Sex Story, la grande histoire de la sexualité en BD

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19 mai 2016 à 14 h 26 min  •  Catégorie Culture Q par  •  1 Comment

Sex storyA ceux qui n’ont pas lu L’histoire de la sexualité de Michel Foucault en trois tomes et 910 pages, je recommande Sex Story, la première histoire de la sexualité en Bande Dessinée, 200 pages et avec des images. Et cet ouvrage n’en est pas moins sérieux. Au même titre que l’on apprend l’histoire des guerres à l’école pour mieux comprendre les enjeux politiques actuels, il est tout aussi important de connaître la grande histoire du sexe pour mieux vivre nos relations d’aujourd’hui. L’histoire de la sexualité c’est l’histoire de l’humanité, de ce qui nous a créé, et du fonctionnement de nos sociétés anciennes à contemporaines. C’est alors tout à fait logique que ce soit un anthropologue qui s’y colle : Philippe Brenot, accompagné du crayon de Laetitia Coryn qui ajoute à chaque bulle une touche d’humour grinçant et osé.

Notre histoire de la sexualité commence en même temps que notre histoire, il y a deux millions d’années. Nous devenons des hominidés, debout et encore très poilus. Les femmes perdent leur œstrus pour de jolies fesses rebondis, les hommes perdent leur os pénien pour un pénis qui tient tout seul (parfois), et le sentiment amoureux envahit nos cœurs. Pour autant, ce n’est pas encore le pied total, surtout pour les femmes… Si vous pensiez que la sexualité était née d’un serpent perfide et d’une naïve croquant la pomme, je suis au regret de vous annoncer que vous étiez dans l’erreur. Mais n’occultons pas pour autant cette croyance qui explique aussi  la suite de notre histoire. Les fables, qu’elles soient bibliques ou antiques, racontent les comportements et ont donc leur importance. L’humanité s’est construite à travers les religions, et à travers les découvertes scientifiques parfois véridiques, parfois erronées. Notre histoire est semée d’embûches et il y en a eu de fausses croyances en 2000 ans. Nos stéréotypes actuels en sont bien souvent issus. Quelques avancées médicales n’ont pas aidé à la liberté sexuelle. Par exemple, l’invention du microscope a permis d’observer le sperme et donc de réaliser qu’il contient des millions de spermatozoïdes. Cependant, il faudra alors bannir fermement la masturbation au risque de commettre un génocide. D’aucuns diront que la procréation se fait grâce à l’ovule de la femme, d’autres grâce aux spermatozoïdes. Il faudra quelques années pour que les deux se rencontrent. Et la masturbation commence tout juste à être réhabilitée.

Ainsi, les époques se suivent et ne se ressemblent pas. A chacune ses coutumes et ses diktats. Il y a l’Egypte ancienne, où Cléopâtre créé son propre vibromasseur : le cornet de papyrus rempli d’abeilles (avoir confiance en le papyrus),  la Grèce antique et ses fêtes phalliques en l’honneur de Dionysos, Rome où amour, sexe et mariage sont trois notions bien distinctes, le Moyen Âge où la virginité apparaît comme une nécessité, la Renaissance où l’on commence à se marier par amour (pas partout, faut pas exagérer), les Lumières qui oscillent entre répression et libertinage, le XIXème siècle avec sa morale sexuelle, son devoir conjugal (de la femme pour l’homme, pas l’inverse) et ses maisons closes, la libération sexuelle de 68, qui aboutira à la légalisation de la contraception. Et après ? Qu’est-ce qui nous attend ? Sexe connecté et robotique ? Les mœurs changent et les interdits ne sont pas les mêmes entre les époques, mais une chose est marquante : une évolution n’est jamais gagné ad vitam. Ainsi, si l’on tolère l’homosexualité à Babylone, Oscar Wilde sera condamné à deux ans de travaux forcés pour mœurs contre-nature à la fin du XIXème siècle. Les périodes de libertés alternent avec les périodes de répression, avec une donnée commune : la domination masculine.

Pendant deux millions d’années l’homme a imposé à la femme sa sexualité. Cela fait tout juste cinquante ans que nous commençons à reprendre un peu le pouvoir. Rome ne s’est pas faite en un jour. Le chemin est encore long. L’idée d’une sexualité de plaisir est assez récente, il faut dire. Pour beaucoup, l’usage du clitoris aussi. La sexologie a fait son apparition bien tardivement. Freud, il paraît, n’y connaissait pas grand-chose. Reich, Kinsey, Masters et Johnson feront de véritables recherches médicales qui nous permettront de comprendre mieux notre corps et donc notre sexualité. Aujourd’hui, de tout cela nous sommes riches. Nous pouvons réfléchir notre sexualité, et pas seulement répondre à une pulsion ou à un devoir. Le savoir nous permet de déconstruire les diktats. Nous pouvons nous affranchir des normes pour envisager une sexualité libre.

Sex Story vous dévoilera donc la grande histoire du sexe et de l’amour. Avec quelques anecdotes croustillantes sur la sexualité des people de l’époque (Napoléon, le Prince Albert), de vraies infos historiques, et de belles touches d’humour dedans. Voici un livre à offrir à vos ados, qui n’apprendront pas ici à faire l’amour mais connaîtront un peu mieux l’histoire du sexe. Et avant de s’y lancer, et c’est toujours bon de savoir où l’on met les pieds. Cela nous permet aussi une réflexion et un regard vigilant sur notre société contemporaine, d’où les relents puritains ne sont jamais très loin.

Un commentaire

  1. Jen / 19 mai 2016 at 19 h 24 min / Répondre

    Merciii z’êtes topissimes 😀

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