« La domination masculine n’existe pas » : « Evoféminisme » ou réac’féminisme ?

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26 novembre 2015 à 13 h 55 min  •  Catégorie Chroniques littéraires, Culture Q par  •  1 Comment

La domination masculine n'existe pas Peggy SastreVoilà qui ébranle sévèrement mes convictions féministes. Moi qui croyais que la société dans laquelle nous vivons était insupportablement patriarcale, et que le pouvoir était entre les mains d’une poignée d’humains de sexe mâle, blancs et vieux.

Mais voilà que l’on me donne à lire un essai de Peggy Sastre, jeune docteur en philosophie des sciences, se déclarant comme « évoféministe », et qui va tenter, je dis bien tenter, pendant 250 pages de nous convaincre que la domination masculine n’existe pas.

Peggy Sastre invente ce terme d’évoféminisme pour définir un féminisme qui prend comme base le paradigme darwinien. Toute sa réflexion sur le rapport entre les hommes et les femmes est construite à partir de la théorie Darwinienne de l’évolution et de la sélection naturelle. Aussi, son angle d’étude est la sexualité, d’un point de vue Darwinien. Et étudier la sexualité d’un point de vue Darwinien, c’est étudier la sexualité entre un mâle et une femelle, dans un but reproductif uniquement. On occulte donc toute forme de sexualité homosexuelle ou hédoniste. Il n’est pas question de plaisir dans cette sexualité-là. Si je trouve fort intéressant de faire du sexe un sujet scientifique, et donc d’intégrer la science au féminisme, il me semble que de cette manière on n’oublie que l’être humain est doté de sensibilité et d’émotions qui lui font parfois prendre des décisions qui ne sont pas uniquement liées à son génotype.

Du point de vue Darwinien, une grande différence oppose la sexualité des hommes et des femmes : le fait que l’homme ne peut jamais être sûr que sa progéniture est bien la sienne. La femme, en revanche, vit une longue période de gestation et un accouchement lui confirmant d’une manière plus que certaine que cet enfant est le sien. L’homme va alors privilégier la quantité pour assurer sa descendance, et la femme la qualité. En d’autres termes, l’homme a besoin de semer le plus possible. Il frappe pour marquer son territoire et être sûr que sa petite pute de femme n’ira pas se faire inséminer ailleurs. Les violences conjugales masculines s’expliquent donc par la menace qui pèse sur la survie de son espèce. Comprenons-les, même en ce 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Peggy Sastre maîtrise bien l’art de la provocation, avec un petit côté Eric Zemmour féministe qui peut avoir le don de me mettre hors de moi. A la deuxième page, je lis que « si les hommes ont le pouvoir c’est parce que les femmes l’ont bien voulu » et ce parce qu’ « elles ont passés ces millions d’années à frétiller du derche au moindre petit indicateur de force, d’autorité et de brutalité ». Peggy Sastre peut avoir cette condescendance méprisante envers les femmes en général, les féministes traditionnelles (comprenez toutes les autres féministes), et ceux qui ne sont pas d’accord avec elle…

Au chapitre du harcèlement sexuel, elle nous explique qu’il est une évolution : c’est parce que les femmes ont dorénavant la capacité de dire « non », que l’on parle de harcèlement. Logique. Mais j’apprends également que la technique du « Dire NON quand on pense OUI » serait une technique communément admise chez les femelles humaines, ce qui  conduit inévitablement nos mâles au harcèlement. La femme est donc responsable du harcèlement qu’elle subit de la part de ses congénères masculins. Aussi, un sifflement, un geste ou un regard insistant, des onomatopées graveleuses sont des interactions naturelles entre individus. Chez les chimpanzés peut-être, mais les caquètements de poule à l’assemblée nationale n’ont, à mon sens, rien d’un comportement normal de la part d’êtres doués d’intelligence !

Cet essai est à la fois très savant et vulgarise des théories complexes permettant de comprendre les comportements humains. Peggy Sastre, à travers Darwin, nous rappelle que l’humain moderne ne représente que 0.02% de l’histoire de notre espèce et qu’il est donc intéressant de s’interroger sur l’humanité et son évolution dans son entièreté, en regardant très loin derrière nous. Cependant, à mon sens l’autrice se perd avec son titre racoleur qu’elle ne parvient aucunement à défendre. Dire que « Les hommes ont dominé parce que les femmes ont aimé la domination », c’est donner une explication (certes contestable) de la domination masculine mais c’est surtout reconnaître qu’elle existe. L’autrice nous raconte l’homme, selon Darwin, comme un être violent, ayant besoin de maîtriser une ou plusieurs femmes pour assurer sa descendance, mut par une agressivité qu’il subit. C’est ce que j’appelle une volonté de domination d’un genre sur l’autre. La domination masculine s’exerce aussi à mon sens dans les sphères décisionnaires politiques et économiques. Il n’en est pas question ici. Enfin, je pense que la volonté féministe de Peggy Sastre était de dire que les femmes ne sont pas des victimes, qu’elles ont leur destin en main et la parole haute et fière. C’est le cas, mais parfois, comme les hommes, elles disent des conneries.

 

La Domination masculine n’existe pas, Peggy Sastre, Ed. Anne Carrière, Paris 2015

Un commentaire

  1. prince2phore / 3 janvier 2017 at 7 h 57 min / Répondre

    À mon avis vous êtes un peu passé à coté du propos du livre. Son but selon moi n’était en rien d’en justifier le titre provocateur mais d’expliquer pourquoi cette domination (relative) existe et comment elle s’est développée. Approche indispensable à tout humaniste sincère voulant la combattre efficacement.
    Quand je dis « relative », c’est que vous ne citez pas les passages forts intéressants du livre sur les bénéfices dont jouissent encore globalement les femmes dans ce monde violemment dominé par les hommes. À savoir que si en effet il est dirigé par une minuscule minorité d’hommes blanc, la majorité des morts et des pauvres sont des hommes, pas des femmes (clochards, morts violente etc.).

    Bref je suis d’accord que ce livre fait dans la provoc facile, mais il demande d’être lu avec un regard froid et neutre pour ne pas se méprendre sur les intentions de l’auteur (désolé mais « autrice » je ne peux pas…).

    Cordialement et merci pour votre article et votre lecture malgré tout.

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