120 battements par minute : une histoire d’amour et de lutte

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30 août 2017 à 9 h 49 min  •  Catégorie Culture Q par  •  0 Commentaires

C’est LE film de la rentrée. Après un coup de projecteur à Cannes lorsqu’il a reçu le Grand Prix du Jury, le voilà enfin dans nos cinémas et j’espère pour longtemps. C’est un film qu’il faudra montrer sur les grands écrans, les petits, dans les écoles, les MJC, aux politiques, en banlieue comme dans le 16ème arrondissement. Car c’est un film qui nous concerne tous. 120 battements par minute est une immersion, au sein de l’association Act Up Paris dans les années 90. L’histoire collective va s’entremêler avec l’histoire singulière, une histoire d’amour et de lutte contre le virus du SIDA.

Un militantisme collectif pour des histoires singulières

Le réalisateur, Robin Campillo, s’est inspiré de son expérience chez Act Up Paris dans les années 90. 120 battements par minute est un film de militants et offre une réflexion sur le militantisme en général. Comment faire réagir les politiques ? Comment sensibiliser le public à la cause ? Act Up propose un militantisme percutant, avec des actions chocs, à base de jets d’hémoglobine sur les directeurs de laboratoires pharmaceutiques. Pour se faire entendre, il faut des images qui vont marquer les esprits et surtout qui vont interpeler les médias. Ce sera leur marque de fabrique, par rapport aux autres associations militantes. Act Up veut aussi montrer des visages derrière un sigle, que le VIH ne soit pas une donnée abstraite qui ne nous concerne pas, mais bien un virus qui tue tant de personnes. Le film de Robin Campillo est un miroir de ce principe de sensibilisation. On oscille entre des scènes d’actions militantes ou de débats au sein des réunions hebdomadaires d’Act Up, et une histoire d’amour entre Nathan, séronégatif et Sean, séropositif, et tout ce que cela induit.

Une œuvre cinématographique totale

Au-delà d’un film témoin d’une époque, 120 battements par minute est une véritable œuvre cinématographique. Le cinéaste réussit à jongler entre une réalisation qui se veut au plus près de la réalité historique,  et une proposition esthétique et métaphorique. Les acteurs, notamment Nahuel Pérez Biscayart (Sean) et  Arnaud Valois (Nathan), ainsi que la toujours aussi percutante Adèle Haenel (Sophie), sont au plus juste de leur partition. Les scènes à Act Up frôlent le genre documentaire. Mais c’est aussi un film musical, où les scènes de danse sur la house musique, auquel le titre du film fait référence, renvoient à une nécessité de vivre vite et fort. L’ensemble explose en une incroyable énergie de vie, alors même que les particules de poussières deviennent virus. Robin Campillo filme aussi extrêmement bien le désir, le plaisir sexuel. Il nous raconte une génération qui ne renoncera pas, qui ne se fera pas déposséder de son corps par l’épidémie. Ils baisent malgré la maladie et c’est beau.

Non, les années sida, ce n’est pas du passé.

L’histoire est celle des années 90, quand les gens crevaient et que tout le monde s’en foutait, parce qu’ils étaient homos, toxicos, détenus ou prostitués. Le pouvoir faisait l’autruche et les labos de la rétention d’informations. On ne parlait  pas du Sida. Alors pourquoi est-ce un film important encore aujourd’hui ? Certes, les choses ont évoluées grâce notamment aux associations comme Act Up, mais aussi à toutes les autres. Ces avancées sont l’œuvre du collectif, des différents moyens d’actions que chacune ont développés. Mais si des batailles ont été gagnées, la guerre n’est pas terminée. Aujourd’hui encore, on ne guérit pas du sida. Actu Up rappelle que : « A l’heure actuelle en France, 1 200 à 1 700 séropositifVEs décèdent chaque année. Leurs décès sont dus à des cancers dans 45% des cas et dans 10% des cas à des maladies cardiovasculaires et pulmonaires. 25% des décès ont lieu au stade sida. » A l’évidence le combat continue. Un combat pour les droits des malades, pour une démocratisation de l’accès au soin, pour lutter contre les discriminations dont ils font encore preuve, pour rompre l’isolement, et bien sûr pour la prévention. Aujourd’hui, en France, on dénombre encore 6 500 contaminations par an, et ce chiffre a triplé chez les jeunes gays en l’espace de 10 ans.

Alors, il est toujours bon de rappeler qu’il n’existe qu’une seule arme contre l’épidémie : le préservatif.

 

 

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