Le plan Q est-il un plan B ?

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26 février 2016 à 10 h 00 min  •  Catégorie Au fond des choses, Sujets de société par  •  1 Comment

Le plan Q est-il un plan B ?

Qu’est-ce donc finalement qu’un plan Q ? Est-ce une espèce de plan B ? Un autre chemin pour rencontrer l’amour ou un passe-temps faute de mieux ? S’agit-il de vraies rencontres à fort potentiel érotique, sensuel et plus si affinités ? Est-ce utile/bénéfique/dérisoire/dégradant d’avoir des plans Q ? Est-ce juste un effet de mode pour jeunes tinderiens ou happneurs ? Évidemment, je n’ai pas la réponse à ces questions, mais je vous livre quelques-unes de mes réflexions qui ouvriront, je l’espère, vers de nouvelles questions (car qui s’intéresse vraiment aux réponses ?)…

Tout d’abord, la définition. Tapez « plan Q » dans Google et vous aurez tout sauf un début de définition. Des sites de « rencontres coquines dans ta région », mais aussi des vidéos de jeunes « conseillers en drague » (le diplôme doit être en cours d’homologation au ministère) qui t’expliquent comment draguer une fille pour juste un plan q et surtout – tout est dans le « surtout » à mon avis – faire en sorte que ça ne reste qu’un plan Q !

Et puis, il y a les épisodes de Bref, J’ai un plan Q régulier et Je suis un plan Q régulier.
Cela m’a fait du bien de tomber sur ces deux épisodes parce qu’ils sont à mon avis bien plus justes, bien plus honnêtes que ces discours étriqués qui édictent des règles relationnelles convaincus que 1) les filles tombent amoureuses dès qu’on leur caresse la main, 2) les garçons ne veulent jamais mais alors jamais tomber amoureux et que 3) une relation sexuelle ne met en jeu que des fluides corporels et que rien ne se joue entre les deux individus qui se retrouvent dans le même lit (ou sur le même canapé, dans la même douche, etc.).


via VideoBuzzy.com

Pourquoi tant de règles ?
Alors que le plan Q pourrait être vu comme une sorte d’expression concrète de la libération sexuelle, un droit au plaisir en tant que tel, un terrain de jeu pour aller à la rencontre de soi et d’un autre non investi, on peut se demander pourquoi on a enfermé cette liberté dans un code du plan Q aussi dense et tortueux que le code civil ? On peut manger avec un plan Q mais seulement au lit et si on commande une pizza ; pas question de cuisiner rapidement un petit truc ! On ne va pas au ciné, au théâtre, au concert ou même juste boire un verre avec un plan Q. M’enfin, vous n’êtes pas bien non ? Evidemment, on discute avec un plan Q, entre deux parties de jambes en l’air. Alors, oui au bout d’un moment on en connaît pas mal l’un sur l’autre. Mais c’est juste pour faire passer le temps. Pour laisser les sexes se remettre de leurs émotions. Non, ce n’est pas parce qu’on se plait tout de même. Pas parce qu’on s’intéresse à l’autre. Pas non plus parce qu’il y a une attirance qui ne se résume pas aux zones érogènes. Encore moins parce que nos corps, nos cœurs, nos sexes et nos têtes ne forment qu’un même tout et restent connectés en permanence quoi qu’on en dise. Non, non, pas du tout, rien à voir, c’est juste un plan Q je vous dis !

Une rencontre qui ne se la raconte pas
Les plans Q m’ont beaucoup apporté. Ca a toujours été des expériences érotiques qui m’ont permis de me découvrir encore un peu plus. Ils n’ont évidemment pas tous mérité que j’y revienne, mais je ne les ai jamais vécus comme un « faute-de-mieux », plutôt comme une rencontre d’un autre genre. D’un genre inconnu.

C’est ce que j’aime dans les plans Q, le potentiel, l’inconnu. Si la règle initiale est claire, elle peut changer, évoluer, basculer d’un coup ou au fur et à mesure. On peut arrêter net, comme ça, on n’a plus envie. On peut désirer partager d’autres choses. Des moments non sexuels ou au contraire plus d’expériences sexuelles. Un plan Q peut se transformer en histoire d’amour ou en partenaire privilégié pour explorer des mondes lubriques, ou même les deux ! Tout comme le consentement d’un jour n’est pas le consentement de toujours, pourquoi le plan Q estampillé « je-ne-veux-pas-plus » devrait être une règle immuable ? Et surtout, comment cela se pourrait-il en réalité ? Ne sommes-nous pas des êtres changeants. A force de côtoyer une personne, ne ressentons-nous pas de nouvelles émotions ? De nouvelles envies ?
Un rencard comprend par définition un enjeu officiel : vais-je plaire à l’autre et l’autre ma plaira-t-il ? Et jusqu’où ? Pour une nuit ? Pour la vie ? Pour le présenter à mes parents ? Pourquoi le plan Q devrait lui aussi avoir son enjeu officiel : surtout ne rester qu’un plan Q ?
Un plan Q est une rencontre qui ne se la raconte pas. Une rencontre sensuelle avant d’être intellectuelle. Une rencontre par les corps et non par la tête. Une rencontre dans un lit et pas autour d’une table de restaurant. Mais une rencontre tout de même. On prend ce qu’il y a à prendre. On donne aussi bien sûr : la vraie jouissance l’exige. Tout en étant dans le respect de l’autre, on peut se livrer dans un magnifique égoïsme et prendre son pied comme rarement. Et partager ! Car le meilleur plan Q est une histoire de partage : partager un bon moment, partager des rires, des gémissements, des caresses, des fantasmes, du plaisir. Partager 2 heures. Ce n’est pas grand-chose ? C’est énorme au contraire ! Car la peur de la relation amoureuse est tellement grande (mais pourquoi ?) que nombreux sont celles et ceux qui s’empêchent, qui cloisonnent, qui ne se livrent pas pleinement pendant ces 2 petites heures. Juste pour ce qu’elles sont. Chercher à s’assurer qu’elles ne deviendront pas autre chose, c’est déjà gâcher le moment.

J’ai eu cette discussion avec un de mes plans Q. Un très gentil garçon que je voyais régulièrement, ni trop ni trop peu, pendant un temps. Un jour, il est arrivé chez moi avec une bouteille de champagne. J’ai adoré ! Et il en a été immédiatement soulagé m’expliquant que ses copains lui avaient fortement déconseillé d’apporter du champagne de crainte que je le prenne comme une déclaration d’amour. Nous étions, lui et moi, atterrés. Nous trouvions triste cette vision qui cloisonne l’amour et les relations humaines à des gestes codifiés. Nous nous parlions. Nous échangions. Il n’y avait aucune ambiguïté sur ce que nous vivions. Et si j’étais un peu tombée amoureuse (ou lui), nous aurions avisé. Et alors ? Les moments que nous partagions méritaient du champagne, c’est tout ! Pourquoi s’en priver ?

Une voie sans issue ?
Une autre fois, avec un autre plan Q (ne vous emballez pas, il n’y en a pas eu tant que ça !), alors qu’il me demandait si j’avais des vues sur un homme, sous-entendant un « plan love » j’imagine, ou juste un mec potentiel, j’ai réfléchi et j’ai répondu que lui pouvait répondre à la définition. Après tout on se voyait depuis plusieurs mois, on aimait faire l’amour ensemble et il me racontait toute sa vie. Je ne le disais pas pour lui tendre un perche, mais parce qu’en réfléchissant à voix haute, je nous disais à tous les deux que nous étions peut-être enfermés dans une voie que nous avions décidée sans issue alors même que nous n’osions nous y aventurer. Il n’a rien répondu. Quand il est parti, j’ai su que je ne le reverrai jamais. C’est ce qui s’est passé. J’ai trouvé ça pathétique. Je n’étais pas triste car je n’étais pas du tout amoureuse, mais j’étais triste parce que ce qui devait être simple devenait compliqué. Impossible de bifurquer sur un quelconque itinéraire bis. A ce compte-là, même le sexe devient ennuyeux !

Je n’aime pas envisager le plan Q comme un plan B, faute de mieux. Je le vois plutôt comme un plan A, un plan en soi. Une manière terriblement excitante de rencontrer quelqu’un. De vivre des expériences. Et s’il y a autre chose (je ne veux pas dire plus car c’est une vision hiérarchique et quantitative qui ne me convient pas), tant mieux, sinon ce n’est pas grave, c’est déjà très bien. Mais j’ai besoin que ce soit possible. Que tout soit possible. C’est ce qui me fait vibrer. Quel que soit le plan ! Et vous ?

carte-postale-plan-q-auguste-derriere

La carte postale originale du collectif Auguste Derrière (découpée pour les besoins de l’image d’entrée d’article, on espère qu’ils nous pardonnent).

Un commentaire

  1. sympio / 27 avril 2017 at 11 h 11 min / Répondre

    sympa cette article 🙂

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