« Extases » : la vie sexuelle de Jean-Louis Tripp

0
2 février 2018 à 13 h 13 min  •  Catégorie Culture Q par  •  0 Commentaires

A la rentrée littéraire de septembre sortait la bande-dessinée de Jean-Louis Tripp, Extases. Notamment connu pour Magasin Général, l’auteur et dessinateur revient avec un tout autre registre, celui de l’autobiographie. Avec une originalité : raconter uniquement son histoire sexuelle. Le premier tome d’Extases part des premiers émois jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte.

Premiers émois


Jean-Louis Tripp le montre : la vie sexuelle démarre bien avant les premiers rapports sexuels à deux. Il y a d’abord les fantasmes, un tableau de Modigliani dévoilant un pubis, des revues érotiques allemandes, ou évidemment les filles, ses camarades de classe. Puis la découverte de son propre corps, avec, notamment, la première éjaculation. Ici, on retient particulièrement le manque criant de connaissance en matière sexuelle du « petit Jean-Louis », l’éducation sexuelle est tue, mise au placard dans cette France des années 1970. Rien ne lui est expliqué, et le petit Jean-Louis reste persuadé pendant un temps que la forme d’un sexe féminin est celle d’un X, selon les dires d’un ami. Jean-Louis Tripp évoque aussi la perception des jeunes filles par les adolescents : d’un côté les « princesses », de l’autre les « lavandières». L’auteur et dessinateur ne cache pas avoir complètement intégré cette vision biaisée et stéréotypée des mentalités adolescentes. Il y a également ces drôles d’amours adolescentes, que l’on a parfois tendance à oublier : un peu taiseux, maladroit. Ce n’est pas de l’amour, pas tout à fait une attirance au sens où on peut l’entendre, mais relève plutôt de la découverte du corps de l’autre.

Fin de l’adolescence et entrée dans l’âge adulte

Jean-Louis Tripp ne cherche pas à enjoliver sa vie sexuelle, à la romancer, à se mettre en avant. Il dessine sa frénésie lors de la découverte de la masturbation, ses excès. Le récit est également ancré dans son époque, où l’on sent le parfum de la libération sexuelle, délivrant un champ des possibles. Son expérience homosexuel est presque un non-événement, se fait avec simplicité. Sa rencontre avec sa première petite amie dévoile la sexualité au sein d’un couple amoureux, avec les premiers temps et la découverte du corps de l’autre avec notamment, pour Jean-Louis, celle de la jouissance féminine, sur laquelle il ne s’était jamais posé de questions auparavant. Mais aussi bien sûr, cette frénésie d’une sexualité débordante et incessante qui anime le jeune couple. C’est aussi la partie la plus pessimiste de ce premier tome, lorsque Jean-Louis Tripp parle de la baisse de libido au sein du couple, les quelques tentatives (notamment avec des sextoys) pour créer à nouveau l’excitation et la magie au sein du couple. Finalement, il choisit la solution la plus simple : aller voir ailleurs sans en parler. L’album se termine sur une expérience du couple, laissant penser que Jean-Louis Tripp n’a pas fini ce voyage dans son histoire sexuelle…

Jean-Louis Tripp livre avec cette histoire intime une vision de l’apprentissage de la sexualité, des débuts exaltés mais aussi, moins fréquemment raconté, l’entrée dans une routine, la mise en sommeil du désir dans une vie de couple. La suite de ce récit dans les trois prochains tomes, à paraître bientôt.

 

Extases , Tome 1 – Où l’auteur découvre que le sexe des filles n’a pas la forme d’un x…, , de Jean-Louis Tripp, Casterman, 2017

Poster un commentaire