« Modèle vivant », le paradoxe du corps nu

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21 décembre 2016 à 15 h 52 min  •  Catégorie Culture Q par  •  0 Commentaires

Se mettre à nu, se dévoiler, découvrir une chose qui était cachée, découvrir un corps. L’acteur se met à nu pour nous livrer son intériorité. Le modèle se met à nu pour offrir son corps au regard du peintre. Stéphanie Mathieu est de ces deux espèces. Elle se livre et délivre pour nous raconter sa vie dans un très beau monologue, Modèle vivant actuellement au Studio Hébertot à Paris.

Stéphanie Mathieu a été danseuse, modèle et aujourd’hui comédienne et autrice. Dans un texte magnifiquement écrit, elle raconte ces temps passés à poser, à pauser, dans des ateliers d’artistes. Etre modèle, c’est prendre le RER le matin pour aller bosser comme tout le monde, et se mettre à poil en arrivant au bureau. C’est faire de son corps sa monnaie d’échange. Et ça, notre bonne morale nous a appris que c’était mal, si mal, que c’était l’arme des faibles. Mais Stéphanie Mathieu nous raconte qu’être modèle c’est surtout être son œuvre. C’est tout un art.

Et en la voyant poser, on le comprend. Comment rendre son corps nu lumineux, expressif, habité ? Les poses sont parfois longues et parfois courtes, mais toujours le modèle doit trouver celles qui mettent de l’âme à son corps, celles qui mettront du vivant dans le tableau de l’artiste. Ce corps qu’elle nous montre est tantôt beau comme une œuvre d’art, tantôt élégant dans sa démarche, tantôt fatigué, courbaturé, frigorifié. Il vit.

Que ressentons à se mettre nu devant un public ? Que ce soit devant des artistes peintres ou des spectateurs de théâtre ? Qui regarde qui ? Le peintre scrute les méandres de la chair. Le modèle observe l’œil de l’artiste. L’immobilité de la pose offre à l’esprit un vent de liberté. Il vagabonde quand le corps est sous contrainte. Il rêve à un ailleurs possible. Il respire. Il s’échappe.

Modèle vivant est écrit comme un journal, où chaque jour a sa pose et sa confidence. Il est un témoignage fort d’une femme qui a fait de son corps un allié. Stéphanie Mathieu explique que « La pose est un endroit de réflexions à la création, d’exigence, de spontanéité, de générosité, de présence et d’absence. Un endroit transversal dans le monde de l’art. » Elle-même est absolument touchante de spontanéité, de générosité et de présence. Son projet est atypique, mêlant une réflexion sur notre rapport au corps à un humour gouailleur et l’émotion d’une vie qui se déroule.

Xavier Lemaire, le metteur en scène, parle du paradoxe de la nudité banalisée et de la nudité sacralisée. Pourquoi avons-nous tant de mal à montrer des corps nus ? Dans certaines cultures, il est normal de se montrer nu dans les vestiaires. En France, la nudité dérange. Elle est immédiatement associée au sexuel. On ne sait pas regarder un corps nu, et encore plus féminin, sans y coller une image de séduction. Le corps nu est obscène, dans le sens étymologique de ce qui devrait être « hors de la scène », hors de la vue. Et pour autant le corps féminin est en permanence sexualisé pour vendre des parfums ou des voitures. Cette hypocrisie me semble malsaine car elle nous renvoie une vision de notre corps erronée. Etre nu, c’est tout simplement être au plus proche de soi.

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Modèle vivant, de et avec Stéphanie Mathieu.

Tous les mardis, mercredis et jeudis jusqu’au 5 janvier à 21h.

Et les mardis et mercredis jusqu’au 1er février à 21h.

Au Studio Hébertot à PARIS

© Photo Une : Laurencine Lot

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