Nicolas Raccah: Poésie érotique à domicile

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14 avril 2016 à 8 h 30 min  •  Catégorie Culture Q par  •  1 Comment

Jeudi dernier j’ai rencontré une espèce très rare, mais en voie de développement : un homme féministe, un vrai avec le complet veston et le service trois pièces. Alors vous allez me dire, je caricature un peu, il y a plein d’hommes qui souhaitent l’égalité entre les hommes et les femmes (et vous avez raison), mais des hommes qui le revendiquent, qui s’offusquent haut et fort des inégalités femme / homme ? Non, je n’en ai pas rencontré souvent. J’entends déjà : “oui mais on lutte plus facilement pour une cause qui nous concerne directement” . Mais enfin Messieurs vous êtes concernés !!!! Le monde, votre monde, tournera beaucoup plus rond quand nous serons égaux ! Si si je vous assure… De la même manière, notre monde tournera beaucoup plus rond quand nous en aurons fini avec le racisme et l’homophobie. Et je vous dis ça je suis blonde et hétéro, c’est vous dire. Alors mâles, femelles, ânes ou citrouille (hommage à Boris Vian), soyons féministes !

 

Mon petit coup de gueule passé, je vais pouvoir vous raconter cette rencontre. L’homme en question s’appelle Nicolas Raccah et s’invite chez les gens pour dire de la poésie érotique de la Renaissance. Vous commencez à connaître mon goût pour la poésie, l’érotisme et les hommes. Ça ne pouvait que me plaire… J’avais donc rendez-vous dans un appartement cossu du 14ème arrondissement avec l’homme en question et une trentaine de convives. Je fais d’abord la connaissance de Nicole, notre hôte, qui après nous avoir offert un petit apéritif, nous invite à nous asseoir dans son salon.

Et donc, l’air de rien, Nicolas s’installe chez les mamies du 14ème pour parler cul. Faut pas croire, le vice sait parfois bien se cacher. Avec son air de gendre idéal et de diplômé de philosophie (ce qu’il est), on lui donnerait le bon dieu sans confession. Et ça tombe mal car s’il existait, ce satané bon dieu, je ne suis pas sûr qu’il approuverait les joyeuses grivoiseries que va nous raconter Nicolas Raccah.

Son Petit traité du plaisir qui met l’oubli à la mort, est un voyage historique du désir au plaisir, en cinq actes et quatre intermèdes. Autant d’épisodes pour faire monter la température (Jacques ouvrira la fenêtre à mi parcours) mais pas que. Nicolas Raccah nous offre une véritable conférence historique, très érudite. On passe de l’histoire de “Jean qui ne peut” (je vous laisse imaginer ce qu’il ne peut) à la grande histoire politique qui pas à pas condamne les plaisirs et ceux qui en parlent.

Au XVème et XVIème siècles, les poètes chantent le sexe avec jubilation et truculence. Clément Marot se demande si Baiser souvent n’est-ce-pas grand-plaisir ? /   Dites ouy, vous autres amoureux ; /  Car du baiser vous provient le désir /  De mettre en un ce qui estoit en deux. Ronsard invite mignonne à aller voir la rose et sa robe de pourpre au soleil – parle-t-on vraiment botanique ? Marc Papillon de Lasphrise […] veux fourmiller en ton jolie fourneau car j’ai de quoi éteindre et allumer la flamme / je vous veux chatouiller jusqu’au profond de l’âme / et vous faire mourir avec un bon morceau.  La langue est joyeuse et libérée. On s’amuse de ces mots puisque le sexe est un jeu, et que rien de tout cela n’est bien sérieux.

Mais le dernier quart du XVIème siècle, est marqué par le concile de Trente qui confirme le péché originel. Et c’est là que les ennuis commencent. La censure se met en place, on brûle les livres et même leurs auteurs. La répression contre ces joyeux fouteurs est d’une violence à nul autre pareil. Claude le Petit sera envoyé au bûcher en Place de Grève en 1662 à l’âge de 23 ans. Quatre siècles plus tard, nous sommes toujours marqués par cette répression, il n’est encore pas si aisé de parler de sexe, et rare sont ceux qui le font joyeusement. Nicolas Raccah est de ceux-là en rendant hommage à ces auteurs oubliés.

Pour les femmes, religion ou pas, il n’est pas vraiment question de parole libre. Les autrices se comptent sur les doigts d’une main. Elles sont courtisanes et n’ont alors plus d’honneur à sauver. Une seule est réellement passée à la postérité : Louise Labé. Non seulement elles étaient bien peu nombreuses mais en plus elles ont été mise à l’oubli durant les siècles qui ont suivi. (C’est d’ailleurs l’histoire du second spectacle de Nicolas Racah Les silencieuses.)

Avec Le Petit Traité du Plaisir, Nicolas Raccah s’invite chez vous sans ostentation. Il s’assoit au milieu du salon et vous parle en toute simplicité de la chose, comme il dit. Il y a une retenu qui, je crois, lui permet un contact très chaleureux avec son public. Il ne veut pas choquer, il veut raconter. Il se définit comme un passeur de textes, un comédien de proximité. Quant à Nicole, notre hôte, je serai ravie de revenir chez elle et d’entrer dans son “Enfer” où elle garde précieusement la collection familiale de livres érotiques du XVIème siècle. Quand je vous dis que le vice sait parfois bien se cacher…

Le Petit Traité du Plaisir  et Les Silencieuses se joueront le jeudi 19 mai à l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne à PARIS. Il est aussi en tournée dans toute la France, vous retrouvez toutes les dates sur https://www.facebook.com/Le-Petit-Trait%C3%A9-du-Plaisir-130225727052491/?fref=ts

Et si vous voulez l’accueillir chez vous, n’hésitez pas à le contacter à compagnie.fatale.aubaine@gmail.com

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