Pour insuffler un élan plus érotique à sa relation quelque peu endormie avec son amant, une femme décide de lui écrire des lettres, torrides, mettant en scène ses fantasmes. Impudique, d’une franchise parfois déroutante, Françoise Rey propose au lecteur une expédition extra-ordinaire, construite autour de quatorze chapitres. Chacun de ces courts chapitres évoque un fantasme, et laisse planer un mystère entier sur le fait qu’il ait été ou non, réalisé. Les situations s’enchainent, parfois scandaleuses, parfois plus banales. Nous ne connaîtrons pas grand chose de son amant à part la couleur de son pull, vert, et le magnétisme de son regard. Au fur et à mesure de notre avancée dans le livre, on ressent l’intensité croissante avec laquelle les deux amants se soumettent à leurs caprices, à leurs désirs. On vit avec eux leur passion dévorante, on les accompagne à travers leurs expériences, leurs jeux sexuels, et les conséquences de ceux-ci, parfois douloureuses. Tout semble réalisable, des fantasmes les plus banals à des déviances plus excessives. Tout est possible oui, sauf d’avoir des sentiments pour l’autre. Mais finalement, ce que l’on observe à travers les yeux d’une femme, c’est le désir aussi bien que l’amour qu’elle portera à celui qui aura marqué sa chair et son cœur à jamais.

Françoise Rey a écrit « La femme de papier » il y a presque 30 ans. Et je dois avouer que j’ai été surprise. Surprise d’observer la liberté avec laquelle l’auteure s’est saisi d’un vocabulaire très direct, sexuel, érotique, pornographique. Ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, m’a frappé d’impertinence. Françoise Rey a décidé d’explorer une large palette de fantasmes et de les retranscrire, sans tabou. Cet érotisme débridé, aussi violent et sulfureux que tendre, a provoqué chez moi des réactions d’excitation, de surprise, mais aussi parfois de gêne. Ainsi, le récit de ce voyage sexuel mouvementé, laisse le lecteur parfois quelque peu éberlué. Les expressions sont crues, le champ lexical plus qu’explicite. Et le style, s’il est troublant au départ, permet une expression du désir, que j’ai envie de qualifier d’honnête et d’intègre.

Jamais je n’avais imaginé qu’une femme écrivain puisse aller aussi franchement dans l’évocation de sa vie sexuelle et érotique. Françoise Rey décrit crûment ses fantasmes les plus profonds, tout en y mêlant du romantisme, de la sensualité, et même de l’humour. De mon point de vue, la réussite de ce livre, réside dans le fait que l’auteur nous embarque complètement dans l’histoire de ce couple d’amants. On se sent parfois profondément décontenancé par ce qui nous est décrit, mais le récit charme au-delà de son « étiquette érotique ». Il se révèle sensible, et met à portée de tous une vision joliment féminine et un regard pertinent quant aux relations entre hommes et femmes.

D’aucuns trouveront certains passages intolérables, d’autres se battront sur les termes de « pornographie » et « d’érotisme ». Ce qui est certain, c’est que ce livre ne laisse pas indifférent. Malgré quelques passages que j’ai eu plus de difficultés à lire, j’ai néanmoins dévoré les quelques 200 pages en très peu de temps, m’identifiant finalement assez facilement à ce que décrit cette femme, en recherche d’intensité.

Par sa plume, Françoise Rey a éveillé ma curiosité. Celle de voir comment la course infernale de ces deux amants allait s’arrêter. Et surtout celle d’observer comment cette passion, qui parait sans limite, hormis l’interdiction de tomber amoureux, allait finir par s’endiguer.

Je vous le conseille donc, que vous soyez déjà fins connaisseurs en la matière ou plus novices, car c’est un livre qui fait réagir, ressentir, mais aussi réfléchir. La Femme de papier aura marqué la littérature érotique car pour la première fois, une femme qui affiche ouvertement ses désirs sexuels les plus intimes, signe avec son vrai nom (alors même qu’elle est professeur de lettre). Si vous avez envie dé découvrir ou redécouvrir ce livre, la Musardine, qui souhaite redonner ses lettres de noblesses aux textes érotiques contemporains, en édite une nouvelle version, enrichie par Mathieu Bermann et illustrée par Alex Varenne.

« Il y a les gens qui lisent parce que c’est du cul, et ceux qui ne lisent pas parce que c’est du cul. Très peu se rendent compte que ce n’est pas « que ça ». » Françoise Rey.