La chair interdite, Diane Ducret

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17 février 2015 à 17 h 20 min  •  Catégorie Chroniques littéraires par  •  3 Commentaires

De la naissance de l’humanité à nos jours, Diane Ducret nous raconte dans La chair interdite, le sexe des femmes à travers les différentes cultures des différentes civilisations. De la Grèce antique au siècle des lumières, du christianisme à l’ère maoïste, du nazisme à la dissolution des Républiques fédérées des Balkans, on découvre que le sexe féminin a toujours suscité les mêmes émois.

L’auteur dévoile la genèse de son travail en s’interrogeant sur le célèbre message de Simone de Beauvoir “On ne naît pas femme, on le devient” :

« Persuadée que toutes les représentantes de ce sexe naissaient comme moi libres et égales en droits ou presque, j’ai un temps laissé là ces interrogations, pour me pencher sur le sort de celles qui étaient livrées aux tourments de l’amour et de la dictature, en se donnant corps et âme aux tyrans qui ont fait trembler le XXème siècle. Mais depuis quelques années, il m’est devenu impossible de ne pas voir dans les médias les images de mes semblables se dénudant, pour lutter contre les intégrismes, être les victimes de marchés du sexe, des trophées de guerre, ou manifester dans la rue pour un droit que l’on pensait acquis, celui de choisir quand devenir mère ou pas, et de faire de son corps un lieu de plaisir autant que de reproduction. Selon l’époque ou l’endroit, le plaisir et la maternité seront pour certaines un fardeau, pour d’autres un devoir ou un interdit, et il faudra se battre pour que le sort se montre clément. Autant d’images qui m’ont rappelé que j’avais encore tout à apprendre de l’assertion de Simone de Beauvoir et de la chance, comme de la malédiction, d’être née avec un sexe de femme. »

Diane Ducret nous livre l’horreur, mais aussi l’ardeur de cette lutte en passant de l’excision à la découverte du point G, du cloisonnement des désirs féminins à la révolution sexuelle, de l’apologie des poils pubiens à l’épilation intégrale, de la guerre à la paix, du désir à la haine. Le sexe des femmes n’a cessé d’être au cœur des plus redoutables croyances, et des plus folles adorations.

« Mais curieusement, en levant l’interdit, les poils pubiens sont mis sur le billot. Car  une fois acceptés par la critique, il faut en montrer toujours plus. Et la chair s’expose, sans parure, sans protection. […] Au début des années 2000, le poil a totalement disparu. La parenthèse pileuse aura duré moins de trente ans. Les films de genre et les magazines masculins viennent de transformer l’esthétique du sexe féminin, en se présentant comme une nouvelle norme pour toutes les femmes. Leur large distribution rend leurs codes assimilables à l’ensemble de la société. Signe d’esclavage chez les Grecs, de punition d’adultère à Sumer, de soumission en Chine impériale ou de collaboration horizontale à la libération, le sexe chauve apparaît à présent comme le comble de la modernité et de l’émancipation féminine. Ironie de l’Histoire. »

Le sexe des femmes avive la haine des hommes ; politiques, religieux, médecins, bienpensants en ont une peur démesurée et font naître tant d’interdits, de tortures, de mutilation, de mépris… qu’il est difficile de croire que de naître femme est une chance.

Lorsque suscitant le désir, il est adulé, sacré et adoré. Il devient l’objet de convoitise, une fascination.

Le sexe des femmes fait dicter des lois et aussi terrible que soit l’histoire, Diane Ducret nous délivre que ce sexe peut être aussi la chair de la paix lorsque certaines comprennent qu’en ne cédant plus aux avances des maris, des amants, il permet de faire déposer les armes aux plus violents des hommes.

La chair interdite est un livre fascinant, où l’auteur nous livre des plus cruelles anecdotes à propos du sexe féminin jusqu’aux moyens les plus fous de retrouver la liberté.

L’auteur termine sur une note pleine d’espoir, émouvante :

« Pour chacune, la découverte de l’intime passe par la conscience de cette blessure comme de cette élection originelle, qui lui fera faire chaque matin mille choix qu’elle défera le soir même, remettant chaque jour sur l’ouvrage sa difficile liberté. Elle aura tout loisir de s’offrir à d’autres, plus ou moins bien intentionnés, de se contracter sous leurs assauts ou caresses, de s’ouvrir pour porter la vie ou pas, de se sentir béante lorsqu’elle ne pourra la donner malgré un désir viscéral, enfin de refluer et de laisser là ces questionnements de jeunesse qui l’auront taraudée, mais non pas sa difficulté de ressentir. Telle est la vie d’un sexe de femme. »

Diane Ducret a fait un travail de recherches formidable. C’est un contenu très pessimiste et très éprouvant à lire qu’elle ponctue par des titres ironiques tels que « Les suffragettes s’en tamponnent » lorsqu’il s’agit de retracer l’arrivée des protections périodiques, ou encore «Gorges chaudes pour guerre froide »… un ton léger, rendant presque l’histoire moins tragique.

Un véritable voyage historique bouleversant et passionnant.

LA CHAIR INTERDITE

 

3 Commentaires

  1. Pingback: La chair interdite, Diane Ducret | Alexia B.

  2. steve / 25 février 2015 at 19 h 22 min / Répondre

    I’m looking to see jour next évent!would y ou like to send me the adresse plz

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