérer. C’est plus agréable, je ne suis plus soumise au besoin impérieux de la satisfaire. Pour ce qui est des sensations purement physiques, j’ai une sensibilité moindre, l’orgasme est plus long à venir. Ce n’est pas comparable. Après cela diffère en fonction de la chirurgie subie et de la personne, mais vraisemblablement l’opération altère les nerfs, d’où la perte de sensations. De plus, la « matière première » du néo-clito, le gland, contient moins de terminaisons nerveuses que le clitoris d’une femme cis. Sensibilité atténuée, partie interne inexistante, nous sommes un peu désavantagées par rapport aux perceptions des femmes cisgenres.

Florence : Comme Martine, je ne suis plus soumise à une libido envahissante. J’ai découvert la délicieuse sensation des rêveries érotiques et sensuelles, et l’équivalent de l’érection chez la femme. J’ai aussi une perte de sensibilité, mais je ne vis pas cela comme un problème. Au début de ma transition, j’ai commencé à être attirée par des hommes et j’ai découvert que ce que moi je vivais mal (l’impétuosité du désir, l’érection), certains d’entre eux le vivent et le gèrent bien. Maintenant grâce à mon corps de femme, je prends du plaisir dans des pratiques, qui du temps de mon mariage hétéro ne me contentaient pas.  Enfin, le fait de devoir réaliser la dilatation vaginale[2] pour continuer à avoir des rapports sexuels sans douleurs, crée une vraie relation avec son intimité que certaines femmes cis n’ont pas.

J’ai découvert la délicieuse sensation
des rêveries érotiques et sensuelles, 
et l’équivalent de l’érection chez la femme.

Le plaisir sexuel que vous avez actuellement est comparable à celui d’une femme cisgenre ?

Martine : J’ai du plaisir, mes orgasmes sont toujours présents, mais d’une nature légèrement différente. Un peu moins intenses, mais beaucoup plus longs, et en insistant un peu, successifs à bref intervalle de temps. Je n’ai pas perdu au change. Néanmoins, je peux difficilement savoir si mon plaisir est comparable à celui d’une femme cisgenre, car je n’ai pas de moyens de comparaison.

Florence : Je suis persuadée que oui. Les descriptions littéraires en sont la preuve, si cela ne peut être totalement identique (en fonction de la chirurgie, de la  forme de vagin, de son identité,  de son histoire), je m’en sens très proche.

Votre transition a-t-elle engendré chez vous un désir d’enfant ?

Martine : Le désir d’enfants est à mon avis indépendant de mon cheminement. Je suis père de deux enfants, conçus bien sûr avant ma transition.

Florence : J’ai eu trois enfants avec mon ex-femme, avec lesquels j’ai toujours été très maternelle. Au début de ma transition, ce désir d’enfant est revenu si fortement, que j’ai fait les démarches en vue d’adopter et j’ai obtenu l’agrément. Maintenant, je me sens trop âgée et il faudrait refaire un dossier puisque ma situation a changé.

Je suis persuadée que d’ici quelques années
les femmes transgenres pourront donner la vie.

Quid d’un désir de grossesse ?

Florence : Je me suis rendue compte que lorsque j’ai eu envie d’avoir des enfants alors que j’étais encore un homme, il s’agissait en fait d’un désir de grossesse. Je suis persuadée que d’ici quelques années les femmes transgenres pourront donner la vie.

Martine : Je rejoins totalement Florence en cela. Et j’ai dû faire ce deuil de ne pouvoir porter mes enfants, parmi d’autres liés à la transition.

On peut saluer le courage et la détermination de ces deux femmes qui ont su écouter leur besoin et leur désir, malgré toute la difficulté que cela implique. Ainsi que le souligne Martine, la prochaine étape à souhaiter, c’est qu’il ne soit plus nécessaire d’en parler pour faire bouger les mentalités.

 

 

 

[1] Cisgenre : type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance.

[2] Dilatation vaginale : suite à une vaginoplastie, les femmes opérées doivent régulièrement utiliser une prothèse en silicone pour dilater le vagin afin de maintenir sa profondeur.

Un commentaire

  1. Enez Vaz / 18 avril 2017 at 10 h 25 min / Répondre

    Je voudrais juste dire que cela me déplait de lire « en ce qui concerne le statut social, bien sûr, il change. J’en joue aussi parfois comme avec la séduction « .
    Doit-on toujours réduire l’image des femmes à la séduction qu’elles exercent ?
    Cela me choque profondément.
    Une lectrice

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