DES CONSEQUENCES PSYCHO-SEXUELLES DE L’HYSTERECTOMIE (volet 2)

5

Hystérectomie… Il peut paraître difficile d’apprivoiser et de s’approprier ce mot d’hystérectomie. Apre dans sa prononciation, un tantinet agressif et définitif, il semble dénuer de toute humanité. Hystérectomie, m’avez-vous dit ? Oui, c’est bien cela, l’ablation chirurgicale de l’utérus, voire des ovaires, du col de l’utérus et des trompes de Fallope. Ce terme désigne une réalité bien cruelle (il va falloir tout enlever, « faire la totale »). Pourtant, cette opération, peut être un véritable soulagement pour des femmes confrontées à des symptômes usants et envahissants comme des saignements excessifs, des douleurs, venant parasiter l’intime, la sexualité et le quotidien.

L’hystérectomie est une opération qui n’est pas anodine, même si elle a pu être pratiquée de manière fréquente. Elle est même une opération importante dans la vie d’une femme, qui demande à être pensée, imaginée pour qu’elle soit intégrée et finalement bien vécue. C’est pourquoi, il est essentiel que le chirurgien, le médecin, prenne le temps de mettre des mots sur ce qui va se jouer et de mesurer les éventuelles complications psychologiques pour la patiente au regard de sa situation. Une femme ayant une vie affective stable, ayant déjà eu des enfants pourra mieux s’y confronter. Interroger les patientes sur ce qu’elles imaginent de leur utérus, leur demander de le dessiner par exemple, permet aux patientes de donner corps à l’événement et d’engager un véritable travail de représentation autour de cet organe caché qui ne sera bientôt bien plus là. Pour réaliser la perte, faut-il encore avoir conscience qu’il ait existé.

Des conséquences psychosexuelles (à la fois psychiques et sexuelles) ?

Le terme psychosexuel n’est pas seulement une commodité linguistique. En effet, toute difficulté, souffrance psychique, peut se répercuter sur la sexualité. A ce titre, le premier signe de la dépression est la perte de la libido, du désir, de l’énergie de vie, à la fois générale et sexuelle. Dans l’autre sens, toute souffrance, tout manque sexuel, génère de l’anxiété et une atteinte psychique qui se traduit par un sentiment de dévalorisation et une baisse de l’estime de soi. L’hystérectomie comme élément de l’adversité a alors en soi un impact sur la sexualité féminine.

La sexualité féminine, mais encore ?

La sexualité féminine n’est pas une fonction comme une autre (respiration, digestion). Elle n’est pas non plus au service de la reproduction, et une femme ne peut pas se résumer à son utérus, à sa fonction maternelle. Par contre, l’image qu’elle a d’elle-même, comme l’image qu’elle donne à l’autre, est fondamentale et cimente son être au monde. C’est cet être femme qu’elle engage entièrement lors du rapport sexuel.

L’utérus n’est pas un organe phallique et son ablation ne correspond pas en tant que telle à une castration, bien que l’on parle de castration chirurgicale pour parler de l’ablation de l’utérus. La perte viendrait plutôt de la crainte de perdre l’amour dont une femme est l’objet et de ne plus être désirable. Si l’’utérus n’inspire pas en soi le désir, ni ne crée d’excitations intenses du partenaire, une question se pose : reste-t-on une femme désirable sans son utérus ? L’appréhension du regard du partenaire peut ainsi durement impacter l’équilibre parfois déjà fragile d’une femme et donc sa sexualité. Une patiente me demandait ainsi si l’hystérectomie pouvait se voir de l’extérieur…

L’hystérectomie peut ainsi être vécue par la femme comme une atteinte en règle à son identité. Si la libido féminine ne disparaît pas physiologiquement après l’hystérectomie, elle peut être auto-censurée sur le mode punitif (je n’ai plus le droit d’en jouir) ou de la dévalorisation (je ne mérite pas d’être aimée). Des troubles de l’excitation s’ensuivent et le plaisir n’est plus là.

Une approche à plusieurs axes

Au plan psycho sexuel, l’hystérectomie met « sans-dessus-dessous » les trois axes de l’inconscient humain résumé par Lacan: le Réel (perte de l’organe génital), le symbolique (l’utérus comme symbole de la femme), et enfin le registre imaginaire (les croyances, le regard de l’autre, les fantasmes).
Les chirurgiens emploient souvent le terme « d’amputation » pour l’ablation du col utérin. Cette amputation comme les amputations d’un membre, peut parfois laisser après coup des « douleurs fantômes »: douleurs pelviennes chroniques prenant la place de l’organe enlevé. Les femmes s’interrogent souvent sur ce qui va remplacer le vide laissé par l’organe enlevé.

La perte des règles, conséquence première et « visible », constitue quant à elle une atteinte à l’identité féminine et à ses repères, même si les règles ont pu être pesantes. La prise de poids comme conséquence possible vient conforter cette blessure au niveau narcissique. De même la perte de la fécondité objective (plus d’utérus, plus de possibilité de porter un enfant), introduit un « jamais plus » difficilement acceptable. Le désir d’enfant de la patiente ne répond plus du tout au principe de réalité.

Par ailleurs, quand l’opération n’a pas été intérieurement consentie par la patiente, l’hystérectomie peut être vécue comme un véritable cambriolage et éveiller des peurs d’intrusion, de morcellement (puisque le corps est en morceaux): attaque à son insu, et contre sa volonté, sur son corps endormi. L’anesthésie est parfois plus redoutée que l’intervention elle-même. Il peut être paradoxalement plus difficile d’appréhender l’opération quand la chirurgie ne laisse pas de cicatrices (hystérectomie par voie vaginale).

La perte de l’identification à la mère par la perte d’un organe maternel peut s’apparenter aussi pour certaines femmes à une trahison et ouvrir sur des affects dépressifs d’autant que la perte de l’utérus peut renvoyer à d’autres pertes ou d’autres échecs.

Les répercussions psychosexuelles dépendent de nombreux facteurs :

Certains facteurs sont évidents :

– Le ou les motifs ayant entrainé ce que les médecins appellent « la sanction chirurgicale ». La pathologie responsable qui a donné lieu à l’hystérectomie peut avoir été bénigne comme les fibromes ou maligne (cancer du col utérin par exemple). Le contexte médical en est tout différent. Une hystérectomie dans le cadre d’un processus cancéreux, cancer du col de l’endomètre ou des ovaires sera vécue sans doute très différemment du fait de l’enjeu vital.

– L’âge de la patiente au moment de l’intervention et particulièrement si l’hystérectomie intervient avant ou après la ménopause. Avant la ménopause, le fait d’avoir conservé ou ôté les ovaires, change complètement le statut hormonal. L’ablation des ovaires entraîne on l’a vu une ménopause chirurgicale avec une chute brutale des hormones féminines. La conservation des ovaires au contraire ne modifie pas le statut hormonal féminin, ce qui n’implique pas que les conséquences psychosexuelles soient pour autant moindre.

– Le climat d’urgence ou non de l’intervention (sans avoir pu requérir l’accord de la patiente) associé malheureusement parfois dans le contexte obstétrical à la perte de l’enfant.

– L’hystérectomie peut être aussi une véritable douleur pour une femme qui n’a pas pas eu d’enfants ou qui aurait encore un désir d’enfant. L’hystérectomie a pour terrible conséquence de ne plus pouvoir donner la vie, de porter une grossesse.

– La gêne ayant présidée à poser l’indication opératoire est aussi fondamentale : saignements, règles hémorragiques interminables avec anémie, prolapsus utérin avec des troubles mictionnels comme des incontinences urinaires … En fonction de la pathologie antérieure, l’hystérectomie, peut dans beaucoup de cas, être vécue comme une délivrance et ouvrir la voie à une sexualité sans entrave physique.

– Enfin les conséquences somatiques de l’intervention ou des traitements annexes (radiothérapie chimiothérapie pour cancer), la prise en charge de la douleur post chirurgicale, la relation de confiance ou de défiance envers le chirurgien et du corps médical, le degré d’information apporté avant l’intervention, le déroulement de l’hospitalisation, le soutien du partenaire masculin ou féminin, le climat psycho-affectif, l’insertion de cette chirurgie dans l’histoire de la patiente … Tous ces éléments vont teinter différemment le vécu singulier d’une intervention chamboulant complètement l’image intérieure de chaque femme.

Après une intervention comme l’hystérectomie, il n’y a pas forcément de modifications rédhibitoires de la sexualité. En revanche, l’impact sur la sexualité peut être réel que ce soit pour des raisons physiologiques ou psychiques. L’intrication du soma et de la psyché sont tellement complexes qu’il est parfois difficile pour les médecins d’y voir clair et d’entendre la plainte de la patiente surtout concernant leur sexualité. Un organe a été ôté et il semble normal de penser que les sensations, les ressentis, ne soient pas les mêmes. Il est important en tant que femme de pouvoir s’accorder le temps de regarder ce corps modifié, de l’écouter et de trouver les bons interlocuteurs si une gêne s’impose et des questions se posent.

Les descriptions de la réaction sexuelle féminine ont longtemps été calquées sur la réponse sexuelle masculine et de fait, la sexualité féminine reste un continent à explorer et ménage encore bien des surprises. Une sexualité réjouissante s’apprend, se renouvelle et se crée aux détours des blessures de notre vie.

5 Commentaires

  1. Rouet Vanessa / 12 octobre 2018 at 2 h 39 min / Répondre

    Bonjour
    J ai ete opere d une hysterectomie en avril 2017 par laparoscopie mais la cicatrisation du fond vaginal a mal pris.
    J ai ete de nouveau opere par voie externe en septembre 2017 et meme chose.
    J ai donc ete opere encore une fois par coelioscopie en mai 2018 et ca ne fonctionne toujours malgre que je n ai pas eu de rapport pendant 5 mois pour la derniere et 4 mois pour les precedentes.
    J ai toujours les memes symptomes apres avoir eu un rapport : sang et douleur abdominale empechant de marcher normalement.
    Je suis completement decouragee. Je n ai que 41 ans et envie d avoir une vue sexuelle comme avant l hysterectomie..
    Je vous remercie si vous pouvez une aise quelqu elle soit.
    Bien cordialement,
    Mme rouet Vanessa.

  2. Ndangue Basse Thérèse / 11 décembre 2018 at 4 h 53 min / Répondre

    Bonjour j’ai été opérer il y a juste trois semaines j’ai eu une grossesse extra utérine et j’ai fais une hémorragie interne donc une trompe enlever ma question est la suivante est-ce que je pourrais encore avoir des enfants et après combien de temps je peux avoir des rapports avec mon conjoint merci bien cordialement Basse

  3. Stéphanie / 10 janvier 2019 at 14 h 13 min / Répondre

    Bonjour,
    j’ai été opéré le 5 juin 2018. Je n’ai jamais eu d’enfant, j’en voulais…..
    J’ai été opérée par laparo, j’ai une cicatrice d’une vingtaine de centimètres…. J’ai pris beaucoup de poids, j’ai les seins tout le temps douloureux, j’ai une très grosse sécheresse vaginale, des douleurs fantomes et une perte de libido et d’estime de moi. J’ai l’impression de ne plus être une femme

    • Sophie / 1 juin 2019 at 1 h 32 min / Répondre

      Je vis exactement la même chose, et les mêmes symptômes. C’est très difficile. 🙁

  4. orchidee / 31 janvier 2019 at 0 h 57 min / Répondre

    bonsoir,
    j’ai été opérée en février 2016 d’une hystérectomie totale avec salpingo ovarienne
    j’ai toujours ma libido comme avant mais je ne peux plus avoir de pénétration ,j’ai un vagin d’une profondeur de 5cm . j’ai eu des rapports et il y a une barrière l’homme ne peut plus franchir et je sens également qu’on ne peut plus accéder mème en forçant.
    J’aimerai vous poser une question
    m’a t’on réduit la partie supérieure du vagin?
    je précise que le cancer de l’utérus était au stade 1
    j’ai 66ans

Poster un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.