L’HYSTERECTOMIE OU COMMENT VIVRE SANS… (volet 1)

1

« Madame, nous allons vous ôter votre utérus »

Loin du diagnostic et de la formulation du médecin, cette petite phrase traduit à mes yeux toute la réalité dans sa densité et dans sa violence de l’hystérectomie pour une femme. L’hystérectomie, « quel vilain mot » pourrait-on dire, consiste simplement en l’ablation de l’utérus. Simplement ? C’est une opération fréquente et les médecins vous répondront que vous pouvez vivre sans. Sans ? Sans votre UTERUS ! Quelle idée…

Les médecins, les chirurgiens, les chirurgiennes aussi, bien souvent, n’entrevoient pas tout ce que peut représenter l’utérus (son utérus) pour une femme. Ils voient, ce qui peut tout à fait se comprendre, les bénéfices directs de l’opération et l’amélioration certaine de la qualité de vie pour leurs patientes. Pour autant, l’utérus, cet organe interne, est hautement investi psychiquement et symboliquement par les femmes. Lieu de la créativité, de l’imaginaire et du potentiel enfant, il est, sans que cela soit nommé, un élément constitutif de l’identité de la femme. C’est pourquoi l’ablation de l’utérus peut être une véritable perte, perte que la patiente et femme doit prendre le temps de vivre, penser et élaborer. L’hystérectomie a un véritable impact psychique, qu’il soit conscient ou non.

 

L’ASPECT MEDICAL

D’abord un peu d’anatomie : qu’est-ce que l’utérus ?

L’utérus mérite une petite présentation car si symboliquement il a une valeur énorme pour les femmes, il s’avère en pratique que beaucoup d’entre elles ignorent totalement l’anatomie de l’utérus, sa position, ses dimensions. Au cours des consultations, on peut noter de nombreuses confusions entre le vagin, l’utérus, les ovaires. On est parfois amené à préciser que la pénétration lors des rapports sexuels se fait dans le vagin et pas dans l’utérus, que le col de l’utérus est au fond du vagin et que la verge de l’homme bute sur le cul-de-sac du fond vaginal et non sur le col de l’utérus lui-même. On peut être amené à rappeler en consultation que le stérilet est positionné dans l’utérus et non dans le vagin et les tampons dans le vagin et non dans l’utérus.

Au final, il est bon de savoir pour une patiente ce qu’on lui enlève.

L’utérus est l’organe féminin situé dans le petit bassin, entre la vessie en avant et le rectum en arrière. C’est l’organe de la gestation, indispensable à la survie de l’humanité. Il est le lieu de la fécondation, du développement embryonnaire, de la gestation et de l’accouchement. L’utérus a une forme de poire ou de bouteille d’Orangina renversée, la partie arrondie de la bouteille se trouvant en haut, la partie étroite, le goulot de la bouteille, en bas.

Le corps utérin est la partie supérieure évasée de l’utérus dont le fond est épais et arrondi. De ses angles latéraux partent les trompes qui s’ouvrent au contact des ovaires pour recueillir les ovocytes (cellules reproductrices féminines). Le corps utérin est palpé par le gynécologue en combinant le toucher vaginal au palper abdominal. Sa consistance est ferme.

Le col de l’utérus est moins volumineux que le corps. C’est la partie basse, le goulot de la bouteille. Il est cylindrique et fait issue (plonge) au fond du vagin. On peut le sentir au bout des doigts en position accroupie. Le col a la consistance du bout du nez. Au centre du col, il y a un orifice par où s’écoulent les règles, et qui laisse passer le bébé lors de l’accouchement. Le col est palpable par le toucher vaginal et visible au speculum. C’est à ce niveau que s’effectuent les frottis de dépistage. L’ensemble de l’utérus, corps et col, ne mesure pas plus de 7 cm.

En fonction de la position de l’utérus, on parle d’utérus antéversé, quand l’utérus est dirigé en avant, cas le plus fréquent, et d’utérus rétroversé quand le fond utérin est dirigé en arrière. Les utérus rétroversés ont donné lieu à toute une fantasmagorie et accusés de tous les maux : douleur, infertilité etc… De fait il s’agit d’une variation normale sans conséquence aucune. Tout au plus, les femmes dont l’utérus est en position rétroversée peuvent ressentir une gêne lors du rapport sexuel en position du missionnaire (l’homme au-dessus), la verge venant buter sur le fond utérin lors d’une pénétration profonde ou « énergique ».

Et l’hystérectomie ?

L’hystérectomie est de loin, avec la césarienne l‘intervention chirurgicale la plus pratiquée en gynécologie. Environ 70000 hystérectomies sont pratiquées chaque année en France. L’hystérectomie a sans doute été pratiquée de manière abusive. La tendance actuelle est d’essayer de l’éviter dans tous les cas où c’est possible et de lui préférer des solutions médicales alternatives.

Pour quelles raisons médicales pratique-t-on une hystérectomie ?

Ses indications sont des plus variées, depuis la pathologie bénigne comme les fibromes à la pathologie la plus sévère comme la pathologie cancéreuse (cancer du col, des ovaires, de l’utérus). Des complications hémorragiques graves de la grossesse peuvent aussi justifier une hystérectomie en urgence.

N’existe-t-il qu’une technique ?

Les modalités des techniques chirurgicales sont de même des plus variées : conservation du col utérin avec respect de l’intégrité vaginale, ablation de la totalité de l’utérus, col et corps utérin, conservation des ovaires laissant intact le statut hormonal de la femme ou au contraire ablation des ovaires provoquant chez une femme jeune une « ménopause » chirurgicale des plus brutale.

Les voies d’abord de la chirurgie diffèrent également :

  • La voie haute (abdominale) est la plus ancienne. Elle est dite à « ventre ouvert », l’ouverture, l’incision chirurgicale, se faisant désormais sur un plan horizontal au ras des poils pubiens, l’ouverture médiane verticale de l’ombilic au pubis, très disgracieuse, ayant été quasiment abandonnée.
  • La voie basse ou vaginale. L’utérus (le corps et le col) est retiré par les voies naturelles par incision du fond vaginal. La chirurgie par voie basse implique le retrait du col.
  • La cœlioscopie est une technique opératoire qui permet de réaliser des interventions chirurgicales à ventre fermé. La cœlioscopie laisse malgré tout trois petites cicatrices sur le ventre : une au-dessous de l’ombilic permettant le passage d’un optique, et deux petites incisions latérales permettant l’examen des organes internes et leur traitement.

Et les ovaires dans tout ça ?

Un point fondamental est l’ablation ou la préservation ovarienne. En effet, le fait d’ôter les ovaires va être plus lourd de conséquences en termes de qualité de vie. L’ablation ovarienne va provoquer une chute complète brutale et irréversible des hormones féminines, les œstrogènes, mais aussi  des androgènes ovariens dont on sait le rôle important dans le désir sexuel. La ménopause ainsi provoquée se traduira chez une femme jeune jusqu’à lors réglée, par des bouffées de chaleur, des sueurs nocturnes, une sécheresse vaginale et une kyrielle d’autres troubles beaucoup plus fréquents que lors d’une ménopause naturelle spontanée.

Au-delà de l’aspect anatomique, chirurgical, somatique, de l’hystérectomie, on peut comprendre que la femme se sente ébranlée dans son équilibre psychique et sexuel ainsi que dans l’image qu’elle a d’elle-même. C’est ce que j’aborderai dans le prochain article !

Un commentaire

  1. dita / 4 octobre 2016 at 22 h 01 min / Répondre

    J’ai déjà entendu des médecins dire  » on va enlever TOUT ça » , comme si il s’agissait d’un grand bazard. Ce qui ajoute à cette sensation parfois de zone mystérieuse et obscure.

Poster un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.