Sexpowerment : la nouvelle révolution sexuelle

1
21 avril 2016 à 10 h 55 min  •  Catégorie Culture Q par  •  1 Comment

SexpowermentEmpowerment : acquérir plus de pouvoir pour améliorer ses conditions sociales, économiques, politiques ou écologiques. C’est une notion née des luttes féministes du début du XXème siècle aux Etats-Unis. Le mouvement “Nuit Debout” serait une tentative d’empowerment, par exemple. Aujourd’hui, Camille Emmanuelle invente le concept de “sexpowerment”, qu’elle définit comme “le pouvoir que les femmes peuvent obtenir sur leur propre vie, mais aussi au sein de la société, via une parole libérée sur la sexualité et une sexualité libre”. Wouahou ! Tout ce pouvoir que l’on a entre nos mains, les filles (sans mauvais jeux de mots). En avions-nous vraiment conscience ? Qu’allons-nous pouvoir faire avec ? Baiser encore et toujours, ou peut-être changer un peu le monde ? Ce serait pas mal, non ?

Camille Emmanuelle est une “journalope”* de la culture porn, queer et des sexualités. C’est aussi la co-fondatrice de notre cher Cabinet de Curiosité Féminine. Alors bien sûr cette chronique sera complètement corporatiste et partial. Je vous le dis tout de go, je ne dirais pas du mal de notre ex-capitaine. En réalité, ce n’est pas tant par corporatisme que je ne dirais pas de mal de son nouvel essai, Sexpowerment, le sexe libère la femme (et l’homme), mais tout simplement parce que j’y ai lu quasiment toutes les idées, tous les sujets, toutes les valeurs que nous tentons de défendre au Cabinet de Curiosité Féminine. J’ai eu la sensation de revivre nos nombreuses réunions, apéros, émissions de radio. Ses réflexions et ses combats sont ceux que nous partageons ici, avec nos différences parfois. A croire qu’elle a bien semé la graine.

Le sexe est politique

Dans son essai, Camille Emmanuelle développe une réflexion sur la nécessité de libérer la parole sur les sexualités, et donc de libérer les sexualités, car il s’agit là d’un enjeu politique. “Si le corps est politique, le sexe l’est aussi.” dit-elle. Et comme tout enjeu politique, c’est un combat. Il y a des pour, des contre, et des extrémistes de tous bords. Et surtout ce combat n’est jamais gagné. Comme nous le dit Simone de Beauvoir dans “Le deuxième sexe”, “N’oubliez pas qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.” (Mais dites-moi, on ne serait pas à l’orée d’une crise politique en ce moment). Alors soyons vigilantes, gardons les yeux grands ouverts pour ne pas reculer. Tentons chaque jour de déconstruire les stéréotypes dont nous souffrons, hommes et femmes. Et cette déconstruction ne veut pas nécessairement dire qu’une femme ne doit pas porter de talons hauts, car le talon haut renvoie à une image de la femme hypersexualisée. Non, nous pouvons être féministe et porter des talons hauts juste parce que nous avons envie de plaire et d’être sexy. S’affranchir des stéréotypes c’est avant tout écouter ses désirs, s’affirmer et être libre. Ne pas déconstruire des injonctions pour en créer de nouvelles, juste s’en débarrasser. Camille nous parle de féminisme, des différentes organisations dans lesquelles elle ne se reconnaît pas, mais de la nécessité de s’affirmer comme tel. Vous l’avez compris lors de l’émission de radio de la semaine dernière, nous avons chacune ici un féminisme différent, du moins nous l’exprimons de manière différente. Le sien est sexpositiv, et sexpositiv, ça nous le sommes toutes au CCF !

Réfléchir sa sexualité

Ce que je trouve intelligent dans son ouvrage, c’est qu’elle nous explique cela en toute simplicité. Sa réflexion est tout a fait accessible, sans être basique. Elle l’a met constamment en parallèle avec sa vie personnelle, son vécu dans lequel beaucoup se reconnaîtront. Son discours est démocratisé car le “sexpowerment” nous concerne toutes et tous. Elle nous invite à avoir une réflexion sur notre sexualité, sur les clichés que nous peinons à faire valser. Le premier pas est fait lorsque nous commençons à y réfléchir. Pas besoin d’entreprendre de grands travaux de modernisation d’un coup d’un seul. Le changement des mentalités est long. Commençons par interroger notre rapport au corps, à l’autre, à notre genre, à notre sexe.

Et en plus notre journalope préférée est drôle. La preuve, elle cite Michel Sardou en épigraphe.

Sexpowerment, le sexe libère le femme (et l’homme), Camille Emmanuelle, Ed. Anne Carrière, Paris 2016

* Journalope : terme utilisé par un “hater” sur Twiter pour traiter Camille Emmanuelle suite à un article sur la “Manif pour tous”. Elle a fait de ce terme son étendard.

Poster un commentaire

Aller à la barre d’outils