L’andropause ou le vieillissement conjugué au masculin

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Dans un monde et une époque où le corps ne cesse d’être exposé, dénudé, montré, le corps des femmes mais aussi celui des hommes, il peut paraître étonnant de constater que le corps vieillit. Tout à chacun se voit, en effet, confronté, plus ou moins tôt dans sa vie, à la dégradation des années, que ce soit au niveau physique, psychique ou cognitif. Le corps, s’il a été jusqu’alors épargné par la maladie, commence donc avec le vieillissement à se faire entendre.

Pour la femme, il y a, bien sûr, l’inévitable étape de la ménopause avec sa cohorte de maux. Et pour les hommes ? L’andropause ? L’andropause consiste en une baisse physiologique de la sécrétion de testostérone avec l’âge. Elle touche les hommes à partir de 45 ans mais pas tous les hommes et à des âges très variables (un sur cinq entre 45 et 70 ans). Les symptômes sont peu spécifiques avec un vécu et un impact très différents selon les sujets et, élément important, ne met pas fin de manière irréversible à la fertilité. C’est pourquoi les scientifiques préfèrent aujourd’hui parler de déficit androgénique lié à l’âge plutôt que d’andropause, le phénomène étant très différent de celui de la ménopause.

Des symptômes peu spécifiques

L’andropause est souvent diagnostiquée avec retard car les signes cliniques observables en ce cas n’appartiennent pas en propre au phénomène de l’andropause. Ils peuvent être en effet la manifestation d’une autre pathologie. Les mécanismes et l’impact du vieillissement hormonal sont restés longtemps méconnus et un seul entretien médical ne permet pas de déceler l’andropause. Par ailleurs, l’andrologie (étude de l’appareil génital masculin) est une spécialité peu valorisée en France, contrairement à d’autres pays étrangers, et bien souvent les hommes ne savent pas où s’adresser, entre le généraliste non formé et le chirurgien.

Les hommes se décident généralement à consulter pour des troubles sexuels apparus avec l’âge, troubles qu’ils associent généralement au phénomène du vieillissement. Pour autant, le symptôme sexuel à lui seul ne permet pas de caractériser l’andropause qui se manifeste aussi par différents troubles dont le patient n’a pas forcément pris conscience :

  • Fatigue inhabituelle, troubles de la concentration et de la mémoire qui peuvent induire de l’anxiété
  • Troubles du sommeil devenu moins récupérateur
  • Etat dépressif mineur
  • Douleurs musculaires et tendinites récidivantes
  • Ostéoporose (raréfaction pathologique du tissu osseux)
  • Diminution de la force et de la masse musculaire
  • Troubles urinaires, essentiellement pollakiurie (fréquente envie d’uriner) et mictions impérieuses (forte envie d’uriner pouvant entraîner des fuites involontaires)
  • Athérosclérose (maladie des parois artérielles exposant au risque d’obturation par un caillot sanguin) et insuffisance coronaire
  • Prise de poids à la ceinture abdominale corrélée à une augmentation du risque cardio-vasculaire ou aux hanches, fesses et seins qui tend à féminiser la silhouette de l’homme
  • Bouffées de chaleur en dehors de tout effort
  • Troubles ORL

Il apparaît comme une évidence à la lecture de cette liste que ces symptômes dans leur enchevêtrement peuvent altérer notablement la qualité de vie du patient venu consulter pour des troubles sexuels et ont un impact sur son équilibre psychologique.

Des symptômes sexuels

En effet, les patients présentent très fréquemment des troubles sexuels.

La diminution de la libido, de l’appétit sexuel en tant que tel, est le symptôme spécifique de l’andropause.  Elle se traduit par une indifférence sexuelle et une diminution du plaisir lors des rapports sexuels qui deviennent alors moins fréquents.

Les hommes se plaignent aussi souvent de dysfonctions érectiles, avec une disparition des érections nocturnes ou matinales. L’érection lors des rapports sexuels est décrite comme instable et précaire. Il est par contre important de noter que cette dysfonction érectile est souvent multifactorielle. L’hypogonadisme* n’est pas seul en cause.

Les patients relatent également des troubles de l’éjaculation. Celle-ci est souvent retardée et le volume de l’éjaculat peut aussi être diminué. Quelquefois, l’éjaculation est au contraire précoce. L’homme éjaculant rapidement de peur de perdre l’érection.

Si les hommes s’inquiètent de leurs difficultés sexuelles, il s’avère pourtant très difficile pour eux de consulter un médecin. Ils tardent en effet à engager des démarches médicales, se sentant diminués, atteints dans leur virilité, l’érection en elle-même étant cofondatrice de leur identité masculine. La psychanalyse distingue depuis longtemps le pénis, organe de la copulation, et le phallus, son représentant symbolique. Les difficultés sexuelles masculines engagent rapidement la sérénité du couple. La relation avec la/le artenaire peut être vécue par l’homme en souffrance comme un rapport de force.

Une véritable crise identitaire

La difficulté avec l’andropause est que l’homme s’est construit au travers de la particularité de son sexe, sexe à la fois conçu comme un objet extérieur sur lequel il agit et comme la partie la plus intime de son corps. Son sexe est devenu un référent de lui-même et si ce sexe vient à ne plus fonctionner, il s’agit pour l’homme d’une véritable perte au niveau narcissique. L’élan sexuel ayant été pour une majorité des hommes une donnée constitutive de leur être et de leur quotidien, on peut comprendre que l’homme sorte démuni de cette confrontation soudaine à une réalité vécue comme dévalorisante.

En revanche, l’homme n’est pas condamné à vivre seul ses difficultés et à renoncer. Il existe une véritable prise en charge médicale de l’andropause par les andrologues qui demande certainement à être développée en lien avec les sexologues et psychothérapeutes. Une prise en charge croisée des patients est gage d’une meilleure réussite. Aux hommes de se faire entendre !

*baisse des androgènes, essentiellement de la testostérone d’origine testiculaire de manière prépondérante

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