Fragonard Amoureux, Galant et libertin

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22 octobre 2015 à 11 h 25 min  •  Catégorie Expos par  •  0 Commentaires

« Je peindrais avec mon cul » aurait dit Fragonard. Et bien nous voilà pile dans le sujet (NDLR : chronique de l’émission de radio « Ode à l’anus ») ! Fragonard, le peintre des amours sensuelles, ferait un usage de son anus tout à fait extraordinaire… Cela réhabilite pour de bon cet organe trop souvent méprisé !!!

Trêve de plaisanterie.

Je suis donc allée découvrir ses galanteries au Musée du Luxembourg, dans une exposition intitulée Fragonard Amoureux, Galant et libertin. Que de belles promesses !

Resituons.

Nous sommes donc au XVIIIème, siècle des lumières et du libertinage. Les succès littéraires du moment sont La Nouvelle Héloise de Rousseau et Les liaisons dangereuses de Laclos. Les ouvrages les plus licencieux s’échangent sous le manteau. Des boudoirs s’ouvrent, décorés par des peintres en vogue. Des bordels de luxe accueillent même les artistes dans des cabinets de peintures érotiques. Tout au long du XVIIIème siècle, l’art littéraire et pictural va connaître une évolution de plus en plus sulfureuse.

Commençons en 1730 avec le peintre François Boucher, maître de Fragonard, qui invente une iconographie de la galanterie : il y est question d’amour, de tendresse, de fidélité et de discrétion. Fragonard s’en inspire et peint des scènes de jeux amoureux entre jeunes gens, des Colin-maillard grivois avec toujours un voyeur caché quelque part…

Puis viens la mode des fables mythologiques de l’Antiquité. « Frago » peint de nombreuses scènes d’amours des Dieux. On retrouve Cupidon, Vénus, Psyché. Et ces Dieux-là ne sont pas en reste des amours charnels, contrairement à notre vierge Marie.

Vers 1760, après un séjour à Rome, il s’adonne à peindre des scènes d’amours à la campagne. On découvre un érotisme rustique et populaire, plus trivial. C’est aussi l’époque du livre illustré. Il peindra notamment les planches des contes libertins de La Fontaine.

Fragonard fréquente les ateliers des bordels et des « petites maisons », et il devient un des peintres les plus en vue pour les commandes érotiques, commandes très secrètes de financiers ou d’aristocrates. Il peint des scènes de dortoirs de jeunes filles, que l’on peut imaginer être des dortoirs de bordels, avec un sens de la mise en scène, du mouvement et des expressions, extrêmement fin. Frago peint les femmes dans leur jeunesse et leur fougue. Il joue avec le clair-obscur, dévoilant un sein d’une blancheur immaculée à l’ombre du soir. La tête rejetée en arrière, la poitrine dégagée, la femme observée, est sensualité. Il peint le désir sous mille coutures : le jeu de la drague, l’envie charnel, la lascivité du consommé.

La deuxième moitié du XVIIIème siècle est aussi celle de la démocratisation de la lecture et elle devient un enjeu pour l’émancipation des femmes. Malgré la grogne des moralisateurs qui les considèrent bien trop sensibles pour lire, Frago et Baudouin, son maître et ami, n’hésite pas à peindre des femmes qui lisent, et même parfois qu’on imagine en pleine « lectures qui font du bien »…

Puis, 1782 et Les Liaisons dangereuses marqueront le paroxysme de cet éloge de la luxure, et son déclin qui s’en suivra.  Les moralisateurs reprendront le dessus pour mettre un peu d’ordre dans cet art de débauché.

Fragonard, bien dans son époque, fût un maître incontesté de la peinture érotique. Elle est tout en sensualité et en beauté. Elle ne montre pas le sexe mais nous raconte le plaisir. Sa peinture est un éveil des sens. Il peint des histoires d’amours, des couples qui se désirent, des scènes cocasses d’amants dans le placard, des baisers fougueux. Contrairement à Sade, qui est son contemporain, il ne cherche pas à choquer (même si parfois ce fût le cas), il n’est pas dans une démarche de provocation mais simplement de raconter ces corps qui s’aiment. Cette exposition est un éloge de l’amour. Et si Frago eut longtemps une fausse réputation d’homme volage, des sources plus sûres nous expliquent combien il était un bon époux et un bon père. On peut donc bien passer son temps à parler cul tout en étant fidèle (ça c’est une remarque tout à fait personnelle en vue d’établir une relation de couple stable et durable).

FRAGONARD

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