Festival Chéries Chéris 2017 – Retour sur la 23ème édition

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1 décembre 2017 à 16 h 08 min  •  Catégorie Culture Q par  •  0 Commentaires

Du 14 au 21 novembre 2017 s’est tenu au MK2 Beaubourg et au MK2 Quai-de-Seine le 23ème festival Chéries Chéris. Pendant une semaine, le festival nous donne à voir des films lesbiens, gays, bis, trans, queers et +, grâce à une sélection internationale, comportant autant de fictions que de documentaires. Depuis 1994, le festival propose donc au public parisien des films mettant en scène des personnages issus des minorités sexuelles qui, comme il est toujours utile de le rappeler, sont encore trop souvent absents d’une grande partie du cinéma, grand public ou d’auteur.

Galerie de portraits

Chéries Chéris, dans la lignée d’autres festivals à l’échelle internationale, existe d’abord pour des raisons politiques. Après avoir vu une série de films au festival, on ne peut que constater que ce dernier ne se contente pas de cocher des cases en montrant toutes les minorités sexuelles possibles et imaginables.

Certes, on peut dégager dans les films montrer au festival Chéries Chéris une galerie de portraits,  aussi variées que complexes, des stars de la scène queer israélienne (Bebe, documentaire de Yair Quedar et Illan Pelled) au jeune adolescent vivant au porte de Brooklyn et n’assumant pas son homosexualité (Beach Rats, Eliza Hittman).

Mais, au delà de ces portraits, ces films font office d’un état du monde par le prisme de l’intime, des questionnements de chacun par rapport à sa propre sexualité.

La programmation consacrée aux années sida, en écho à la sortie plus que remarquée de 120 battements par minute (Robin Campillo) en août dernier – et prix du jury à Cannes – l’illustre bien. En programmant un certain nombre de documentaires (et deux fictions) évoquant les années sida, comme Portrait d’une présidente (Brigitte Tijou, 1995, France), portrait de Cleews Vellay, président d’Act Up Paris décédé en 1994 ou encore Les Passeurs (Pamela Varela, 2017, France), le festival revient sur l’histoire du sida et son impact sur la société comme sur le rapport à l’intime de chacun.

Des questionnements ancrés dans le contemporain et dans l’intime

Outre cette programmation évoquant une histoire bien particulière, on peut noter bien d’autres possibilités de réflexion, à commencer le féminisme. Avec My Body My rules (Emilie Jouvet), prix du jury documentaire, d’abord, qui cherche à déconstruire les diktats de la beauté féminine en montrant d’autres corps… Bruce LaBruce, qui revient avec The Misandrits questionne aussi le féminisme avec un film de genre se déroulant dans un pensionnat de jeunes filles, interdit aux hommes et dont le projet est de se soulever contre la société patriarcale…notamment en réalisant un film pornographique uniquement féminin. En poussant à l’excès un féminisme misandre, Bruce LaBruce fait réfléchir avec dérision sur les possibles luttes contre le patriarcat.

Plusieurs films du festival Chéries Chéris abordent le rapport de différents personnages à sa propre homosexualité, tout particulièrement le finlandais Le Temps d’un été (Screwed, Nils Erik Ekblom), où le personnage principal, un adolescent découvre à la fois l’amour et son homosexualité lors de vacances estivales.. God’s Own Country (Francis Lee), film d’ouverture, évoque l’évolution de la sexualité d’un fermier du Yorkshire. Pendant longtemps très animal, sans aucun sentiment amoureux, – et qu’on devine lié à sa difficulté de l’assumer – sa rencontre avec un ouvrier va l’amener peu à peu vers une forme de tendresse.

Mais la force du festival est surtout son universalité. Les films discutent et montrent des minorités sexuelles, mais abordent des thématiques qui ne leur sont pas forcément propres. On peut penser à Beach Rats, où la cinéaste Eliza Hittman évoque à la fois le culte du corps avec des personnages qui ne cessent de se prendre en photo, mais également la question du déterminisme social.

Programmation cinéphile

Outre les choix politiques du festival Chéries Chéris, il a aussi pour vocation à être ce qu’il est : un festival de cinéma. A ce titre, le spectateur cinéphile ne pourra être déçu, avec plus de quarante films programmés, de tous les styles et de tous les pays.

On peut aussi bien voir des films de genre (The Misandrits, Bruce LaBruce) comme des films plus réalistes, ancrés dans une certaine réalité tel que God’s own Country (Francis Lee) ou le drôlatique et pince-sans-rire Le Temps d’un été (Nils Erik Ekblom). Eliza Hitman, avec Beach Rats, semble s’inscrire dans la lignée des films de Larry Clarke, avec une esthétisation des corps adolescents, et un récit toujours à hauteur de ses personnages.

Enfin, en décidant de faire un panorama du cinéma brésilien, le festival propose trois fictions (Amores Urbanos, Vera Egito / Body Electric de Marcelo Caetano / A Cidade Do Futuro de Claudio Marques et Marilla Hugues Guerreiro) ainsi que sept court-métrages, marquant la vitalité de cette nouvelle génération de cinéastes.

On espère que ces films sortiront en salle en 2018, à l’instar de God’s Own Country, dont la sortie est prévue le 6 décembre 2017.

 

Lola

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