C’est « Très intime », alors lisons et « Parlons peu…» : une lecture parallèle

0
24 mars 2017 à 12 h 20 min  •  Catégorie Culture Q par  •  0 Commentaires

« Très intime » de Solange – alias l’actrice/auteure/réalisatrice Ina Mihalache de SolangeTeParle, sur youtube -, et « Parlons peu…Parlons Culture » de Juliette Tresanini et Maud Bettina-Marie – créatrices/animatrices de la websérie (presque) du même nom – se lisent dans l’ordre…ou dans le désordre.

Me concernant, j’ai choisi la deuxième option. Ouvrir les deux livres au hasard, l’un après l’autre, ensemble ou séparément. Et je lis au gré de mes envies du moment. Ils sont complémentaires et se rejoignent sur le sujet, vous l’aurez deviné : le sexe !  Je navigue en alternance entre deux eaux. Tout en fluides et fluidité.

Une plongée dans l’intime féminin VS délires sexo sur papier glacé

D’un côté de la rive, les confidences de femmes recueillies par l’auteure et transcrites à l’état brut, on s’en doute, en accord avec la spontanéité travaillée de Solange. Sur l’autre bord, les délires de «l’experte en tout et la fille très sympa» joliment illustrés sur papier glacé, qui dédramatisent, ironisent la chose dans un kaléidoscope flash d’images et de mots d’humour.

Cette lecture en parallèle me convient tout à fait. Les deux ouvrages se complètent à merveille et se lisent pour ma part à petites doses, pour éviter l’indigestion. Après une plongée dans l’intime féminin et ses histoires au parler vrai, tantôt légères, épicées, crues, poignantes, drôles, douloureuses, tragiques et riches, j’ai besoin de remonter en surface et m’offrir une respiration.

Retrouver ma singularité. Une bouffée d’air, et…Parlons cul(ture).

Piocher une page au hasard dudit opus et m’amuser de découvrir en vrac, entre des parodies de magazines féminins et de pubs sexistes, par exemple, «la sexualité encore trop ignorée du saumon», «le scénario d’un bon porno selon Maud», ou encore «l’homme parfait selon Juliette», en passant par «les codes de l’amour à plusieurs», sans oublier «le kamasutra du célibataire». C’est drôle et bien fait.

Quand les youtubeuses écrivent des livres

Ne dit-on pas que « le sexe est un sujet sérieux qu’il faut traiter avec légèreté et inversement» ? Tiens, cette phrase me dit vaguement quelque chose… Il me semble que c’est la devise du Cabinet de Curiosité Féminine, non ? Voilà qui tombe bien et qualifie parfaitement mon approche de ces deux livres sortis en février. Deux livres de youtubeuses.

Depuis 2011, Solange, « poétubeuse », comme elle se définit elle-même, poste des vidéos émouvantes et humoristiques sur « tout ce qui [l’]empêche de réfléchir » – dont la sexualité. «Parlons peu, parlons cul » lancé en 2015 par deux comédiennes et scénaristes est un programme éducatif et décalé – voire déjanté – qui contribue à rendre la sexualité un peu moins taboue. On aime.

On regrettera juste que le titre de ce dernier ait été adapté pour la version papier. Pourquoi n’avoir pas été jusqu’au fond des choses et assumé pleinement l’intitulé des séquences vidéo ? Est-ce la peur de choquer ? Certes, c’est bien de culture dont il s’agit aussi, mais il me semble que l’on perd un peu de l’aspect décomplexé dans cette modification.

Et par opposition, dans la forme, les éditions Payot proposent en couverture de «Très intime», en rouge sur fond vert, un dessin rappelant sans équivoque le sexe féminin – une vulve. Cela mérite d’être souligné. Là se retrouve le côté FLASHY évoqué plus haut à propos de «Parlons peu…Parlons culture ».

Comme si l’intimité exposée dans les pages du livre de Solange impliquait une vitrine sans pudeur, avant-goût de ce qui se passe à l’intérieur. L’écriture est orale, et bien sûr, il faut être d’accord sur le principe. On ne s’attend pas à de la grande littérature, ce n’est pas le but. Pourtant, il y a une certaine logique à choisir ce procédé stylistique, en ce qu’il nous emmène au plus près de ces femmes et de leurs expériences : l’oralité leur donne chair, nous voilà dans le réel, le palpable, le concret des peaux, des odeurs, de nos sens. Mises à nu.

On aimera ou pas, mais l’idée est cohérente et le résultat aussi. J’ai aimé.

Ces femmes nous parlent de leurs jouissances, leurs attentes déçues, leurs frustrations, leurs désirs, leurs fantasmes réalisés ou non, leurs infidélités… ; également de ces agressions subies et si tristement banales. De leur part de violence à elles aussi. Elles nous parlent de leurs relations avec les hommes et les femmes qui ont traversé leur vie. Tout cela raconté brut de décoffrage. Et dans l’émotion, toujours présente, en filigrane, et qui nous touche forcément.

Cette sexualité-là, celle des femmes, il est temps qu’elle soit rendue de cette manière, dans sa vérité et son animalité. La sexualité vécue qu’on embrasse goulûment et dont le récit ne s’embarrasse pas de fioritures. C’est bon de la lire – entrecoupée de respirations ou pas, selon les goûts. Ҫa fait du bien au corps, au coeur, à l’âme. C’est nécessaire – éducatif aussi – et vraiment jouissif. Puissant.

Très intime (les femmes parlent à Solange), Solange, Editions Payot & Rivages, 15 €

Parlons peu… Parlons culture, Juliette Tresanini & Maud Bettina-Marie, Editions Michel Lafon, 16,95 €

 

 

 

 

PS : Quelques jours après la parution de cette chronique, nous apprenions via un article – repris ensuite dans plusieurs médias – écrit par l’une des femmes témoignant dans « Très intime », que celles-ci n’avaient pas été consultées au préalable pour que leurs témoignages figurent dans ce livre. Nous le regrettons et rappelons la nécessité du consentement. Nous pensons que celui-ci était indispensable, par respect pour ces femmes qui dévoilent une part de leur intimité et par respect pour les lecteurs et lectrices. 

Poster un commentaire