Théo et Hugo dans le même bateau

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5 mai 2016 à 10 h 35 min  •  Catégorie Culture Q par  •  1 Comment

Théo et Hugo se rencontrent dans un sexclub parisien, une cave où l’on partouze en chaussettes –basket. Là, des hommes se reluquent, se touchent, se sucent et se pénètrent. Mais eux, Théo et Hugo vont fabriquer de l’amour, ici à 4h57, un samedi soir dans un sexclub parisien.  Jacques Martineau et Olivier Ducastel, 20 ans après Jeanne et le garçon formidable, nous livrent un film d’amour, un film social et un film militant. Rien que ça.

Théo et Hugo vont tomber amoureux en une nuit, en une baise, un en regard.  En ouverture, l’une des plus belles scènes de sexe du cinéma français (à mon humble avis). Vingt-cinq minutes de sensualité, de transpiration, de fougue et d’émotion. Oui parce que le plaisir sexuel est une émotion et qu’elle est bien communicative, que l’on soit homo, hétéro, fille ou garçon. De leur désir fou va naître de l’amour pur. Un coït subjuguant, un moment présent où l’on oublie tout. Même la capote. Quand le rêve prend le dessus sur le réel, quand on oublie qu’il existe en ce bas monde des putains de maladies qui nous tuent, exactement à ce moment précis, quand on vogue dans les cieux extatiques, la chute peut être violente. La beauté de ce film se joue sur ce moment-là. Qu’est-ce qui fait que l’on ne se protège pas toujours alors même que l’on connait pertinemment les risques ? Pas de jugement. Pas de moral. Ça arrive. A tout le monde. A qui la faute ? A celui qui pénètre ? A celui qui n’a rien dit ? Chacun ronge son frein et voudrait bien revenir en arrière, juste à cet instant où l’on a déconnecté.

Cet abyme, Théo et Hugo vont le traverser dans le même bateau, comme une première épreuve à leur amour. Le film suit, en temps réel, leurs pérégrinations dans un Paris nocturne et désert, de l’hôpital Saint-Louis au quai de la villette. Les histoires d’amour commencent mal, parfois.

Les deux réalisateurs nous offrent aussi un film militant et informatif. On pourrait croire à une communication pour Sida Info Service, mais la cause est si importante, qu’on ne peut que le saluer. Que faire si cela nous arrive ? Appeler le 0800 840 800, aller à l’hôpital, prendre le traitement préventif, etc. Mais la fiction n’est pas pour autant un prétexte, juste l’occasion de donner quelques informations. Puisque l’art peut éveiller les consciences, il peut bien conseiller nos âmes égarées.

Ducastel et Martineau nous parle aussi des oubliés de la nuit, de ceux que l’on ne voit pas et qui triment dans l’ombre. La femme de ménage que l’on croise dans le premier métro, le Syrien vendeur de Kebab, ces femmes et ces immigrés à qui on laisse le sale boulot, comme ils disent… Paris la nuit n’ai pas que festive. Elle est aussi travailleuse, des petites mains qui ont tant de chose à dire. Elles racontent les petites retraites ou la guerre au pays, mais il y a aussi de la fierté dans les regards, celle d’être debout avant tout le monde et de gagner son pain.

Théo et Hugo les écoutent en voguant à leur amour naissant. Si la mort doit les rattraper, il faut courir vite. Comment est-ce possible que cette fougueuse rage de vie soit anéantie par un si beau moment de sexe. La vie serait-elle à ce point perfide ? Oui. En 2016, le Sida est encore là et il se transmet même quand le sexe est amour.

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