De l’art de la conjugaison… sexuelle

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3 décembre 2015 à 18 h 03 min  •  Catégorie Chroniques littéraires, Culture Q par  •  1 Comment

Vendredi soir, j’ai rencontré deux trublions doucement dingos de la langue française : David Poullard et Guillaume Rannou. C’était au Monte-en-l’air, librairie bien-nommée de Ménilmontant, et on s’est bien envoyé avec David et Guillaume. C’était la sortie de leur 6ème Très Précis de conjugaisons ordinaires, et le thème était, devinez-quoi : le sexe !

Mais qu’est-ce donc qu’un « très précis de conjugaisons ordinaires » ?

Une bousculade, une torsion, je dirais même une insolence faite à la langue française. Rien que ça. Oui la conjugaison c’est compliqué, oui c’est ennuyeux, alors amusons-nous avec ! Autorisons-nous des incorrections pour ré-enchanter notre langue fossilisée.

Et comment faire alors ?

Prenez une locution usuelle contenant un verbe ou une forme assimilable à une déclinaison verbale. Par exemple : Flux tendu. Passez cette locution à l’infinitif : flux tendre et déclinez la conjugaison : Je flux tends, tu flux tends, etc. Vous ferez ainsi apparaître un nouveau sens, de nouvelles poésies.

Et quand vous expérimentez ce procédé avec les mots du sexe cela donne par exemple : le verbe clitorire : je clitoris, tu clitoris, nous clitorions à l’indicatif présent, Que je clitorisse, que tu clitorisses, que nous clitorissions au subjonctif imparfait. On renouvelle le langage sexuel. Les deux auteurs nous offrent des  idées pour exprimer notre plaisir à l’infini. Et puisque du rire au clitoris il n’y a qu’un pas, il est bon d’en jouer.  On peut ainsi passer de la douceur romantique d’ un petit baiser, à une vulgarité triviale : un petit je baise,  un petit tu baises. Et au subjonctif imparfait c’est toujours plus classe : Qu’un petit je baisasse !

Mais les auteurs nous préviennent « Ce sixième opus consacré au sexe a été pensé par deux personnes de sexe masculin qui, certes dans la force de l’âge et la plénitude de leur maturité sexuelle comme intellectuelle, ne sont (hélas !) pas exempts d’une certaine bêtise toute adolescente. Ils ont cependant fait tout leur possible pour ne pas donner une image excessivement stupide de leur rapport au sexe, malgré la présence avérée de quelques verbes gras grave limite. »

Ce Très précis de conjugaisons ordinaires est parfois graveleux avec une table entière du verbe Me défoncer le cul, parfois poétique : quand une nuit d’amour  se conjugue en  Nuire d’amour ( mais, nous rappelle les auteurs, « selon les circonstances, une nuit nuit, ou pas », parfois drôle avec le verbe Petit polir – Nous petits polissons , parfois très claire : Non, c’est non !  se conjugue à toutes les formes, je vous l’assure.

On se laisse surprendre par un sens inattendu d’une locution que l’on emploi bien souvent en s’ébattant. Vous ne direz plus  Oui, oui, oui ! mais  Que j’ouisse, ouisse , ouisse  au subjonctif imparfait.  Si la pauvreté de votre langage (ou de celui de votre partenaire), vous désespère, lisez ce livre ! Certes, je vous l’accorde, cela nécessite une petite gymnastique cérébrale pour être en mesure de faire de la conjugaison en plein coït, mais croyez-moi, cela peut pimenter une vie de couple un peu soporifique. Je crois profondément en le pouvoir excitant des mots, des mots érotiques mais aussi des mots ordinaires qu’il ne tient qu’à nous d’érotiser.

De plus, c’est un moyen bien agréable de réviser ses conjugaisons. Cependant, pour faire réviser vos enfants préférez le tome 4 sur l’Animal !

 

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