Le vrai sexe de la vraie vie : la BD qui mate notre sexualité et raconte tout (ou presque) !

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Qu’est-ce que c’est le vrai sexe dans la vraie vie ? Ce n’est pas comme dans les films, ce n’est pas tout à fait comme dans les livres, et ce n’est pas non plus comme chez la voisine… Alors évidemment ce n’est pas facile de faire le sexe. Au début, on craint de ne pas  savoir faire, après on doute d’avoir une sexualité « normale », ou d’être un bon coup, trop coincé-e ou trop salope, et enfin quand on est vieux on ne devrait plus le faire, ah ça non les vieux ça ne baise pas ! Cy, avec sa BD « Le vrai sexe de la vraie vie », a un peu menti mais c’est pour la bonne cause… Car non, elle ne te dévoilera pas TOUT TOUT TOUT ce que tu devrais savoir sur le VRAI sexe de la VRAIE vie, mais elle te racontera des brides de sexualité, au pluriel et à tous les genres. Il existe autant de sexualités qu’il existe de combinaison pour le faire. Alors avec son crayon bien aiguisé, Cy te raconte les sexualités de tout un chacun, homme ou femme, homo, hétéro, bi, trans, handicapé, libertin, vierge… Il est possible que tu te reconnaisses dans certaines de ces scènes, mais il est aussi possible que non, parce que le sexe n’a rien d’universel. Il faut trouver son chemin, et ça il n’y a que toi qui peux le faire. Mais ce livre ouvrira sans doute un peu plus ton esprit sur la Chose, et ça l’ouverture d’esprit on sait que c’est bon !

J’ai rencontré Cy il y a quelques mois lors d’une émission de Radio Campus et je me suis tout de suite dit que cette fille avait des choses à dire. Sur le sexe bien sûr, sur le féminisme aussi, sur la jeunesse et notre société. Elle a le crayon qui raconte l’humain, ses corps et ses pensées. Elle a l’œil perspicace, le visage poupon et le cheveu punk. Sa première BD fait un carton, croyez-moi on n’a pas fini d’en entendre parler !

Cy, on a découvert tes dessins sur Madmoizelle avec tes strips du samedi soir. Comment en es-tu venu à faire des dessins autour de la sexualité ?

J’en suis venue à dessiner de la fesse sur Madmoizelle en disant à mes anciennes collègues et ancien patron que je tenais un carnet de « cul » pendant mon célibat. Bien sûr, ils m’ont tanné pour le voir, haha ! Ils ne l’ont jamais vu mais ça m’a donné l’idée de faire une chronique sexo sur Madmoizelle. J’ai sorti un « pilote » un peu tiré de mon expérience, pour voir si ça prenait : ça a si bien marché que j’ai continué. Par contre il était hors de question de ne parler que de moi, je voulais en faire quelque chose de militant, montrer (entre autres) des sexualités qu’on ne voit pas ou qu’on ne veut pas voir. Alors j’ai collecté des témoignages et j’ai lancé « les dessins de Cy.(prine) » !

« Le vrai sexe de la vraie vie » serait-il le pendant réaliste du porno ?

Mmmh pas tellement le pendant mais plutôt son opposé direct, comme le Ying et le Yang quoi! “Le vrai sexe…” parle de cul dans la réalité là où le porno est dans le fanstasmé. La BD a une portée pédagogique sans excitation alors que le porno est plutôt dans une optique masturbatoire. On va dire qu’ils font un beau duo d’opposés ! Après la sexualité n’a pas de frontière étanche, c’est poreux tout ça : le porno fait des incursions dans le « sexe réel » et vice versa !

Avec les « points cul », tu apportes des vrais éléments pédagogiques à ta BD. Tu penses que l’on a encore du retard en matière de prévention et d’éducation aux sexualités ?

La prévention est réduite au strict minimum dans les écoles. On donne les bases, souvent incomplètes, et on laisse les jeunes se débrouiller avec le peu de notions qu’ils ont. Effectivement, il y a internet, mais on sait tou•te•s qu’on y trouve le meilleur comme le pire. Ne parlons même pas du consentement qui est très souvent évincé de la partie alors que c’est la base de toute relation physique ou juste humaine !

Et même si on est au courant de tout ça, ça ne fait jamais de mal de rabâcher encore et encore. Protection et consentement c’est comme Batman et Robin quoi ! 😀 Tellement que j’ai laissé les « Points cul » en libre accès pour que les personnes qui le souhaitent puissent les télécharger et s’appuyer dessus pour informer. >>> http://maistaistoidonc.blogspot.fr/2017/02/point-cul.html

Tu portes une attention particulière à parler des différentes sexualités : hétéro, homo, des personnes porteuses de handicap, des personnes trans… Ça a été évident et facile pour toi de sortir de l’hétéronorme et des clichés d’une sexualité « mainstream » ?

Ça a été un éveil progressif, je n’ai pas toujours fait attention à ça, notamment avant mon éveil au féminisme. Quand j’ai capté que tous mes personnages étaient blancs, valides et souvent hétéros (à mon image quoi), je me suis sentie terriblement con. À quel moment c’est représentatif de la vraie vie ? C’est comme quand on créé un mot pour définir un « concept »; tant qu’on n’a pas de mot, ça n’existe « pas vraiment ».  Mais le jour où on y appose un terme, ça devient palpable, concret quoi ! C’est pareil pour l’image, quand je dessine une société sans variation, on prend ceci pour une norme. Mon laxisme peut avoir un impact, et c’est hors de question.

Comment perçois-tu la représentation des sexualités aujourd’hui dans les médias, les films, les livres ?

De plus en plus de nouvelles perceptions émergent et, bon sang, HEUREUSEMENT ! Si la pub continue à toujours véhiculer cette même image de la femme objet, du couple hétéro, il y a des créateurs•trices qui donnent le change pour contrebalancer toute cette bien-pensance. Effectivement, il y a toujours des énormités LGBTophobes / sexistes / racistes qui sortent mais je préfère me concentrer sur tou•te•s celles et ceux qui se cassent le cul à sortir des contenus inclusifs et non-oppressifs !

A lire les scènes de ton livre, on a vraiment l’impression de pénétrer dans l’intimité de tes personnages, de regarder par le petit trou de la serrure. Comment as-tu écrit ce livre ? Est-ce que des gens se sont confiés à toi ?

C’est exactement ce que je voulais alors tu m’en vois ravie ! Mon but, ce n’est pas de montrer la sexualité mais des bribes de sexualités. J’ai fait un appel à témoignages par formulaire ; tout le monde a une anecdote à raconter sur le sexe (qu’on pratique ou non d’ailleurs). Parfois les témoignages étaient si détaillés et bien écrits que j’ai pu les reprendre tels quels, d’autres parfois nécessitaient des approfondissements alors je contactais l’auteur•e et j’en discutais. Il y a des choses dans lesquelles je peux me projeter mais pas toujours; par exemple, une relation avec une personne trans, je n’ai aucune idée de comment ça peut se passer, comment on gère son corps,  ses peurs. Alors je pose un bon paquet de questions pour, surtout, éviter les impairs. 

C’était important pour toi de montrer aussi les ratés de la sexualité ? On n’en parle pas assez ?

Barf, c’est jamais glorieux les foirages alors souvent on les tait ! On a honte, on se dit que ça n’est arrivé qu’à nous et qu’on n’arrivera jamais à l’oublier. Alors qu’en fait, ce « fail » est arrivé à des milliers de personnes ! Dans les films on voit des gens faire l’amour comme une évidence, alors que niquer c’est tout sauf évident ! Faut gérer son corps, celui de l’/des autre•s,  ses envies,  ses tabous… un véritable merdier propice aux fails. Les dessiner, c’est un peu les dédramatiser quoi !

Tu dessines des sexes, des pénétrations, vaginales comme anales, en gros plan. Est-ce que tu as du faire face à une forme de censure ou de frilosité ?

Alors, pour l’instant, pas de manière frontale. Mais la première censure que j’ai eu, c’est quand même le magnifique (non) blister qui est mis autour de ma BD. Ce n’est ni ma demande, ni celle de mon éditeur, mais celle d’un gros client. C’est un peu un « Parental advisory » moins « classe » et beaucoup moins commercial : comment on fait pour feuilleter un bouquin sous blister ? On ne peut pas. Après beaucoup de libraires l’enlèvent à l’avance et ça c’est cool. 

J’ai eu pas mal de galère à trouver un éditeur mais c’est surtout pour des raisons de ligne éditoriale : mon livre n’est pas fait pour exciter mais il y a des gros plans de partout. Je ne rentre pas dans la pornographie ni dans le pédagogique, alors j’ai dû fouiller pour trouver un éditeur chez qui ça pouvait marcher.

Je pense que c’est bien plus facile pour une nana de sortir un bouquin de fesses qu’il y a 20 ans, j’ai eu très peu de remarques déplacées. Il faut dire j’ai un public ultra chou et ouvert. Pour l’instant le plus compliqué, ce n’est ni les gens, ni les médias, c’est surtout Facebook.

« Le vrai sexe de la vraie vie » offre un regard rare sur les sexualités. Il décloisonne, explose les préjugés, et dédramatise les angoisses. Cette BD est à mettre entre toutes les mains, celles des débutants du sexe, des confirmés, des machos, des féministes, de ceux qui ne savent rien et ceux qui pensent tout savoir. Notre monde est un kaléidoscope protéiforme, nos sexualités aussi.

Cy, Le vrai sexe de la vraie vie, Editions Lapin, 2016

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