(Gustav Klimt, Le Baiser)

Le baiser, bouche contre joue, bouche contre main, bouche contre bouche… Il est mille manières d’embrasser, il est mille significations au baiser, qu’il soit de convention, qu’il soit d’affection ou de passion. Il peut être geste de tendresse d’un parent à son enfant, geste diplomatique entre chefs d’états, geste d’appartenance à un clan.

Et LE BAISER alors, l’autre, celui qui conte nos transports amoureux, celui qui nous fait papillonner le ventre et tournoyer le cœur… Le seul qui nous intéresse vraiment, finalement. Il a inspiré une multitude d’artistes, il a été au centre de bien des œuvres. Qu’il soit charnel, langoureux, vif ou furtif, il est acte sexuel en soit. Deux livres parcourent les siècles du baiser artistique, l’un dans la peinture, l’autre dans la littérature.

« Le Baiser », magnifique petit ouvrage des Editions Place des Victoires, rassemble les plus beaux baisers de l’histoire de l’art, de l’antiquité à l’art contemporain. Il s’ouvre sur « Le baiser de Nerfertiti à sa fille », bas-relief datant de 1350 av J-C, dans lequel deux magnifiques profils aux lèvres charnues se rencontrent pour nous chanter l’amour maternel. Ensuite, la mythologie fut une insatiable source d’inspiration pour les artistes : Psyché et l’Amour dont le baiser ramène la belle à la vie, l’œuvre la plus célèbre étant celle de Canova : statue de marbre où l’on voit Eros se pencher au-dessus des lèvres de Psyché lascivement évanouie nue, ou encore les nombreux baisers de Mars et Vénus, amants terribles de la mythologie romaine. Puis on retrouve les baisers célèbres : celui de Klimt, bien sûr où un homme prenant, dans ses mains, le visage d’une femme aux yeux fermés, l’embrassent tendrement sur la joue, celui de Chagall où l’on observe un homme enlaçant une femme à la robe rouge, tous seins dehors, dans une chevauchée sensuelle, L’éternel printemps de Rodin, ou Les Amants de Magritt au baiser voilé. Mais, la belle idée de cet ouvrage est surtout d’associer une citation d’un poète à chaque œuvre d’art, comme un reflet de leur sensualité. Les mots résonnent ou se confrontent à la peinture, s’entremêlent ou contredisent mais toujours apportent une touche à l’imaginaire. Je n’en citerai qu’une, et elle est de Jacques Prévert :

« Des milliers et des milliers d’années
ne sauraient suffire
pour dire la seconde d’éternité
où tu m’as embrassé
où je t’ai embrassée. »
 

Comment raconter l’instant du baiser ? Comment nos grands auteurs l’ont fait ? C’est l’objet de cet autre petit livre « Le goût du baiser », édité chez Le Petit Mercure dans lequel Belinda Cannone a choisis et présentés une trentaine de textes sur le baiser. Son premier choix et sans doute le plus important est Dante, la Divine Comédie, qui fait un parallèle entre le baiser et la lecture, « car lire et embrasser ont en commun de susciter un cercle enchanté, un suspens dans le flux ordinaire du temps, un monde pour deux ». Le baiser, c’est une histoire de rencontre entre deux mondes, c’est un moment suspendu, hors du temps, que l’on partage. Le baiser « a la beauté des rares gestes qui n’existent qu’avec et adressés à un autre ». Vous y redécouvrirez certains classiques de la poésie comme Ronsard ou Mallarmé qui vous mettent l’oreille en émoi. Les déceptions de Proust qui dans « A la recherche du temps perdu » nous explique comment le baiser est un échec dans la volonté de se saisir de l’autre. Vous pourrez écouter les conseils de Colette, dans la nouvelle de Guy de Maupassant, qui écrit à sa jeune nièce : « Sais-tu d’où vient notre vraie puissance ? du baiser, du seul baiser ! Quand nous savons tendre et abandonner nos lèvres, nous pouvons devenir des reines. »

Et relire un extrait de Dracula, où comment succomber au baiser mortel, à ce baiser vampirique qui nous balance entre désir et effroi.

Car ce baiser est un aphrodisiaque terrible, il est souvent une introduction à beaucoup d’autres transports. Il a, pour sûr un puissant pouvoir, que ce soit de transformer le crapaud en prince ou d’éveiller la belle au bois dormant !

Le goût du baiser, Belinda Cannone, ed. Le Petit Mercure, 2013
Le Baiser, ed. Place des Victoires, 2015
Cit. Titre : Margaret fuller