Thérèse et Isabelle – de Violette LEDUC.

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6 février 2014 à 8 h 59 min  •  Catégorie Chroniques littéraires par  •  1 Comment

« Il ne faudrait pas que l’érotisme devienne un gâchis. »

Ouvrir un livre érotique c’est un moment particulier. On se lance dans un voyage sensoriel, on livre tout au pouvoir de l’imagination. Il y a quelque chose de sacré dans cet instant. Que l’on soit seul chez soi éclairé à la bougie ou assis dans le métro baigné d’effluves citadines, c’est toujours une aventure qui commence.

Et pour ce premier voyage, je vous invite à plonger langoureusement au coeur d’un internat pour jeunes filles où deux d’entre elles, Thérèse et Isabelle, vont durant trois jours vivre une passion fulgurante. Âmes chastes s’abstenir, ces deux-là ne jouent pas à la marelle. Ce court roman est en fait la première partie de Ravages, autobiographie de Violette LEDUC, qui en 1955, fut censurée par l’éditeur. Effectivement, Gallimard jugea le contenu de ce début bien trop osé et impudique sous la plume d’une femme. Cette interdiction rendra malade Violette pour qui Ravages n’a plus de sens, dépourvu de son premier chapitre. En 1966, Thérèse et Isabelle parait dans une version tronquée et ce n’est qu’en 2000 que Gallimard l’édite dans son intégralité.

Thérèse et Isabelle est une ode à l’amour physique entre deux femmes. L’auteur pèse chaque mot pour s’approcher le plus possible d’une description exacte de ce que l’on peut ressentir lors d’une simple caresse ou d’un orgasme. Toute la beauté de ce texte se situe dans la puissance de ses images. On oscille entre l’organique et le céleste. Peu importe la description des actes (on ne sait d’ailleurs pas toujours ce qu’il est en train de se passer concrètement), les mots décrivent le plaisir intense, la découverte de sensations. Ces deux jeunes filles sont happées l’une par l’autre, leurs corps se mélangent jusqu’à l’épuisement. Le monde autour n’existe plus, si ce n’est comme une présence fantomatique mettant en exergue le caractère interdit de leurs amours.

«La visite était proche dans mon paradis.
– Tu me le diras.
– Je te le dirai.
Je me détachais de mon squelette, je flottais sur ma poussière. Le plaisir fut d’abord rigide, difficile à soutenir. La visite commença dans un pied, elle se poursuivit dans la chair redevenue candide. Nous avons oublié notre doigt dans l’ancien monde, nous avons été béantes de lumière, nous avons eu une irruption de félicité.» Violette Leduc, Thérèse et Isabelle , Gallimard, Folio, 2000, p138

Violette Leduc fut une romancière importante dans les années 60, soutenue par Simone de Beauvoir, Sartre ou Genet. Femme libre, sulfureuse, et scandaleuse, elle racontera à travers toute son oeuvre, ses amours impossibles. Elle s’attache au beau verbe, refuse la vulgarité. « Il ne faudrait pas que l’érotisme devienne un gâchis. » dit-elle. Elle parle du plaisir féminin avec poésie et précision. A notre époque si paradoxale, tantôt pudibonde, tantôt vulgaire, voilà un roman qui fait du bien. Ca vous chamboule, vous ébouriffe, vous emmène dans un ailleurs quasi mystique.
A toutes les filles qui ont vu « La Vie d’Adèle » et qui se sont dit « je crois que faire l’amour avec une fille, ce n’est pas pour moi», lisez ce livre…

Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, ed. Gallimard, coll. Folio, 2000

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