Les femmes dans l’oeil de Bettina Rheims

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10 mars 2016 à 11 h 25 min  •  Catégorie Culture Q, Expos par  •  1 Comment

En ce 9 mars 2016, puisque nous devons lutter à J+1, J+2, J+364, j’ai bien envie de vous parler d’une femme qui aime les femmes dans tous leurs états, d’âme. Et de l’âme il y en a dans son travail.

Bettina Rheims, on la connaît pour ses “cover” sur papiers glacés, ses “shooting” de stars internationales ou de président de la république. Mais elle est surtout une photographe qui saisit les femmes d’un clic alanguit. La Maison Européenne de la Photographie à Paris,  consacre une rétrospective de ses quarante années de carrière. A l’évidence, Bettina a tout autant sa place dans les musées que dans les magazines. A l’instar de son travail, l’exposition est construite comme un cheminement, un parcours dans les méandres de ses obsessions, suivez son regard, plongez au coeur d’une féminité aussi multiple qu’exacerbée.

Humaniser la femme de papier glaçé

Depuis ses débuts à la fin des années 70 où elle photographiait des stip-teaseuses et des acrobates de Pigalle, elle porte un regard sur les corps et leur intimité. Dans un jeu de miroir, d’immenses portraits de femmes nous épient, nous scrutent et s’offrent à nous. Le regard des sujets est provoquant et impertinent. Ces corps sont sensuel et sexuels. A la fois ultra glamour, fardés et glossés, ils sont aussi toujours marqués d’une douleur, une trace de réalité. Le papier glacé se froisse. Le maquillage coule, le corps nu porte les marques d’un soutien-gorge trop serré. De larmes et de sueurs, ces corps sont vivants et sont bien plus qu’un modèle à vendre du rouge à lèvre. Ce contre-pied est incroyablement touchant. C’est comme voir l’humanité de ces femmes que l’on déshumanise pour n’être qu’objet sexuel ou corps vendeur de cosmétique.

Corps érotiques

Dans la série “Just Like Woman” que Bettina Rheims a réalisé en 2008, elle capte l’instant d’après un moment d’extase, vu du dessus. Ces femmes semblent atterrir d’un orgasme puissant, le regard est trouble, le corps gisant. Ces photos sont saisissantes de justesse et de beauté. Bettina Rheims a souvent exploré l’érotisme féminin, parfois dans un jeu de séduction, mais aussi en photographiant le plaisir. Elle a notamment réalisé une série de photos pornographiques (dans le sens où le sexe n’est pas suggéré) où des femmes font l’amour. Ici pornographie est loin d’être synonyme de vulgarité, tant la beauté prévaut dans ces images.

Question de genres

Une autre obsession de Bettina est la question de l’identité et du genre. Son travail sur l’androgynie est fascinant. On ne sait si le modèle est un homme ou une femme et la question ne se pose pas. Quelle importance. Ce qui est beau c’est l’humanité que l’on lit dans le regard du sujet comme dans l’oeil du photographe. Elle réalise également deux séries à vingt ans d’écarts autour du transgenre, en 1990 “Modern Lovers”, et 2011 “Gender Studies”, et nous confronte à une altérité équivoque, un jeu du travestissement où le genre devient secondaire à l’identité.

Bettina Rheims est une photographe double qui aime mélanger les styles comme les genres. Tout dans son oeuvre est dichotomie. Avec Madonna qui se fait photographier dans une chambre d’hôtel à moins de 100 dollars, elle confronte le glam au cheap, le rêve à la réalité, le féminin au masculin. Une de ses dernières séries de portraits est exposée dans un couloir étroit : d’un côté des femmes détenues qui n’ont plus d’images d’elle-même, de l’autre de grandes stars (Kylie Minogue, Gwen Stefanny…) qui sont envahies d’images d’elle-même. Elles se regardent ou nous regardent et nous questionnent sur notre monde, sur ceux qu’on oublie et ceux qu’on adule. Il y a l’image et il y a l’humanité. L’image se fabrique, elle triche. L’humanité non, y’a qu’à voir tous ses travers.

Exposition à voir jusqu’au 27 mars à la Maison Européenne de la Photographie à PARIS 4ème, du mercredi au dimanche de 11h à 20h.

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