Tout a commencé sur le site du Cabinet de Curiosité Féminine. Un atelier ? Drag King ? Une amie me l’avait conseillé, « une expérience géniale, tu devrais essayer ». Me transformer en homme. Oui ? Pourquoi pas. Je passe le pas : click ! C’est facile : l’inscription faite en un battement de cils sur internet, la date est prise, dûment notée dans mon agenda et puis… Aussitôt oubliée ! Car c’est dans un mois, fin janvier ! Entre-temps passe décembre festif et froid, on change d’année (bonne année !) et la rentrée arrive encore plus froide, j’aimerais hiberner ! C’est vrai, janvier est le mois où l’on aimerait rester sous la couette dans sa chambrette au chaud chez soi. Mais j’avais oublié : janvier c’est aussi le mois où l’on tire les rois.

Et c’est un mail qui rappelle mon inscription. Oups. Mince… Quoi déjà ? Dans le mail, un rendez-vous, une adresse et des instructions… Il me faut des bandes « type entorse », pas autocollantes s’il vous plaît ! et des fringues : celle de « votre homme rêvé ». Mon homme rêvé ? Ouh ! Oui ! Alors là ! Y’a tout un tas d’hommes qui me font fantasmer. 

Le classique costume cravate : très sexy !

Ou l’homme d’aujourd’hui hipster affranchi ?  oui !

Italien : chemise en lin ouverte par tous les temps, un rien frigorifiant. Intello : écharpe en laine qui gratte, veste en velours : très réconfortant.  

Ou BCBG ? Post-punk ? Rebel en cuir ? …  Ah ! (soupir)

Chacun de ces mecs pourraient me faire craquer, mais moi,  lequel je suis ? Ce n’est pas le tout : trouver des fringues de mec qui me plaisent : ok. Mais où vais-je mettre mes fesses dans ces pantalons pour hommes coupe droite ou regular ? Finalement, entre ce que je trouve, ce dont je rêve, le pantalon  qui laisse passer mon popotin, j’opte pour un style post-grunge un peu ado. ÇA IRA.

Et soudain avec le choix des vêtements ça devient concret, je vais vraiment avoir l’apparence d’un homme !

Un petit trac : abandonner mon identité de femme, même quelques heures, me trouble. Mon écorce féminine apparaît soudain à mes yeux, je la sens, elle m’enveloppe depuis toujours… Je ne l’avais jamais perçue.  A l’idée de la laisser de côté, je la cerne de plus près et m’accroche à elle. Ses contours qui enserrent ma personnalité depuis aussi longtemps que je me souvienne. Je peux la sentir sur ma peau, car demain je l’enlève. Je vais retirer plus que mes habits de femme, je vais retirer quelque chose de moi et qui me constitue profondément. Je ne savais même pas que cette partie de moi pouvait être révocable. Finalement, je peux changer de peau ?

Il y a une part de surnaturel, qui me fait un peu frissonner. Et si je n’y allais pas ? Non ma vieille ! Tu te prends en main toi, tes nichons et ta chatte, et comme une grande fille, tu vas devenir un homme !

Jour J. Je suis à la bourre !! Vite, vite, je me gare ! Je cours dans la rue ! Où est le bar ? Je dépasse un gars à l’entrée d’un immeuble, et un peu plus loin ça fait tilt… Homme ? Ou Drag King ? Je rembobine mes pas pour vérifier.

Louis est posté à l’entrée, je le reconnais, c’est bien lui ! Je déboule dans la salle d’un petit bar de Pigalle ! Pigalle : le quartier, qui fait fantasmer le monde entier et maintenant j’ai pénétré une de ses alcôves. Pénombre, la salle est occupée par une vingtaine de femmes. Je me cale dans un coin. Oulalala, c’est que je me sens toujours autant femme moi ! Et je ne vois vraiment pas comment faire le chemin pour devenir un homme.

Mais très vite, on passe à l’action ! Pour rencontrer mon King, il y a trois étapes, les 3 B.

1 B : Bander ses seins. Ma voisine m’aide à installer la bande à entorse, je lui rends l’appareil. Dans le miroir, mon torse et maintenant aussi droit que celui d’un mec.

2 B : Bite ! Coton et chaussette, chacune confectionne sa bite. La mienne est petite ! Qui l’eut cru !

3 B : Barbe, ou comment faire exploser la pilosité de ses sourcils, de ses joues, de son cou…

La métamorphose des visages autour de moi est étrange. Chacune concentrée devant leur reflet, le miroir, encore, vient témoigner d’une étrange réalité. Oh ! Mais c’est qu’y’a des mecs qui seraient mignons… !

Par contre, ces garçons disparaissent à la moindre interaction « – Excuse-moi, t’as encore du mascara ? – Oh  oui, attends je vais le chercher ! – Non t’inquiète, j’y vais ! Mais non, c’est moi ! – Mais non, c’est moi ! » etc.. 

Une parole douce, un sourire trop franc et les visages travestis s’illuminent de féminin, de courtoisie, de cette expression riante de bonnes copines.

Eh oui ! Pour devenir un homme, il va falloir travailler.

Petite série d’exercices ! Marcher, saluer, boire, respirer, danser et concevoir le monde comme un homme. Et surtout ne pas croiser les jambes, les bras, ne pas casser le poignet, ne pas déhancher… Ces attitudes si « naturelles » qui féminisent notre être. On le voit sur les autres, on le sent sur soi. Une sociabilité toute femme.

Mais où poser ses mains, ses bras, ses pieds ?! Comment ne pas se trahir. 

Et comme de jeunes adolescents un peu gauches, un peu embarrassés, nous apprivoisons postures, démarches.

C’est sans doute un peu caricatural, la plupart des hommes que je connais n’ont pas besoin de signes extérieurs aussi virils pour se sentir homme. Mais les exercices marchent, maintenant autour de moi des hommes occupent la pièce.

Cette force érigée en identité nous pousse à assumer un visage neutre, une allure calme sans séduction apparente.

En fait, nous ne devenons pas des hommes, mais des rois, sûrs, confiants, aussi décontractés que sereins. Le monde tourne autour de nous aussi sûrement que les dirigeants du CAC40 sont des hommes. Peu importe notre beauté, seul compte notre autorité tranquille.

Finalement, l’apparence masculine est agréable à porter, je me suis laissée être, simplement. Et j’ai pu sentir les efforts que je fais en tant que femme pour être souriante, polie, accessible, agréable…

J’ai tiré mon roi, il est grand, beau et fort. Je vais le garder à mes côtés.

Marianne

Prochain atelier Drag Kings, le 6 mai 2017 de 13H30 à 16H30, réservez vos places >>

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