Le Paradis c’est les autres

Si le marquis de Sade et ses héritiers du XVIIIème siècle nous avaient initiés à la thématique du  huis clos sexuel, Alfred de Musset renouvelle le genre, au XIXème siècle, avec Gamiani ou Deux Nuits d’excès. Ce court roman qui fut, en France, l’ouvrage le plus réimprimé au cours du XIXème siècle, fut écrit dans des circonstances bien particulières.

En 1833, George Sand et Alfred de Musset vivent les débuts de leur liaison, à Venise en Italie. Néanmoins, très vite, Musset, tombe malade et l’on fait alors venir un médecin, Pietro Pagello. Ironie du sort, le médecin va à la fois s’occuper et d’Alfred, et de George, et la situation tourne rapidement au vaudeville…ou au tragique ! Musset, bien qu’alité et enfermé, se rend très vite compte que George Sand le trompe avec Pagello. Le cocufié se met alors à épier les amants, et ceci d’autant plus facilement que Pagello continue à le soigner!

Il n’en fallait pas plus pour susciter l’imagination de Musset. Le dramaturge et poète s’inspire de la situation complexe et un tant soit peu scabreuse qu’il vit pour écrire Gamiani ou Deux Nuits d’excès.

Le roman relate les exploits sexuels de trois jeunes gens, la comtesse Gamiani, Alcide et Fanny. Deux nuits durant, nos héros vont faire l’amour ensemble et s’observer les uns les autres en train de faire l’amour. Ces ébats seront entrecoupés de récits de leurs propres ébats survenus dans leur passé. Un objectif unit ces trois personnages : celui de repousser ses propres limites. Chaque nouveau récit, chaque nouvelle expérience témoigne donc d’une escalade dans les prouesses sexuelles et l’expérience de pratiques en tout genre. Une raison suffisante pour aller au bout du roman !

Si Fanny et Alcide sont présents tout au long de l’œuvre, c’est la comtesse Gamiani qui en est la véritable héroïne. Elevée en Italie, elle racontera notamment comment sa tante, qui l’a élevée, l’a soumise, à l’âge de quinze ans, à la lubricité d’un moine au beau milieu d’une orgie. Après avoir été flagellée avec des verges et des nœuds de corde garnis de pointes en fer, la comtesse sera offerte en véritable butin, et donc violée au cours de cette orgie. Les termes qu’elle emploie pour raconter sa défloraison sont d’ailleurs éloquents : « A ce moment je crus être fendue en deux ».

C’est cette première expérience, à la fois fondatrice et traumatisante, à laquelle Musset consacre plusieurs pages, qui explique le parcours de la comtesse et justifie, d’une certaine façon, sa rencontre avec Fanny et Alcide.

Si Musset réutilise des motifs chers aux romans libertins du XVIIIème siècle il sait, avec Gamiani, les contourner pour nous offrir un roman riche et complexe aux multiples entrées, et passer d’un enfermement subi à une claustration choisie et promesse de nombreux plaisirs.

Roman licencieux et véritablement à part dans l’œuvre de Musset, Gamiani ou Deux Nuits d’excès semble tout droit sorti d’un rêve. Il s’agit probablement des hallucinations d’un homme enfermé dans un palais vénitien qui aura couché sur papier la relation triangulaire qu’il rêvait de vivre, alors qu’il était confronté à la trahison de la femme qu’il aimait.

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