CINEFFABLE – Festival International du film lesbien et féministe: des femmes, rien que des femmes…

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26 octobre 2015 à 11 h 22 min  •  Catégorie Festivals par  •  0 Commentaires

Ce week-end a lieu le 27ème Festival International du film lesbien et féministe de Paris. Un festival organisé par des femmes et pour des femmes, exclusivement. Forcément, ça fait débat. J’ai voulu en savoir plus. J’ai rencontré Marie-Anne, l’une des organisatrices.

Cécile : Pouvez-vous nous raconter la petite (ou plutôt la grande – bientôt 30 ans) histoire de Cinéffable?

Marie-Anne : Au tout début, c’était un ciné-club lesbien et féministe, créé par un groupe de femmes. L’idée c’était de présenter des images de soi-même, qui étaient à ce moment-là quasi-inexistantes, en particulier du côté lesbien. Il y avait très peu de productions et on ne voyait jamais de lesbiennes au cinéma ou à la télé. Petit à petit, le ciné-club a eu du succès et nous  avons eu envie de créer un festival annuel. Les premières fois,  nous étions dans un petit cinéma indépendant parisien qui s’appelle La clef, puis le projet a pris de l’ampleur et a eu lieu au Trianon et maintenant à L’espace Reuilly dans le 12ème arrondissement.  Il accueille aujourd’hui entre 2000 et 3000 spectatrices en 3 jours et demi.

Pouvez-vous nous présenter la programmation du 27ème Festival International du film lesbien et féministe de Paris ?

Le noyau dur du festival, c’est le cinéma.  Cependant, aujourd’hui, il y a de plus en plus de représentations des lesbiennes dans les productions. Le grand tournant a été la série « L Word ». On avait enfin une production mainstream avec des lesbiennes dedans. Les filles ont  donc de plus de d’images d’elles-mêmes à portée de mains. Alors, tout en gardant le cinéma au centre de la programmation, nous avons décidé d’ouvrir à du live avec des concerts, une exposition, des ateliers, des débats, des performances… L’idée du festival est aussi de faire sortir les filles de leur salon et de les faire se rencontrer. Il y a un espace de convivialité avec un bar et une restauration. Au niveau de la programmation, les films ont tous une thématique lesbienne ou féministe. Nous proposons par exemple un film romantique lesbien, des courts-métrages, des documentaires féministes ou lesbiens…  Cette année, nous présentons un film sur les femmes moines bouddhistes qui  luttent pour avoir accès à la même formation que les hommes. Nous mettons en avant des combats, des avancées féministes ou lesbiennes. Bien sûr,  les deux thématiques se rejoignent souvent.

Au Cabinet de Curiosité Féminine, on s’intéresse forcément au sexe, pouvez-vous nous parler de la séance Q ?

Cela faisait quelques années que nous n’en avions pas faite. Cette année il y avait une vraie matière, donc on s’est jeté dessus. Ce sera donc une séance de courts-métrages pornos lesbiens, qui abordent des thèmes très différents.

Vous programmez seulement deux films français, et proposez un débat sur la place des femmes et des lesbiennes dans le milieu culturel : en France il est encore difficile d’être « une » artiste, qui plus est lesbienne ?

Oui, clairement  c’est compliqué. Il n’y a pas énormément de productions lesbiennes dans le cinéma français aujourd’hui, sans doute par manque de moyens. Les films qui nous arrivent sont généralement autofinancés. Pour nous c’est important de diffuser des films français. Beaucoup de festivals de films LGBT francophones viennent à Cinéffable faire leur programmation. Mais, il y a plus de matière du côté des pays anglo-saxons (Etats-Unis, Canada).

Depuis le début, vous appliquez un principe de non-mixité dans votre programmation, dans les membres de votre association et aussi dans le public de votre festival. Pourquoi ?

Effectivement, le festival Cinéffable de fin octobre est non mixte. Il est ouvert à toute personne s’identifiant comme femme. Une personne MtoF peut venir, mais une personne intersexuée, non. Ce choix est souvent mal perçu. Cette position n’est pas contre les hommes ou un genre neutre. Elle est pour. C’est-à-dire qu’elle est réservée aux femmes ou aux personnes se déclarant comme telle. On ne dit pas : « le monde est binaire composé de deux genres ». On dit que le genre est un continuum, qu’il y a plein de possibilités. Mais sur ces multiples possibilités, nous avons choisi de nous adresser aux femmes, ou aux personnes s’identifiant comme tel, pendant trois jours. En revanche, les évènements que nous organisons  tout au long de l’année sont mixtes.

C’est trois jours que l’on s’octroie entre femmes sont avant tout un espace de liberté, et ça fait du bien. Nous vivons dans une société patriarcale et hétéro-centrée. Alors pendant juste trois jours on bouleverse un peu cet ordre établi. Sos-homophobie vient de sortir une étude selon laquelle 50% des lesbiennes ne se sentent pas en sécurité dans la rue.

Vous luttez pour la visibilité des lesbiennes mais en excluant une partie de la population vous limitez forcément cette visibilité.

Je comprends tout à fait la remarque. Le premier objectif de Cinéffable  était de permettre aux lesbiennes d’avoir des images d’elles-mêmes. Aujourd’hui, le deuxième but est de faire vivre ces productions vers l’extérieur. C’est donc pour cela que tous les autres évènements sont mixtes. Nous organisons environ cinq fois par an des projections dans des bars. Aussi les festivals LGBT, qui eux sont mixtes, font leur marché à Cinéffable. Par ce biais-là, nous aidons à la diffusion de films féministes et lesbiens.

Vous ne croyez pas que l’on aura fait avancer la cause féministe quand nous aurons rallié l’ensemble de la population à cette cause, et donc les hommes ?

Bien sûr! Mais vous savez, il nous est arrivé d’organiser des évènements mixtes dans des salles de 300 places avec seulement 2 hommes dans le public. Mais on continue à le faire, même si parfois c’est un peu déceptif.

Pour en revenir au festival, quel est votre coup de cœur personnel de la programmation de cette année ?

« Solar Mamas » : l’histoire d’une femme jordanienne qui part en Inde pour se former à la maîtrise de l’énergie solaire. Elle retrouve dans cette école des femmes du monde entier qui  vont, à leur retour, révolutionner leur village. C’est un parcours initiatique extrêmement fort. Sinon, pour la première fois, nous proposons un atelier d’initiation au Tantra, non mixte bien sûr. Et ne manquez pas le concert d’ouverture et de clôture du festival avec le groupe de performeuses norvégiennes complètement déjantées « The Hungry Hearts ».

Retrouvez toute la programmation ici http://cineffable.fr

Du 29 octobre au 1er novembre 2015 à l’Espace Reuilly – 21 rue Antoine-Julien Hénard – PARIS 12ème – M. Montgallet

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