L’histoire du féminisme en BD

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6 octobre 2016 à 16 h 28 min  •  Catégorie Chroniques littéraires, Culture Q par  •  0 Commentaires

Encore aujourd’hui, le féminisme est un mouvement qui fait peur et souvent dénigré dans les médias. L’image de la chienne de garde poilue et hargneuse est difficile à décoller. En France, certaines actrices craignent l’étiquette de la féministe. On se souvient de Marion Cotillard qui « ne se considère pas féministe » mais qui veut « se battre pour les droits des femmes ». Ou encore de la désastreuse promotion du film d’Audrey Dana « Sous les jupes des filles » (que je regrette déjà d’avoir cité) avec un florilège d’actrices se dédouanant constamment du féminisme. Mais qu’avons-nous contre ce mot « féminisme », alors que de l’autre côté de l’Atlantique, Beyoncé ou Barack Obama l’arborent fièrement ? Il est vrai que pour se dire féministe, faut-il encore le comprendre. Alors quoi de mieux qu’une petite révision en BD. La formidable collection « Le petite bédéthèque des savoirs » associe un spécialiste et un dessinateur pour nous faire comprendre le monde et se penche ce mois-ci sur le féminisme. Qu’est-ce que c’est ? D’où ça vient ? Que nous a-t-il apporté par le passé ? Qu’est-ce que ça veut dire être féministe en 2016 ?

Il n’y a pas un féminisme mais, des féminismes.

Si le constat est le même pour tout le monde, à savoir que nous observons « une dévalorisation sociale, politique et symbolique des femmes »[i], les causes et les moyens d’action diffèrent selon les mouvements, les époques, les cultures. En sept slogans et citations, l’autrice Anne-charlotte Husson et le dessinateur Thomas Mathieu, nous expliquent donc LES féminismes. On y croise des grandes figures inspirantes telles qu’Olympe de Gouges, Benoîte Groult, Gisèle Halimi, Bell Hooks ou encore Pauli Murray.

Certaines se sont battues pour avoir « le droit de monter à la tribune »[ii], pour que la politique ne soit plus une affaire d’homme. Alors oui, nous avons avancé depuis 1791, mais nous ne pouvons pas dire que la partie soit totalement gagnée. Le pouvoir est politique mais aussi économique, et que ce soit à l’assemblée nationale ou à la tête des grandes entreprises les femmes sont encore sous-représentées.

D’autres ont créé le Black Feminism aux Etats-Unis, de la nécessité des femmes noires de se faire entendre, étant exclues des luttes féministes et des luttes antiracistes. Elles vont construire un féminisme antiraciste et lutter contre l’invisibilisation de la femme noire.

D’autres encore vont œuvrer pour déconstruire les stéréotypes de genres. Chaque sexe est conditionné par un rôle social, comme l’explique Simone de Beauvoir dans Le second sexe. Quelle est la part de naturel et de culturel dans les différences entre les sexes ? Aujourd’hui, les scientifiques dépassent cette opposition en montrant que la science elle-même projette des préjugés.

La question du corps dans les combats féministes

Bien sûr, ce qui nous préoccupe particulièrement au Cabinet de Curiosité Féminine, c’est le droit de disposer de son corps. Il me semble que ce droit est central, car il questionne la place des femmes dans la cité. Nous avons acquis un certains nombres de droits grâce aux luttes féministes comme la condamnation du viol, y compris conjugal, le droit à l’avortement, la condamnation des violences conjugales. Mais il reste encore des étapes à gravir, même en France. Par exemple, la reconnaissance du féminicide[iii] en un crime spécifique, comme c’est le cas en Amérique latine. Dans les faits, les violences persistent et Benoîte Groult nous rappelle que si « Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours ». Effectivement, 70% des femmes seront victimes de violences au cours de leur vie[iv].

La révolution sexuelle va aussi permettre d’affirmer de plus en plus nos désirs,  nos orientations sexuelles et notre identité de genre. Mais il reste encore du chemin, notamment pour le droit des transsexuel(le)s. Aussi, la sexualité cristallise des divergences entre les mouvements féministes. Si tous se retrouvent autour de la lutte pour l’égalité salariale, l’accès au pouvoir, les sujets les plus sensibles restent ceux liés à la liberté du corps et de la sexualité. La prostitution et la pornographie étant sans doute les deux piliers clivants des débats féministes.

Cette bédé n’a pas pour vocation de convertir le lecteur à une quelconque théorie. Elle est informative et historique, et nous permet de mieux comprendre les luttes féministes d’Olympe de Gouges à nos jours. On se reconnaît dans certains combats et moins dans d’autres. Chacun(e) ressent différemment le sexisme, selon son âge, son statut social, sa culture. Nous n’avons pas besoin d’être d’accord avec tous ces mouvements pour se sentir féministe. Chacun(e) le vit à sa manière, avec son engagement si petit, soit-il. Pour moi, être féministe, c’est déjà en parler et offrir ce livre aux générations futures et à celles et ceux qui se posent des questions.

[i] P17
[ii] Cit. Olympe de Gouges « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune » Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, article X
[iii] Meurtre d’une femme en raison de son sexe
[iv] Chiffres de l’ONU

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