Les menstruations, aspect psychologique

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Truth perception @Jen Lewis

Les menstruations ou plus simplement les règles sont l’endroit de toutes les croyances, celles qui font peur et celles qui enferment. Elles interrogent encore de nos jours les patientes, les femmes, qui s’expriment dans l’intimité de nos cabinets de médecins, de « psys » ou de sexologues. Les menstruations avec leur cortège de maux et de mystères sont un vrai sujet qui mérite d’être abordé. Nous abordions la partie médicale la semaine dernière. Aujourd’hui, nous évoquerons le vécu des femmes, leurs ressentis, et les tabous que soulèvent les menstruations.

 

II- Aspect psychologique

Encadrées de tout temps par les croyances et les interdits, les règles ou menstruations, viennent rythmer la vie des femmes, de la puberté à la ménopause, et même au-delà avec la prise des traitements hormonaux. Cet écoulement mensuel dessine les étapes de la vie d’une femme, de son identité et de sa fertilité et participent de sa vie par sa régularité ou non, sa densité, son absence ou sa présence. Le sang des règles (car il faut bien le formuler ainsi) est à la fois un phénomène individuel, identitaire et social. Le slogan de 1968 « Des règles si je veux quand je veux » traduit bien tout le poids des contraintes et des représentations associées aux règles, aux menstruations.

TABOU ?!

Les menstruations exposent la femme dans ce qu’elle a de plus intime et qui devrait rester secret.  En cela réside tout le paradoxe de cette partie de la vie intérieure de la femme car ce sang des règles, dans sa couleur et ses symboles, la stigmatise, la montre. Le sang qui s’écoule renvoie à la fois à la vie qui bat et à la mort, à la pureté et à la souillure, à la fécondité et à la stérilité.

Traditionnellement, les rapports sexuels sont interdits pendant les menstruations de peur de la contamination, de la souillure, du sexe de l’homme. De nos jours, la réserve des partenaires persiste à ce sujet sans que l’interdit religieux soit conscient. De même, traditionnellement, les femmes étaient isolées pendant les règles par les lois sociales. Elles ne pouvaient être touchées mais étaient également éloignées pour ne pas rendre les champs infertiles, ne pas faire tourner le lait, ne pas compromettre le succès de la chasse…  

DES ETAPES DE VIE

La puberté : L’arrivée des règles a longtemps été nimbée de mystères. Les adolescentes maintenues dans l’ignorance de leur corps de femme se voyaient soudainement confrontées à ce corps et renvoyées par les réactions vives ou silencieuses de leur familles à ce qu’était « être femme » : des réactions à la fois de rejet, d’un corps sexualisé mais aussi d’accueil, celui dans la communauté des femmes. Si aujourd’hui, la survenue des règles peut donner lieu à un échange avec la mère sur la sexualité, ce qui est loin d’être toujours le cas, le discours sur ce que sont et représentent les règles reste encore bien souvent flou. Faudrait-il encore que les mères soient également conscientes de l’importance de cette étape…

La grossesse ou le temps de la fertilité : les règles sont associées à la vie et à la mort. L’absence de règles vient annoncer la vie à venir alors que le retour du sang des règles vient rappeler un cycle non fécond ou le sang de la fausse-couche celui de la fin d’une grossesse.

La ménopause : les menstruations deviennent irrégulières puis disparaissent. C’est le temps de la ménopause. Les femmes réalisent alors qu’elles ne peuvent plus concevoir d’enfant (alors que c’était le cas depuis plusieurs années) et se voient bousculées dans leur identité de femme avec les dérèglements hormonaux. L’absence des règles vient rappeler le temps qui passe ou celui qui est passé. Comment être femme sans ce battement mensuel des règles ? Les traitements hormonaux de la ménopause peuvent permettre alors de maintenir cette pulsation qui devient alors artificielle et de réguler les symptômes si déstabilisants de la ménopause.

UN INDICATEUR DE BONNE SANTE ?

Les femmes s’interrogent souvent en consultation gynécologique sur l’état, la couleur, et la fréquence de leurs règles. Il est vrai que la régularité du cycle est plutôt un indicateur de bonne santé. Les dérèglements, les interruptions, les douleurs constituent des symptômes. La douleur de l’endométriose, les saignements abondants dus aux kystes…La femme veille sur ses règles et elle a raison car elle est au plus près de son corps.

LA VUE DES REGLES

Saleté, souillure, ou signe d’une trop grande sexualisation, le sang des règles doit rester caché. Les règles inquiètent les hommes et il existe une véritable ambivalence à l’égard de la vue des règles. Comme le décrit le Pr Balint, les menstruations associent des pulsions et des désirs opposés. Signe d’une grande sexualisation, les menstruations représentent un désir, une tendance à exciter le partenaire. Dans le sens opposé, les menstruations permettent de repousser, de maintenir à distance, l’homme excité. L’excitation sexuelle de la femme pendant les règles peut être sous le jeu des hormones plus intense mais ce n’est pas pour autant que le fait d’avoir des rapports sexuels pendant les menstruations n’est plus une transgression

Les publicités sur les protections périodiques et tampons vantant leurs qualités absorbantes nous rappellent que la vue de la couleur du sang des règles (un rouge ? un brun ?) peut être choquante. Le liquide bleu transparent est bien plus apaisant ! D’ailleurs, on peut noter que toutes ces publicités tendent à effacer ce qui différencie une femme d’un homme.

Et pourtant, les coupes menstruelles, les cups, sont arrivées ! Cette petite coupe en silicone permet de recueillir le flux menstruel et non de l’absorber. Certains articles féminins commencent à évoquer le risque d’éclaboussures collatérales lors du retrait de la coupelle pour les débutantes – que de sang ! – et la possibilité de faire l’amour avec son partenaire pendant les règles avec une coupelle, ce qui semble pour le moins un exercice acrobatique!

ENTRE FIERTE ET HONTE

C’est toute la complexité d’être femme, d’avoir une sexualité, d’avoir du désir, d’être désirée et d’être désirable. Les règles ont été source d’interdits et d’enfermements pour les femmes alors qu’elles représentent un pouvoir et donc un danger. Les femmes inquiètent et dérangent car elles ont la capacité d’avoir un écoulement de sang non contrôlé, non coagulable, sans risque vital. La honte qu’elles peuvent ressentir à la puberté ou lors de l’apparition d’une tache sur un vêtement, les railleries dont elles peuvent faire l’objet quand elles sont de mauvaise humeur (« elle a ses règles » veut tout dire !) masquent toute la force d’une femme dotée d’une fente qui ne retient ni le sang, ni le sperme. La fierté de pouvoir avoir un enfant confirmée par le cycle des règles ne doit pas nous ôter celle d’être tout simplement femme, avec un corps de femme qui change, mûrit, vieillit avec le temps.

Les règles ont été perçues de tout temps comme une menace par les hommes ainsi que notre plaisir sexuel qui pourrait se répéter sans fin. La femme peut avoir plusieurs orgasmes ! Ou pas… en mot de fin, je dirais juste, en ces temps si durs, soyez fières d’être femme.

Un commentaire

  1. Dominique Potin-kahn / 22 avril 2016 at 17 h 05 min / Répondre

    Ce que se passe dans l’entrejambe des femmes reste d’une grande complexite. Siège de crainte, de mysteres,…. ici tout est dit et tout reste a « dire » !

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