Les Curieuses à la “Nuit Dèmonia”, ça donne quoi ?

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Au CCF, on donne de notre personne ! Vendredi 3 juin dernier, lorsque vous étiez tous en train de profiter de votre première soirée du weekend, sous une température presque acceptable, Claire, Joe et Mrs Rose montaient dans un taxi, toutes 3 vêtues de cuir et de latex. Pourquoi, vous demanderez vous ? Pour se rendre à la Nuit Dèmonia, et tester pour vous la plus grande soirée fétichiste de France…

C’est donc un article à 6 mains que nous vous proposons aujourd’hui, nous avons croisé nos ressentis et impressions sur cette expérience et vous les livrons. Dans notre aventure nous avions aussi embarqué le photographe Nicolas De Bacchus afin d’emprisonner quelques belles images.

Claire, Comment as tu vécu le déroulement de la soirée : la préparation, le show, tes impressions ?

Nous nous sommes tous retrouvés quelques heures avant de nous rendre au Pavillon Champs Elysées, lieu de la soirée, pour nous glisser tranquillement dans nos nouvelles peaux pour la nuit. Arrivés un peu après 22h30, nous n’avons rencontré aucune difficulté à entrer, contrairement à d’autres arrivés plus tard. La faute à un espace trop limité pour le nombre de participants, faux pas largement reconnu par l’équipe Dèmonia qui s’est pourtant démenée pour satisfaire le plus grand nombre, malgré un changement de lieu de (presque) dernière minute. Avides de découvrir tout ce que cet univers inconnu nous réservait, nous avons laissé traîner nos yeux un peu partout. J’ai pour ma part été très vite attirée par les incroyables looks de tous les participants, du bout des plateformes  shoes jusqu’à la pointe des cheveux !

J’ai repéré différentes orientations fétichistes, différents univers, le cuir, le latex, le vinyle, les laisses et autres accessoires, le maquillage parfois halloweenesque, les masques de chien, les cagoules intégrales, les harnais, des seins, des fesses… bref, il y en avait pour tous les goûts. Le show d’environ 1 heure qui a commencé peu après notre arrivée, avait pour fil rouge la thématique de la soirée : “insanity”. La santé mentale, la folie, l’hôpital psychiatrique nous sont devenus bien familiers tout au long du spectacle où se sont succédées plusieurs performances et saynètes, bluffantes techniquement pour certaines, drôles et burlesques pour d’autres. La magnifique Léa Montravers nous a tous soufflés avec son look venu d’ailleurs, ses paillettes et sa barre de pole dance. Et je me suis aussi beaucoup amusée grâce au duo formé par Chloé Le Gal/Pomme d’Amour et Candy Scream, qui nous ont parfaitement joué un Docteur Maboul et sa Barbie complètement folle.

Après le spectacle, nous avons pris le temps d’observer ce qui se passait dans l’espace réservé au shibari, cet art japonais qui consiste à encorder et suspendre dans bien des positions différentes son ou sa partenaire. Durant toute la nuit se sont succédés des couples qui ont déployé tout leur talent, leur patience, leur dévotion afin de partager leur passion.

Ensuite nous sommes montés sur la coursive qui surplombait toute la salle. Petite tables rondes et nappes blanches, fauteuils crapauds et rideaux en velours ont été notre environnement pour le reste de la nuit. Tout cet espace s’est rempli très rapidement par tout un tas de personnes, jeunes, plus âgées, seules, en couples, en trouples, enchaînées, grimmées, travesties, exhibs, curieuses… J’ai vraiment eu cette impression que chacun pouvait laisser libre cours à ses envies, surtout si par un regard entendu, il trouvait un(une) partenaire privilégié(e) pour partager un moment. Le contraste entre la liberté ambiante, la simplicité des échanges malgré des situations…surprenantes pour les non initiés que nous sommes était aussi intriguant que précieux. Comme si la nuit Démonia était vécue telle un moment isolé dans le temps. Un espace où l’on peut laisser son quotidien à l’extérieur et où l’on vient exprimer quelque chose de différent, chercher du plaisir, mais aussi ses limites. Où l’on vient uniquement parfois pour regarder, mais où l’on peut également tester, participer, se laisser embarquer dans des jeux ou des échanges que l’on qualifie souvent comme marginaux.

Mrs Rose, as-tu passé une bonne soirée ?

Oui car j’ai déjà eu beaucoup de plaisir à enfiler mes cuissardes et promener mon champ d’observation toute la soirée perchée sur mes hauts talons. Avec le dress code imposé et respecté, les genres sont moins distincts, on peut être un homme et chausser des talons aiguilles, une femme et porter une tenue militaire avec un naturel déconcertant. Le cuir et le latex subliment les corps, ces matières vont aussi bien aux hommes, aux femmes qu’aux transsexuels,  aux personnes minces comme à celles très enrobées, aux jeunes comme aux plus âgés. 

C’est troublant qu’il y ait si peu de clivages entre les sexes, les âges et les corpulences… Comme si tout le monde était à sa place ce soir là, quels que soient les complexes que l’on vit d’habitude en société. 

Et je reconnais m’être sentie moi même très à mon aise. Je retiens de cette soirée une quête d’esthétisme, d’originalité et de dépassement de ses limites. Il y avait des jeux SM mais ceux que j’ai observés me paraissaient très consentants entre les protagonistes. C’est étrange, c’était comme assister à une démonstration de perversité respectueuse… 

Il y avait aussi d’autres choses qui me laissaient de marbre, voire me repoussaient un peu. Notamment des jeux pratiqués par de très jeunes gens, je me demande souvent quels vont être les champs à investiguer à 30/40/50 ans… pour des personnes qui ont déjà pratiqué de nombreuses expériences comme celles-là à 18/20 ans. Peut-être que je me trompe mais le BDSM me paraît être très cérébral, réfléchi et je crois que cela doit reposer sur une bonne connaissance de soi que j’imagine encore légère pour les plus jeunes.

– Es-tu toi même fétichiste, BDSM ?

Non pas vraiment… Même si j’ai aimé « La Vénus à la fourrure » et que j’ai plaisir à recevoir ou faire claquer une petite fessée de temps en temps, je me qualifierais de vanille et non de chocolat.?

Joe, Qu’est-ce qui t’as le plus plu / surprise / dérangée/ … ?

Tout et rien. J’y allais avec beaucoup de curiosité et d’excitation. J’avais envie de m’amuser et de voir jusqu’où j’étais prête à jouer le jeu, car regarder est déjà une manière de jouer… La Nuit Demonia, c’est avant tout une grosse soirée à laquelle les gens  se rendent dans des tenues souvent extravagantes et où chacun semble à son aise. C’est parce que j’ai eu l’impression que ce monsieur avait effectivement envie d’être en bas résilles, talons et tenu en laisse que l’image ne m’a pas dérangée. Aussi bien sûr parce qu’il n’était pas le seul. 

Après quelques heures, l’ambiance fête a laissé la place à quelque chose de plus BDSM dans les espaces plus confinés (à l’étage en l’occurrence). Un homme m’a mise au défi de le fesser, ce que je fis avec amusement. Plus tard, il revint me faire un cadeau : un god-ceinture ! Une femme assise à côté de moi était très sollicitée : hommes et femmes se mettaient à ses pieds pour les lui masser et attendre avec une impatience maîtrisée (car c’est définitivement le monde de la Maîtrise) leur correction : fessée manuelle, cravache, latte de bois et enfin fouet. C’est cette femme qui m’a le plus surprise. Elle était manifestement dans un rapport au corps – le sien comme celui des autres – au sexe et à la sexualité qui respectait des codes que je ne connais pas. Ma surprise ne venait pas de ce qu’elle pratiquait, mais du fait qu’il m’était impossible de dire si elle prenait du plaisir. Le sexe n’est pas pratiqué comme je le connais, mais même les notions de désir et de plaisir ne répondent pas aux mêmes caractéristiques.

Pendant ce temps-là, en bas, la soirée battait son plein et les gens dansaient comme dans une boîte de nuit classique. Enfin presque… Les ateliers shibari continuaient respectant un rythme bien différent de celui de la musique. Tout le monde avait l’air tout à fait content d’être là, de faire ou de subir, de regarder, de se laisser regarder. Il y a presque un côté bon enfant… Presque hein ! 

– as-tu un conseil pour quelqu’un qui aurait envie d’y aller pour la 1ère fois ?

La bienveillance. Je suis persuadée que les personnes qui sont avancées dans une sexualité BDSM assumée ne s’amusent pas tant que ça lors de la Nuit Démonia. Beaucoup nous ont dit avoir été déçus par cette édition, donc je ne veux pas non plus faire une généralité de cette seule expérience. Mais il me semble que cette soirée peut être une initiation, une découverte. Ouvrez les yeux, laissez-vous faire par ce que la soirée offre, ne faites rien que vous risqueriez de regretter, respectez les autres et amusez-vous ! Malgré le cuir, le noir, les muselières ou les fouets, tout ceci n’est qu’un jeu auquel on peut avoir envie de jouer très sérieusement…

La prochaine Nuit Dèmonia aura lieu le 10 Décembre. On y retourne ?

Mrs Rose : franchement, ça me donne envie ! en tant que “curieuse pratiquante”, j’aimerais bien voir si un autre lieu donne encore une autre ambiance à cette soirée…

Claire : Oui ! La nuit est passée bien trop vite à mon goût, et j’ai franchement envie de me replonger dans cet univers… au moins encore une fois !

Joe : Pourquoi pas ? J’ai encore beaucoup à découvrir… (entendez le verbe découvrir sous toutes ses acceptions ;-))

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