“My Ladies Rock” : non, le rock n’est pas mâle !

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25 janvier 2018 à 10 h 56 min  •  Catégorie Culture Q par  •  0 Commentaires

Comme dirait France Gall « Ca balance pas mal à Paris » et cela se passe depuis le 16 janvier jusqu’au 4 février au théâtre du Rond Point avant d’être en tournée en France jusqu’au mois de Juin 2018.

Créateur et chorégraphe, Jean Claude Gallotta est l’auteur de plusieurs pièces chorégraphiques audacieuses dont “L’Homme à la tête de choux” d’après Gainsbourg revu par Alain Bashung en 2009 et “My Rock” en 2015.

“Il met en avant celles qui ont souvent osé, voire fracassé,
l’image dans laquelle on voulait les confiner.”

Avec son nouveau spectacle « My Ladies Rock », il entraîne les danseuses et danseurs, ivres de désirs et de colère dans des ballets éblouissants. Autant d’évocations parfois brûlantes d’un art pur et libre qu’il qualifie comme le versant opposé de son précédent spectacle « My Rock ». C’est d’ailleurs en préparant ce dernier qu’il s’est intéressé aux pionnières du Rock. Dans “My Ladies Rock”, Jean-Claude Gallotta rend hommage aux rockeuses. Il met en avant celles qui ont souvent osé, voire fracassé, l’image dans laquelle on voulait les confiner. Il déclare qu’il y avait une résistance à l’avènement des femmes sur ces scènes. Dans le rock aussi on parlait de « glass ceiling »1.

Ce spectacle est constitué de 14 tableaux qui s’enchaînent sur les chants et les cris de 14 rockeuses majeures des années 50 aux années 70. Certains titres tournent toujours en boucle sur nos radios et dans nos têtes, d’autres ont déjà été entendus sans savoir à quelle chanteuse les attribuer et enfin, c’est aussi l’occasion de découvrir certaines artistes méconnues comme dans un bon « Culottées » de Pénélope Bagieu.

“ Les genres se mélangent, les tenues s’interchangent.”

Onze danseurs femmes et hommes, réalisent des chorégraphies sur les airs envoutants de Wanda Jackson (considérée comme la pionnière du Rock plus connue sous le surnom réducteur d’ « Elvis en jupons »), Janis Joplin (à la voix unique et adepte de tous les excès), Aretha Franklin (la reine de la soul), Joan Baez (voix pure de tous les grands combats pacifistes), Patti Smith (poétesse punk éprise de littérature française), Marianne Faithfull (icône rock qui se fera un nom bien au-delà de son époque sulfureuse avec Mick Jagger) , Betty Davis (libre, indomptable et terriblement sexuelle), Siouxsie and The Banshees (considérée comme l’inventeuse du rock gothique), Nina Hagen (à la voix et aux comportements qualifiés d’outranciers)…

Mais au-delà de ces différentes icônes, c’est majoritairement par les scènes de danse que notre attention est accaparée. Elles sont 5 femmes et 6 hommes sur scène, d’âges, de couleurs et de cultures différentes. Les genres se mélangent, les tenues s’interchangent, les duos, trios, sextuors… sont tantôt mixtes, homo ou hétéro et on ne s’attache plus au sexe de ceux ou de celles qui mènent la danse.

“Elles remettent en question les notions de styles
culturellement adaptés à un corps masculin ou féminin…”

L’élégance est autant féminine que masculine, la force est aussi bien incarnée par les danseuses que les danseurs, la grâce se place autant dans les mouvements des hommes que ceux des femmes, la sexualité animale exulte autant chez les mâles que chez les femelles… Les codes, les genres, les styles se bousculent avec une facilité et une évidence surprenantes. A certains moments, on aimerait même qu’ils s’affranchissent de leurs sous-vêtements pour nous interroger encore davantage dans nos représentations des codes vestimentaires liés au genre (ou peut-être est-ce une justification fallacieuse à ma simple envie de les voir tout nus…) ? Les scènes font sauter les carcans au sein desquels on s’enferme, elles remettent en question les notions de styles culturellement adaptés à un corps masculin ou féminin… Il est clair que le rock a toujours été un lieu du décloisonnement sexuel. Il est fait de transgressions, de provocations, de jeux androgynes ou transgenres.

Bien que ce spectacle rock ne manque pas de relief, il aurait pu cependant à certains moments s’emballer davantage, nous faire frissonner les tympans et les membranes plus fort, être parfois moins sage. Mais c’est un formidable hommage aux femmes dans le rock qui ont trop souvent été reléguées aux rôles restrictifs de jolies interprètes ou de gentilles muses. Ce spectacle fait du bien à la tête, aux yeux et aux oreilles et vous savez à quel point on aime vous conseiller de vous faire du bien au Cabinet de Curiosité Féminine !

 

 

My Ladies Rock, de Jean-Claude Gallotta
Théâtre du Rond-Point à Paris jusqu’au 4 février 2018, à 18h30
Et en tournée dans toute la France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Plafond de verre

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