Immersion en camp naturiste

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21 octobre 2016 à 17 h 00 min  •  Catégorie Au fond des choses, Corps et âmes, On a testé pour vous par  •  0 Commentaires

Vous imagineriez-vous, par une douce journée ensoleillée, flâner dans un des parcs de la capitale, et vous étendre dans l’herbe pour profiter du beau temps… dans votre plus simple appareil ? Pour ma part, j’avoue que ça ne m’était jamais venu à l’idée. Et pourtant ! Ce sera peut-être chose possible l’été prochain, puisque le Conseil de Paris a voté fin septembre une proposition des écologistes visant à expérimenter un espace naturiste au sein de la ville. L’idée n’est pas si saugrenue : après tout, nous ne ferions qu’emboîter le pas à bon nombre de nos voisines européennes – Berlin, Munich et Barcelone en tête. Mais on peut tout de même se poser la question : quel intérêt peut-on trouver à la pratique du naturisme? Pourquoi en être adepte au point d’avoir envie de s’y adonner même en ville ? Forte de mes expérimentations estivales, je vous livre mes impressions.

Cet été, lassée des débats sur ce qu’il convient ou non pour une femme de porter sur la plage, j’ai en effet décidé de déconnecter un peu en allant faire un tour en camp naturiste, sur la côte Atlantique. Y étant régulièrement allée enfant, ça n’était pas tout à fait une première pour moi. Mais comme je n’y avais pas mis les pieds depuis une bonne quinzaine d’années, j’étais quand même plutôt curieuse de voir comment j’allais revivre cette expérience, avec mon corps et mon regard d’adulte.

Naturisme ou nudisme ?

Un peu de lexique, d’abord. Si le dictionnaire n’établit pas de distinction fondamentale entre nudisme et naturisme – les deux mouvements préconisant la nudité dans un objectif de bien-être – il est fréquent, parmi ceux qui pratiquent, de considérer le nudisme comme plus ponctuel : on se met principalement nu sur la plage pour la baignade et la bronzette, ou pour un événement bien déterminé. Le naturisme désigne quant à lui un véritable mode de vie, qui prône comme son nom l’indique une plus grande harmonie avec la nature. La nudité y est centrale et favorisée le plus souvent possible, dans l’espace privé comme public, quand les règles d’hygiène et le temps le permettent (mais il arrive de croiser par temps frais des vacanciers uniquement vêtus de leurs chaussettes!). La problématique écologique est également au cœur du mouvement depuis ses débuts.

Quels effets sur la libido ?

Dans le camp où je suis allée, cela n’a donc pas grand-chose à voir avec le sexe [1]. Les règles sont strictes et chacun veille à ce qu’elles soient respectées: la nudité est obligatoire pour tous sur la plage et à la piscine, de façon non négociable [2]. C’est en effet indispensable, pour éviter tout malaise, que tout le monde joue le jeu. Du fait de cet encadrement, on se sent plutôt plus en sécurité qu’ailleurs et les dragueurs insistants se font plus rares… Mais du coup, j’imagine qu’il faut une sacrée confiance en soi pour oublier sa vulnérabilité et oser aborder quelqu’un dans ce contexte. D’ailleurs, l’ambiance y est avant tout familiale. Mais même lorsque l’on part en couple, la question des effets sur la libido se pose. Car à mon sens, le fait d’être nus toute la journée les uns avec les autres supprime toute tension érotique. Le corps de l’autre est constamment exposé au regard. L’étape du déshabillage, qui peut être primordiale dans la montée du désir, passe à la trappe. En somme, la nudité perd toute connotation sexuelle et redevient simplement l’état normal des choses. Bref, ce ne sont pas forcément les vacances les plus sexy du monde… Peut-être est-ce l’occasion de sortir de sentiers battus et d’aller puiser dans les ressources de notre imagination pour recréer un contexte propice à la sensualité et à l’érotisme ? Je vous en dirai davantage si mon cher et tendre se décide un jour à m’accompagner…

Mais quel intérêt, du coup ?

Hormis les considérations bassement pragmatiques (un paradis pour ceux qui comme moi abhorrent les marques de bronzage et le maillot mouillé qui colle à la peau…), les avantages sont nombreux. Évoluer sans entrave au sein des éléments naturels procure des sensations euphoriques et un sentiment de liberté indescriptible. Au point que se rhabiller au moment du départ devient une véritable contrainte. C’est une expérience unique, qui nous éloigne de notre routine quotidienne et nous permet de vivre autrement (ok on peut traîner nu(e) tranquille chez soi, mais je vous assure que c’est incomparable). Enfin, la nudité collective affecte profondément notre rapport au corps, en favorisant la bienveillance envers soi et les autres. Hors de question de se scruter sous tous les angles… On se voit mais la pudeur fait qu’on ne s’observe pas de façon appuyée. Et la nuance est de taille, car quand on ne se préoccupe plus du regard des autres et qu’on ne se sent pas jugé, les complexes s’envolent. On oublie bien plus facilement ses défauts, et on ne cherche plus à les cacher. Tous les corps se côtoient, qu’ils soient jeunes ou vieux, minces ou gros, sportifs ou mous, entiers ou mutilés. Ils se révèlent dans leur extrême diversité, loin des diktats de papier glacé. Du coup, nous comprenons combien nos particularités, que nous voyons bien souvent le reste de l’année comme des défauts, sont naturelles et sont partie intégrante de ce que nous sommes.

Contrairement aux apparences, je ne cherche pas à faire de prosélytisme. Je conçois très bien qu’on puisse ne pas passer le cap de la gêne initiale. Moi qui y suis toujours allée en famille, je ferais peut-être moins la fière entourée de mes amis, ou si je croisais un(e) élève… Je conçois également qu’on puisse essayer, et ne pas apprécier. Moi-même j’ignore si la pratique du naturisme, implantée à Paris, me serait aussi agréable que sous le soleil du Sud. En tous cas, si l’expérience vous tente, je ne peux que vous encourager à sauter le pas. Vous verrez vite si cela vous parle ou non, et si c’est le cas, je vous garantis que vous y retournerez.

[1] Ailleurs cela peut être le cas mais la perspective est alors très différente: bien se renseigner avant, selon ce qu’on cherche !

[2]  Un bas de maillot est toutefois autorisé aux femmes ayant leurs règles. En dehors des lieux de baignade, chacun peut faire davantage comme il le sent.

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